DISCOURS A L'OCCASION DE LA POSE DE LA PLAQUE EN HOMMAGE A MAURICE BLONDEL

MARIE-JEANNE COUTAGNE, Présidente de l'Association des Amis de Maurice Blondel

Au nom de l'Association des Amis de M Blondel , je voudrais remercier :

- le frère Daniel Bourgeois, un ami de bien longue date, qui nous accueille dans son église,

- le P Hervé Chiaverini, chancelier du diocèse, dont l'amitié et les conseils nous sont si précieux,

- la famille de Maurice Blondel, ici représentée,  pour son soutien constant.

Sans doute certains se demandent qui peut bien être Maurice Blondel pour mériter ainsi la pose d'une plaque en son hommage!

D'abord il a été un paroissien assidu de l'Eglise St Jean de Malte, pendant plus de 50 ans, non seulement pour les offices dominicaux, mais aussi pour la messe quotidienne, celle de 6h du matin, "puisqu'il n'y en avait pas une qui fût plus tôt" comme il aimait à le dire!

Maurice Blondel est appelé par les universitaires français et étrangers "le philosophe d'Aix". Pourtant il est né à Dijon, le 2 novembre 1861, d'une vieille famille bourguignonne, où se distinguent surtout des juristes. Dès sa jeunesse il est profondément marqué par ce qu'on nommerait aujourd'hui le phénomène de sécularisation et par la progression de l'athéisme : il chercha aussitôt, non pas d'abord à condamner mais  à comprendre ceux qui s'y reconnaissaient.

Après ses études secondaires , il choisit de préparer l'ENS : il y est reçu en 1881. Il sera le condisciple de Bergson et de Jaurès. Après son agrégation de philosophie, il enseigne quelque temps  à Aix au lycée Mignet et accomplit un remplacement de quelques mois au Collège Stanislas à Paris, juste le temps de suggérer à Marc Sangnier le nom de son futur mouvement, "le Sillon".

En effet la question sociale et politique l'interroge, il y consacrera de nombreux écrits et s'y engagera de manière forte, en faveur de la démocratie toujours fragile, avant et pendant la Seconde Guerre Mondiale, où malgré son âge il soutiendra  ses étudiants résistants, et aidera ses amis juifs réfugiés à Aix grâce à lui, parmi eux  les philosophes Léon Brunschvicg et Jean Wahl.

Sa thèse sur "l'Action",  au titre original et énigmatique, soutenue le 7 juin 1893, en Sorbonne, fit scandale car on le soupçonna  de donner des gages à la foi. Le rationalisme sourcilleux à l'extrême y trouvait à redire. On lui refusa un poste à l'université. Il fallut l'intervention amicale du futur Président de la République (et alors ministre de l'Instruction Publique) Raymond Poincaré pour débloquer la situation. Il fut alors nommé quelques mois à Lille. C'était encore trop près de Paris, ...aussi gagna-t-il Aix en 1896 ! Il y enseignera jusqu'en 1927, lorsqu'une maladie oculaire l'obligea à renoncer à son enseignement public.

Maurice Blondel avait longtemps songé au sacerdoce. Il prit l'avis de Monsieur Bieil, un prêtre sulpicien alors connu, et aussi de l'Abbé Huvelin qui conseilla Charles de Foucauld. Ils surent tous deux le convaincre que sa vocation était  dans le monde: aussi Blondel comprit-il  qu'il lui fallait vivre pleinement le sacerdoce de tout baptisé. Il se marie en 1894 avec Rose Royer (elle mourra en 1919): ils auront 3 enfants, de nombreux petits enfants et arrière petits enfants.

Le rayonnement de Blondel fut considérable en son temps, dans l'Université qui sut enfin le reconnaître et le saluer, particulièrement au Congrès Descartes de 1937, et dans l'Eglise malgré les combats qu'il dut affronter, en raison des suspicions constantes des théologiens au juridisme étroit peu enclins à comprendre son ouverture d'esprit. Il faut dire que la crise moderniste faisait rage:  mais jamais Blondel ne fut condamné, le Concile Vatican II s'inspirera de certaines de ses positions et les papes, jusqu'au pape François ne lui ménagèrent jamais leur soutien.

Sa philosophie nuancée  et complexe s'enracine dans la question du sens : " oui ou non, la vie humaine a-t-elle un sens et l'homme a-t-il une destinée?" Tel est  le début de sa thèse. Pour lui la vie ne se comprend qu'à travers un "dépassement chrétien" qui en s'ouvrant à la Grâce accomplit ainsi la destinée à laquelle chacun est appelé. Les Carnets Intimes de Blondel révèlent une vie intérieure intense, marquée par le centre que constitue pour lui l'Eucharistie.


Lorsqu'il meurt à Aix, lors de la Vigile de Pentecôte,  le 4 juin 1949,  ce Maître qui refusait ce titre pour ne le réserver évidemment qu'au Christ seul, rend son dernier souffle en une prière, car  prier  c'est agir avec le Christ et sauver les hommes avec lui.

En ce dimanche de la fête de la Trinité, prions, si vous le voulez bien,  avec Blondel et soyons convaincus avec lui,  que l'Esprit Saint fait monter comme il le dit lui-même,  "les pratiques de charité , nos affections, notre volonté jusqu'à la participation de la vie trinitaire" .(PEC, II, 44)

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