LE FIN MOT DE L'INCARNATION

Ez 34, 11-16 ; Rm 5, 5-11 ; Lc 15, 3-7

(7 juin 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Bannière brodée - Malines

F

rères et sœurs, on peut se demander pourquoi petit à petit cette dévotion au mystère du cœur du Christ s'est progressivement imposée. En effet, pour nous, qui aujourd'hui avons une approche biologique du cœur, le cœur c'est un organe important et en même temps fragile, et il est devenu essentiellement une référence médicale.

Dans l'antiquité, le cœur n'était pas d'abord perçu comme une réalité purement médicale. Il en est resté quelque chose dans l'usage, on dit facilement avoir bon cœur, c'est dans doute une subsistance de cette manière de parler du cœur. En effet, dans la compréhension de l'être vivant chez les anciens, le cœur n'était pas du tout considéré comme la source de la vie. La source de la vie, c'était l'âme. C'est elle qui communiquait la vie au corps, qui était un principe autonome, c'était la définition du vivant, mais ensuite, il fallait des relais. Les relais n'étaient pas nécessairement la tête et le cerveau. Or, on n'a pas une fête du cerveau du Christ. Le cœur était le relais de tous les éléments affectifs. La compréhension spontanée qui n'était pas du tout scientifique considérait le cœur comme relais de la source de vie dans le corps. C'était le siège des émotions, et cela correspond à une expérience que nous faisons tous, et si le cœur avait une telle importance c'était parce qu'il était le principal organisme de transmission entre le monde spirituel de la vie de l'âme et le monde physique et physiologique du corps en général.

Dans la toute primitive dogmatique on disait surtout que dans le mystère du Christ, ce qui faisait l'union, c'était l'âme. Il y avait le Verbe éternel, le Logos éternel, et ensuite pour lui permettre de s'enraciner dans la condition humaine, il lui fallait une âme. Mais on restait au niveau des réalités spirituelles. On voit tout de suite les limites : le Verbe éternel s'est uni à une âme, c'est un principe spirituel avec un autre principe spirituel.

Alors que lorsqu'on a dit "le cœur" et que l'on a valorisé le cœur du Christ qui a vécu et palpité à toutes les émotions de la vie humaine, on voulait dire que le Verbe éternel pouvait se communiquer jusque dans la chair à travers la vie émotive, affective, volontaire, libre des individus. Dans la dévotion au cœur du Christ ce qu'on voulait dire c'est le lien profond qui existe entre la source divine, le Verbe éternel, et d'autre part que lorsque ce Verbe s'unissait à la condition humaine dans le Christ, il ne s'unissait pas simplement à une âme qu'il pilotait, dirigeait et qui ensuite allait relayer le corps, mais il s'unissait à tout l'être, non seulement l'être spirituel ou la fine pointe de l'âme comme on disait à l'époque, mais déjà la réalité de transmission du spirituel dans le charnel.

C'était comme une sorte d'approfondissement du mystère de l'Incarnation. L'Incarnation n'est pas la mise sous tutelle d'une humanité sous la personne du Verbe de Dieu, ce qui est une manière assez juste mais insuffisante d'envisager l'Incarnation, mais c'est le fait que Dieu va se communiquer à travers le cœur, c'est-à-dire à travers toutes les données de la vie spirituelle, affective, sensible, émotive de l'humanité du Christ. Cela peut très vite dévier dans une sorte d'émotivité théologique de la dévotion au Sacré-Cœur, le sang et l'eau qui coulent, ce n'est pas ce qu'on a fait de mieux. Mais ce qu'on voulait dire dans le fond, et cela reste très vrai aujourd'hui et cela peut inspirer profondément notre vie spirituelle et notre prière, c'est le fait que tout le mystère de Dieu a tenu à se communiquer aux hommes par un cœur humain. C'est là le fin mot de l'Incarnation. Quand on dit que le Verbe s'est incarné, on dit que la vie spirituelle émotive et affective que nous vivons, le Christ l'a vécue et ce que le Christ n'aurait pas assumé ne serait pas sauvé.

Frères et sœurs, que cette fête du Sacré-Cœur nous aide à mieux considérer comment aujourd'hui encore la grâce même du Christ, cette eau et ce sang qui ont coulé de son côté ouvert comme dit l'évangéliste saint Jean, comment cette grâce du Christ est capable à son tour de venir dans notre propre cœur, dans ce centre à la fois de vie, de liberté, de volonté, d'émotivité et de sensibilité, et petit à petit le convertir, l'assumer, le transfigurer et nous préparer ainsi à la joie du Royaume.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2021 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public