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LA TRINITE, DON DE VIE ETERNELLE

Ex 34, 4b-6 + 8-9 ; 2 Co 13, 11-13 ; Jn 3, 16-18
Dimanche de la Trinité – année A (7 juin 2020)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

« Tout homme qui croit en Lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle ».

Frères et Sœurs,

Qu’est-ce que la fête de la Très Sainte Trinité ? Je le résumerai en un mot : c’est la fête de la vie de Dieu. C’est la fête du Dieu vivant.

Nous venons, pendant un certain temps, de faire une expérience assez curieuse, une sorte d’épreuve collective de la fragilité de la vie humaine. Un de mes confrères prêtre, pourtant homme sage, a dit en pleine réunion, que ces deux mois de confinement lui avaient fait éprouver la fragilité de la vie. J’ai été un peu étonné qu’il ait fallu une expérience choc aussi forte pour qu’il s’en rende compte, mais enfin, mieux vaut tard que jamais !

Il n’empêche que c’est bien ça le problème. Si l’on a déployé ces trésors de complication de la vie et de difficultés dans la communication, c’est précisément parce que la communication entre les êtres vivants était menacée, ou menaçait la vie même des vivants. Evidemment, c’est une expérience assez bizarre. Savoir que nos mains, notre bouche, nos joues, tout ce qui exprime la convivialité, la tendresse, le bonheur d’être ensemble, soudain peut devenir facteur de danger, de grave maladie voire de mort. C’est donc qu’en réalité, nous, les humains, faisons l’expérience de la fragilité de la vie. Nous la faisons dans la communication que nous avons entre nous. Habituellement, la communication que les humains ont entre eux, surtout ceux qui sont amoureux l’un de l’autre, c’est la communication de la vie : donner la vie. C’est pour cela qu’on fête la fête des mères.

Mais là, la communication comme telle devient le lieu même d’une sorte de mise en danger de la vie. Du coup, on se dit que c’est le drame de la vie humaine et remarquez-le – ça peut paraître paradoxal, mais c’est quand même la vérité –, ce qui fait le drame, c’est que celui qui peut nous apporter la mort, c’est un vivant, c’est un virus. C’est incroyable que dans la grande gamme des formes de la vie infrahumaine, tout-à-coup, une réalité comme un virus, une petite bestiole méprisable et haïssable, puisse venir communiquer avec vous pour vous dire : « Je vais te manger ». C’est évidemment une chose assez paradoxale et qui nous démontre l’expérience de la fragilité de la vie. C’est pour cela que dans le monde antique, on n’a pas tellement insisté sur la qualité de vivant pour les dieux ou pour Dieu. L’Ancien Testament l’a fait à sa manière en écrivant : « Je suis le Dieu vivant ». Mais la plupart du temps, on a préféré dire que le nom du Seigneur était gravé sur des pierres. Il n’était donc pas gravé dans le monde vivant, mais dans le monde minéral.

C’est pour cela que, contrairement à ce que beaucoup pensent, le fait d’avoir fait des statues de dieux en pierre, n’était pas pour les rabaisser à des œuvres humaines d’artistes, mais c’était précisément parce que la pierre incarnait la durée et la stabilité. Evidemment, ils n’étaient pas vivants, mais ils incarnaient quelque chose de l’existence et de la spécificité de la divinité qu’ils voulaient représenter : les dieux étaient invulnérables. Pas de Covid pour les dieux !

Ainsi, nous sommes au cœur d’une expérience que, la plupart du temps, nous voulons refouler. Si nous pensions toute la journée à tous les microbes qui nous environnent et qui sont capables de nous saboter la vie et les vacances, nous perdrions cœur ! C’est vrai que le problème de la vie, c’est le grand mystère de l’existence humaine. C’est cela que Dieu a osé affronter. Le Dieu des chrétiens a décidé de se manifester à travers un vivant, dont la vie était aussi fragile et menacée que la nôtre. Les chrétiens ont découvert, à travers cette fragilité d’un Dieu qui voulait se faire chair, sa volonté de partager la même fragilité de vie que nous. Si Dieu est capable d’affronter cette fragilité de la vie, qui Lui donne un tel pouvoir pour se placer dans une situation aussi radicale et aussi désarmante ?

C’est à partir de là que, lorsque les chrétiens se sont demandé : « Qui est le Christ ? », ils ont répondu : « Le fils du Dieu vivant ; ce que Tu fais, Toi, Tu le fais parce que Tu es traversé par une vie qui T’a été donnée. Et pourquoi le fais-Tu ? Parce que Tu veux nous donner cette vie qui T’a été donnée ». Le premier terreau de la foi trinitaire, l’amour du Père pour son Fils, fut ce mystère d’un Dieu qui Lui, a eu une vie à sa manière mais capable de se mettre en danger dans l’expérience pour nous fondamentale et insurpassable de notre vie humaine.

La plupart du temps, quand on pense à la Trinité, on l’associe à des choses incompréhensibles ; d’ailleurs, il faut bien avouer que les peintres et les architectes ont toujours fini par représenter la Trinité avec le triangle, comme si nous étions une annexe de la franc-maçonnerie. Non, précisément, cela n’a rien à voir. La vie de Dieu n’est pas un triangle. La vie de Dieu, c’est une vie. Toute la vie est dans le Père ; c’est pour cela qu’on Lui a donné le nom de Père – désolé pour les dames, mais c’est comme cela qu’on l’a appelé – parce que l’on considère que c’est le Père qui est la source et l’initiative absolue de la vie. Ça devient quelque chose d’un peu discuté aujourd’hui, mais enfin, on verra ça une autre fois. C’est le Père qui est la source même de la vie, qui ne la reçoit de personne, et qui est capable de la transmettre à quelqu’un qui a risqué cette vie dans la condition de la vie humaine, finie, menacée, fragile, que nous connaissons.

C’est pour cela que la racine même de notre foi en la résurrection ne se résume pas simplement à ce que Jésus aurait pu dire : « Je ne vais pas rester dans ce tombeau jusqu’à la fin de mes jours finis ». Le mystère même de la résurrection, c’est la manière dont la vie que le Fils avait éternellement reçue de son Père, a pu traverser le mystère de notre propre mort. Autrement dit, la grande nouveauté de la foi chrétienne n’est pas de nous dire que Dieu est une sorte de boule de lettres parfaitement satisfaisantes en elles-mêmes. Le premier attribut de Dieu n’est pas la puissance, ni même la perfection. Le premier attribut de Dieu, c’est la vie divine. La vie divine : une vie capable de se mêler à la nôtre, capable de s’y engager, capable d’en subir toutes les conséquences, y compris celle de la mort, capable de manifester ainsi que sa propre vie, c’est la vie éternelle et que cette vie éternelle est communiquée à chacun d’entre nous.

Tout à l’heure, Agathe, quand tu vas venir communier – ça ne fait apparemment rien du tout de manger le pain et le vin qui sont le Corps et le Sang du Christ –, tu vas recevoir la vie éternelle. Dans ce don, Agathe, tu découvriras que la source profonde, essentielle, de ta vie, c’est la vie de Dieu. C’est ça, pour les chrétiens, la vie qui nous est proposée par Dieu. Dieu nous propose de vivre de sa vie.

Vous remarquerez, Il la joint à un geste qui est pour nous le geste de l’aveu de notre fragilité quotidienne : le fait d’avoir à manger du pain. Car, s’il y a une chose que les anciens savaient, c’est qu’un homme, c’est un mangeur du pain. C’est quelqu’un qui prend la ration de pain de chaque jour, comme on va le dire encore tout à l’heure dans le Notre Père : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour ». Le pain qui nous conduit jusqu’à demain.

Dans le cadre de l’eucharistie, Jésus a voulu prendre le pain qui conduit jusqu’à demain en nous disant : « Désormais, le "demain" auquel vous êtes invités et auquel vous allez participer, c’est la vie intime de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit qui, non content de vivre l’échange de vie total, radical, absolu qui existe entre les trois, veut nous y faire participer ».

C’est pour cela que nous sommes heureux de t’entourer aujourd’hui Agathe et que nous souhaitons que cette vie qui t’est donnée, tu puisses la laisser s’épanouir en toi et que nous tous avec toi, nous la laissions s’épanouir en nous pour être vraiment des vivants de la vie de Dieu. Amen.

 
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