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LA VÉRITÉ VOUS RENDRA LIBRE !

Ex 34, 4b-6 + 8-9 ; 2 Co 13, 11-13 ; Jn 3, 16-18
Fête de la Sainte Trinité – Année A (19 juin 2011)
Homélie du Père Arnaud de MALARTIC

Tu es aimé comme tu es !
Mes chers amis, je dois ajouter une chose à ce que je vous confiais au début de cette eucharistie, c'est que si Saint Jean de Malte a fait beaucoup pour mon éveil à la foi, j'ai failli ne pas devenir prêtre aussi à cause de Saint Jean de Malte parce que je voyais venir le moment de l'homélie et que je voyais le prêtre se déplacer au centre vers le micro, je me disais : jamais je ne serai prêtre car je ne pourrais pas supporter cela. Finalement, la grâce de Dieu a été plus forte. Et me voilà livré à ce grand exercice de l'homélie, auprès de mes maîtres, de ceux qui m'ont formé à cet art difficile. Je serai tout simple.

En essayant de rappeler pourquoi les lectures que nous venons d'écouter nous parlent de la Trinité, ce sont des lectures très brèves mais qui sont en même temps très denses. La première lecture du livre de l'Exode, c'est la révélation du nom du Seigneur. Le nom, c'est-à-dire l'identité, et lorsque Dieu révèle son identité il se révèle comme tendre, et comme miséricordieux, lent à la colère. Dans la deuxième lecture la salutation est trinitaire, l'Église a bien conscience d'être dépositaire d'un mystère qui est celui de la Trinité, ce n'est pas d'abord un obstacle à notre intelligence, une équation arithmétique difficile à résoudre, mais plus simplement un mystère d'amour, c'est ce que nous dit saint Paul. Dans l'évangile, dans ces mots que Jésus dit à Nicodème, nous avons écouté le pourquoi de la mission du Fils, pourquoi l'Incarnation, pourquoi Dieu est venu sauver l'homme.

Le point commun entre ces trois lectures, c'est tout simplement la révélation de Dieu. Dieu se révèle et la Trinité n'est pas quelque chose qui a été inventée par les hommes, mais qui nous a été révélée. Lorsque Dieu nous révèle la Trinité, il ne nous la révèle pas comme une cohabitation, trois personnes, une seule nature, cela, les Conciles, progressivement vont s'en approcher, mais comme un mystère d'amour. Les mots que nous venons d'écouter, ce sont les mots : amour, grâce, miséricorde et salut. La révélation du nom du Seigneur, la rencontre qu'il désire avoir avec chacun de nous est marquée par ces mots : amour, grâce, miséricorde et salut. En fait, ce sont des mots qui correspondent à une situation qui est la nôtre, authentique, actuelle. Le mot amour, grâce, miséricorde, salut, correspondent à une situation de détresse, d'angoisse, et à une situation de péché, autrement dit, à une nécessité de la miséricorde. L'homme a besoin, j'ai besoin, nous avons besoin de la miséricorde. Notre vie est marquée par l'angoisse, notre vie est marquée par le péché et notre vie est marquée par cette soif très forte de faire l'expérience de la miséricorde.

Pas plus tard qu'hier, j'accompagnais un groupe de mères de famille à Cotignac, mères de familles qui marchent et la responsable du groupe a fait se mettre en cercle tout le monde, et à chacune de dire pourquoi elle est là, maintenant. Ce qui était très impressionnant, c'est qu'à partir de la deuxième, troisième personne, ça été des pleurs. Une, en pleurs, et la deuxième, en pleurs, et la suivante, en pleurs, la quatrième en pleurs, les souffrances les angoisses, les difficultés avec les enfants, les difficultés dans leur propre vie, difficultés conjugales, difficultés de travail, des difficultés, des souffrances, des situations de détresse, difficultés personnelles aussi, sentiments de culpabilité. Et après, on m'a demandé de me mettre à la fin du groupe pour que les personnes puissent venir une à une pour me parler. J'ai passé quatre heures à marcher et à écouter. Là aussi, beaucoup de pleurs, beaucoup de souffrances, beaucoup de difficultés. Alors qu'avant, j'avais une vision peut-être un peu manichéenne : le Brésil, la grande joie, la France, la tristesse ! Le Brésil, tout va très bien, la France, c'est plus dur. Et en fait je me suis rendu compte que progressivement j'ai découvert aussi de grandes détresses au Brésil, et aussi de très grandes joies en France, comme il y en a là-bas. Dans le fond, le cœur humain est le même. C'est la même humanité qui a besoin de miséricorde, besoin de pardon, qui a besoin de salut, et qui a besoin de sentir l'amour, qui a besoin de toucher, d'expérimenter l'amour et non pas une miséricorde du Seigneur qui soit théorique, mais qui soit pratique, qui soit vécue.

Or, un petit constat, la miséricorde semble être la chose la plus difficile à accepter dans nos vies de façon pratique. De façon théorique, nous sommes tous d'accord pour la miséricorde, de même que nous refusons tous la misère, nous refusons tous la maladie, je pense qu'il y a l'unanimité pour cela, et unanimité aussi pour dire :la miséricorde oui. De façon théorique, nous sommes tous d'accord. De façon pratique, je n'ai qu'une toute petite expérience de prêtre, à peine trois ans et demi, mais je remarque que c'est extrêmement difficile. La miséricorde, elle a un nom, c'est un sacrement qui nous a été donné par le Christ et dans ce sacrement, nous pouvons actualiser notre condition humaine de détresse, de péché, de soif de la miséricorde et le pardon du Christ qui nous a été donné à la croix.

Il y a donc un moyen, une possibilité de pouvoir recevoir une réponse à nos détresses, faire l'expérience de la restauration, du pardon, de la miséricorde, c'est possible, et pourtant c'est très peu vécu. Là je fais une grande différence avec le Brésil où il y a des files de confessions, et je peux passer des nuits entières à confesser des jeunes et beaucoup de nos confessionnaux en France (je ne sais pas à Saint Jean de Malte), mais qui servent de réservoirs pour les bouteilles de gaz pour l'hiver !!!! C'est fini … Et la miséricorde aussi vécue, très souvent la confession, lorsque je prononce le mot la réponse est : oh ! là là, c'est dur ! Ce n'est pas facile, et j'ai envie de répondre, mais ta vie elle est dure. Ta condition elle est difficile. Hier, je vous le répète, des mères de famille, des bonnes familles, des familles fidèles en mariage, mais des souffrances énormes, des croix lourdes.

C'est très impressionnant de voir qu'il existe une soif de la part de l'homme et il existe une réponse de la part de Dieu et c'est comme si les deux n'arrivaient pas à se correspondre, qu'elles se cherchaient. Pour nous chrétiens, la miséricorde est le sacrement de la miséricorde, le sacrement de la confession, n'est pas une option dans notre vie. Ce n'est pas quelque chose de réservé à une élite, mais c'est absolument indispensable, cela fait partie de notre vie, qui fait partie de l'essence même du christianisme telle que nous venons de l'écouter dans les lectures. Quand Dieu se révèle, il se révèle comme miséricorde pour correspondre à ce désir de pardon inhérent dans le cœur de tout homme. Le grand danger, si on laisse tomber la confession, c'est finalement de faire de l'Incarnation du Christ le contraire de ce que nous venons d'écouter dans l'évangile : Il est venu pour sauver, et nous faisons de Jésus un gourou, ou un gentil pasteur, un philosophe bien éclairé, quelqu'un qui a dit de très belles paroles, qui nous a montré une voie parmi d'autres voies. Il y a Bouddha, il y en a d'autres … et finalement, le sens profond du christianisme est perdu.

Lorsqu'on regarde l'évangile, on remarque l'importance des paraboles sur la miséricorde. La plus importante, c'est celle du fils prodigue dans laquelle le Christ révèle le cœur du Père, riche en miséricorde. La parabole de la brebis perdue, de la drachme perdue, mais le Christ n'a pas uniquement parlé de la miséricorde, il l'a vécue, il l'a donnée. L'histoire des rencontres qu'il fait avec les personnes sont très souvent des histoires habitées par la miséricorde. Zachée, Marie-Madeleine, la Samaritaine qui a eu cinq maris, Pierre, et un nombre incalculable de pécheurs. Toutes ces personnes-là, c'est surprenant, ces personnes qui nagent dans le péché, qui ont des vies absolument dissolues, n'ont pas de difficulté par contre à recevoir le Christ. Alors que ceux qui ont étudié, qui sont versés dans les Écritures, qui connaissent la théologie, on pourrait dire que ce sont des "pro" de la religion, le Messie était annoncé, les paroles qui étaient annoncées par les prophètes, et ils ont une difficulté incroyable à le reconnaître. Le Christ n'a jamais de parole dure lorsque les pécheurs viennent et reconnaissent leur péché, lorsque les personnes vivent dans la vérité. "Tu as raison de dire que tu n'as pas de mari, tu en a eu cinq et celui avec qui tu vis n'est pas ton mari". La Samaritaine fait l'expérience de la vérité. Zachée dira : "J'ai volé", et le Christ sans doute avec son regard ne le contredira pas. Marie-Madeleine, aux sept démons,une perverse, et toutes ces personnes font l'expérience de la miséricorde et leur vie change complètement alors que Jésus est dure uniquement avec les personnes qui disent : "Nous n'avons pas de péché" il est très durs avec les pharisiens : "Parce que vous dites que vous n'avez pas de péché, votre péché demeure". Et cette phrase n'est pas adressée qu'aux pharisiens, elle est adressée à toute personne qui pense aussi qu'elle peut organiser sa vie hors de la confession, hors du sacrement de la miséricorde, hors de cette possibilité d'avoir justement la restauration totale et plénière de cette innocence baptismale à travers ce don immense, ce cadeau inespéré du sacrement de la miséricorde.

C'est la première chose que fait le Christ après sa résurrection. Nous l'avons entendu il n'y a pas longtemps, la première chose qu'il fait, il souffle sur les disciples et leur dit : "Recevez l'Esprit Saint, à qui vous remettrez les péchés, ils seront remis, à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus". La première chose que fait le Christ ressuscité quand il apparaît à ses disciples, c'est l'instauration de la confession. Ce pouvoir qu'il a gagné à la croix, cette confession qu'il a réalisée à la croix pour tous les péchés du monde est donnée tout de suite aux disciples une possibilité de revenir et c'est le sacrement de la miséricorde. Cela suppose une chose qui est très difficile pour nous aujourd'hui, surtout à notre époque. Cela suppose de rentrer dans l'attitude du fils prodigue qui dit : "Père, j'ai péché". Or, je vous confie ma surprise : 80% de mes confessions sont non pas "je", mais "on". On a du mal quand même à aller à la messe, on a du mal à ne pas mentir, mais le Christ n'a jamais dit "on". J'ai envie de dire : parlez pour vous, "on" le fils prodigue dit : "Je" et moi aussi je dois apprendre à dire "je", j'ai péché contre le ciel et contre toi. Rentrer tout simplement dans cette attitude de vérité : je reconnais la vérité et la confession c'est le lieu de la vérité, ce n'est pas une bonne lessive qui va nous rendre blancs comme le jour de notre baptême. C'est d'abord le lieu de la vérité.

Ce que je vous souhaite, comme ce que je souhaite aussi à mes enfants du Brésil, c'est que vous puissiez redécouvrir ce sacrement qui est fait aussi au nom de la Trinité : "Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, je te pardonne tous tes péchés". Non pour ressortir des choses difficiles, des péchés, des problèmes, des angoisses, mais tout simplement pour pouvoir vivre la joie de la miséricorde. Le but, c'est d'être heureux, le but c'est de pouvoir vivre cette joie du pardon qui est à chaque confession la certitude que je suis aimé pour ce que je suis. Je ne suis pas aimé malgré mon péché, je ne suis pas aimé parce que je pèche peu, je suis aimé tel que je suis. Et parfois, si nous avons une mésestime de nous-même, c'est très difficile à comprendre et à intégrer dans nos vies, et c'est sans doute pour cela que nous avons tant de mal à nous confesser : "Suis-je vraiment aimé pour moi-même" ? Je vous rassure sur une chose, lorsque vous vous confessez, vous dites des péchés pas du tout originaux, c'est très commun et c'est toujours la même chose, il n'y a pas de danger de surprendre le prêtre qui dirait : ah ! tiens, c'est bizarre, je n'ai jamais entendu cela ! Ah ! tiens, comment avez-vous fait cela ? De même, inutile d'employer mille circonvolutions pour faire comprendre que … Les hommes sont tous pareils et font les mêmes péchés, je vous rassure, vous n'avez rien d'original. Et sachez-le, le prêtre aussi est pécheur, quand vous vous confessez, vous me rappelez mes propres péchés, et combien de fois n'ai-je pas été aidé justement par des pénitents qui ont fait une confession tellement vraie que je me suis rendu compte que j'avais besoin de progresser moi aussi sur tel ou tel point. Je vous souhaite en ce jour de la fête de Sainte Trinité de pouvoir vivre cette expérience de la confession et de vivre aussi chaque jour un peu plus cette grande joie du pardon.

 

AMEN

 

 

 

 
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