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L’ESPRIT SAINT DON DE DIEU, DON AUX AUTRES

Gn 14, 18-20 ; 1 Co 11, 23-26 ; Lc 9, 11-17
Douzième dimanche du temps ordinaire, Fête du Corps et du Sang du Christ
Sacrement de Confirmation - année C (23 juin 2019)
Homélie de Monseigneur Jean-Louis BRUGUES

On m’a souvent posé cette question : « Du temps où vous étiez évêque d’Angers, quel est le meilleur souvenir que vous conservez ? » Et je réponds sans hésitation : « Les confirmations ». Non pas seulement la célébration de la confirmation, mais aussi la préparation, ces rencontres, avec ceux qui, plus jeunes, ou adultes, se préparaient à recevoir ce magnifique sacrement. Et surtout les lettres que je recevais. J’ai reçu des lettres tout à fait inattendues à tel point que je m’étais mis dans la tête de les éditer, d’en éditer quelques-unes, et puis j’ai été nommé à Rome et je n’ai pas pu réaliser ce désir.

Mais je retrouvai ce plaisir, cette satisfaction hier après-midi grâce au Frère Daniel, qui m’a permis de renouer avec ce qui constitue un des meilleurs moments de la vie d’un évêque : parler, échanger avec ceux qui vont recevoir le sacrement de confirmation. Nous avons parlé, bien sûr, de leur futur – pour l’un d’entre eux, le futur, c’est le présent, et être ingénieur à Airbus, ce n’est pas si mal que ça ! On n’a pas parlé du salon du Bourget, de ces choses-là ; et puis, parmi les autres, les plus jeunes, le futur pour certains, je devrais dire pour certaines, c’est déjà l’idée d’un commerce, d’une communication, et les autres hésitent encore, ce qui est normal, à 14 ans. Au passage, un conseil : ne vous pressez pas ! Vous avez du temps pour choisir, et choisissez un métier qui vous plaise ; demandez conseil autour de vous, mais ne vous laissez pas imposer le choix du métier. Choisissez un métier qui vous plaise, qui vous permette d’épanouir votre personnalité, qui vous permette aussi de servir, de mieux servir, de servir davantage.

Et nous avons également parlé, au cours de cette rencontre, de l’Esprit-Saint, c’est quand même l’acteur principal de la célébration d’aujourd’hui. Nous nous sommes rendu compte qu’il était difficile d’en parler. Comment vous Le représentez-vous ? Je me rappelle avoir accompagné un vieux prêtre arrivé à la fin de son existence, qui m’avait reçu et parlé avec la simplicité, l’authenticité de ceux qui sont persuadés d’arriver au bout du chemin. Il me disait ceci : « M’adresser au Père, ce n’est pas difficile, à chaque fois que je récite cette prière du Notre Père, c’est bien sûr vers Lui que je me tourne. M’adresser au Fils, ce n’est pas difficile, à chaque fois que je célèbre la messe, je renouvelle le sacrifice du Fils qui S’est donné dans son corps, dans son sang – c’est le sens de la fête d’aujourd’hui – jusqu’à la fin des temps, jusqu’à la consommation des siècles, mais l’Esprit-Saint… » Il poursuivait, « je me demande si j’ai vraiment prié l’Esprit-Saint, si je me suis vraiment adressé à l’Esprit-Saint, si l’Esprit-Saint n’a pas été le grand discret, peut-être le grand absent de ma vie ». Ces paroles résonnent encore dans mon souvenir, dans ma mémoire, et je me demandais si pour nous, Eglise latine, l’Esprit-Saint n’était pas en effet le grand discret (je n’ose pas dire le grand absent) de notre vie d’Eglise.

Alors comment, comment l’aborder ? Je proposai d’entrer dans une église, par exemple Saint-Jean-de-Malte. Le Fils se trouve représenté de diverses manières, la croix, l’autel, le Saint-Sacrement, l’assistance, la foule, le prêtre. Le Père, c’est à Lui que s’adressent la plupart des prières de la liturgie, vous l’aurez remarqué. Et l’Esprit ? Première notion : l’Esprit, c’est l’espace, et quand on entre dans une église, si l’espace est respecté, on a l’impression d’éprouver une sorte de dilatation, on respire plus large. Nous comprenons alors pourquoi l’Esprit est appelé le souffle, le souffle de vie, ce qui nous permet de voir large, de compter large, de partir au large ; l’espace, l’Esprit, la respiration. Et il y a une deuxième approche de cette belle figure mystérieuse de l’Esprit, il y a la beauté. Je me rappelle avoir dû aller, du temps où j’étais responsable des séminaires, au séminaire catholique de Saint-Petersbourg, avec quelques séminaristes, et j’avais invité pour l’ouverture de l’année académique, les représentants de l’Eglise Orthodoxe, qui me disaient : « Vous ne parlez pas beaucoup de l’Esprit-Saint ! » et nous sommes tombés d’accord , à la suite de cette rencontre, pour dire que pour eux, comme pour nous, l’Esprit est l’esprit de beauté, et voilà pourquoi quand on entre dans une église, il doit y avoir des éléments de beauté, qui nous enchantent, qui transfigurent notre existence, et ses deux éléments les plus importants (il y en a d’autres, bien sûr), s’adressent à la vue, la couleur, les splendeurs de la couleur, les vitraux, les murs, les tableaux ; et puis la musique, l’oreille, la vue et l’oreille. L’Esprit est Celui qui nous fait entendre une musique qui est déjà la musique du Ciel, qui devrait nous réconforter, nous enchanter, nous consoler, dans notre chemin terrestre.

Et puis il y a, et c’est celle que je souligne aujourd’hui, bien sûr, une troisième manière d’aborder l’Esprit : tout à l’heure, chacun des confirmands va s’approcher, et je vais, avec ce Saint Chrême, qui a déjà été utilisé au moment du baptême, faire une onction sur son front, en disant : « Sois marqué de l’Esprit-Saint, le don de Dieu ». Voilà le titre que dans notre famille spirituelle, nous soulignons le plus volontiers : l’Esprit, c’est le don de Dieu. Ce don de Dieu est aujourd’hui souligné avec une force particulière puisque la fête de ce jour, la fête du Sang et du Corps du Christ, on pourrait tout aussi bien l’appeler la fête du don. Sachant qu’Il allait quitter ses disciples de manière définitive, et afin de prévenir leur peine, leur crainte, leur souffrance même, le Christ prend du pain, du vin, et après avoir prononcé les prières de bénédiction, donne ces éléments devenus divins à ceux qui L’entourent, à ses apôtres, en disant que désormais dans ce corps et dans ce sang, Il sera présent jusqu’à la fin des temps au milieu d’eux. Ceux donc qui s’approchent de son corps et de son sang, qui reçoivent le don de Dieu, sont appelés à se donner aussi.

C’est le dernier message que je voudrais laisser à nos confirmands : ils ont été donnés à eux-mêmes, ils ne se sont pas faits eux-mêmes, ils viennent de plus loin qu’eux, il a fallu qu’il y ait dans l’existence précédente, dans cette longue histoire des familles, des gens qui se donnent l’un à l’autre, afin que nous arrivions aussi jusqu’à l’existence. Nous comprenons donc que pour réussir notre vie, pour lui donner son vrai sens, il va falloir que nous nous donnions à notre tour. Alors on peut se donner de différentes manières, bien sûr, dans une profession, dans une alliance, dans un don de vie, dans des sacrifices multiples, mais pour pouvoir vivre ce don en plénitude, il faut commencer par recevoir Celui qui est le don. C’est ce que vous allez faire.

Alors, à chacun j’ai envie de dire « bon souffle, bon vent, bon Esprit, et que votre route soit belle jusqu’au bout, jusqu’à son terme ». Nous sommes autour de vous maintenant par la joie et la prière, vous pouvez compter sur notre accompagnement et nous, nous voudrions être fiers de ce que vous allez vivre, du témoignage que vous allez nous laisser. Amen.

 
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