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LE CHRIST M'A NOMMÉ PAR MON NOM GRÂCE A DES HOMMES QUI SAVAIENT SON NOM

Gn 14, 18-20 ; 1 Co 11, 23-26 ; Lc 9, 11-17
Fête du Corps et du Sang du Christ – Année C (28 mai 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Le mystère que nous célébrons en ce jour, frè­res et sœurs, est un mystère qui a deux en­trées. Le corps et le sang du Christ, ce corps donné, partagé, ce pain descendu du ciel, et c'est le mystère de cette table qui est derrière moi à laquelle nous sommes conviés et de laquelle nous recevrons la Nourriture céleste : le corps et le sang de Dieu. La seconde entrée de ce mystère, c'est que nous sommes membres d'un même corps dont le Christ est la tête. Et je voudrais en ce jour réfléchir un instant avec vous sur ce qu'est le corps de l'Église, ce que les Pères de l'Église ont appelé le corps total. Le corps total que nous formons est un mystère qui est en avant de nous. Je voudrais en effet que nous réalisions que si nous avons été cueillis et saisis par le Seigneur, soit par tradition, soit par expérience personnelle profonde, si le Christ est vraiment un bon pasteur, s'Il me tient par la main, c'est qu'Il veut m'emmener quelque part.

Psaume 22 : "Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. Sur des près d'herbe fraîche Il me fait reposer Il me conduit au bord des eaux tranquil­les, Il y fait revivre mon âme.(...) Devant moi, tu pré­pares une table, Tu répands sur ma tête un parfum de joie". La Table de l'eucharistie !

Un homme n'est vraiment tout à fait humanisé que s'il a pu connaître la tendresse d'une mère et s'il a été caressé sur les genoux de cette mère, de même un membre de l'Église ne peut vraiment être christifié, pardonnez-moi l'expression, s'il n'a été un jour caressé par la tendresse de l'Église et saisi sur ses genoux de la nouvelle Sion.

Quelque chose nous précède dans ce mystère, quelque chose qui est de l'ordre de la famille mais plus profondément de l'ordre d'une communion et d'un dépassement. L'Église, c'est à la fois l'affirmation que l'expérience que nous faisons de nos divisions de race, de culture, de fortune ou de classe, sont moins fortes que ce que porte l'Église, cette nouvelle famille : les promesses d'espérance, de foi et de charité. Avant même que nous naissions dans la vie de Dieu, une famille nous attendait et nous avait gardé une place. Et il manquerait quelque chose à notre propre vie intérieure et humaine, si nous en restions à une seule expérience du Christ. Il nous mène plus loin pour constituer ensemble un corps, pour faire de nous une famille, pour établir entre nous une communion et pour cela Il a dressé au centre de cette communion une table, faisant de chacun de nous des convives qui partageons le même pain et buvons le même vin.

Frères et sœurs, si je décris ces deux expé­riences à la fois, celle du Christ qui s'enracine en nous et celle de l'Église qui fait de nous une famille, et même parfois malgré nous, c'est parce qu'il y a là le spécifique même de ce que nous avons à vivre et ce pourquoi nous sommes là. Nous ne sommes pas choi­sis en tant que tels, et humainement de nombreuses divisions, de nombreuses sensibilités nous opposent. Nous avons été convoqués pour faire partie, au sens fort du terme, d'une famille, mais cette famille coûte cher. Elle s'appelle une Pâque, c'est-à-dire que faire partie de l'Église, c'est forcément passer par un petit trou qui est un passage, qui est une croix, avant d'aboutir à la Résurrection. Vivre ensemble une communauté d'Église, c'est accepter avant tout dans le programme que nous nous sentirons un peu dépassés, un peu perturbés et serrés par les autres dans ce mys­tère de la Pâque qui est le fond de toile de l'Église. Ce n'est pas parce que nous sommes finalement presque assez d'accord pour venir ensemble à une fête que nous sommes l'Église. C'est parce que nous avons été précédés par ce mystère fondamental qui fait que nous étions décidément et dans le cœur de Dieu, choisis pour être des membres d'une même famille et que Dieu veut inscrire dans notre chair cette appartenance à la famille. Cette inscription dans la chair de chacun de nous s'appelle l'amour de Dieu. Et quand l'amour de Dieu vient frapper en nous, Il commence un peu par brûler avant de nous faire grandir. L'amour de Dieu, lorsqu'Il frappe l'homme et le saisit, commence par éliminer toutes ces broussailles et toutes ces épi­nes que constituent nos péchés, nos doutes et nos hé­sitations, afin de nous purifier par son feu pour faire de nous des membres vivants de cette famille.

Ainsi c'est un mystère de communion, mais aussi c'est un mystère de Pâque et dépassement, en­core faut-il que nous acceptions que notre vie soit comme l'apprentissage, jour après jour, d'appartenir non plus à une famille de race ou de chair, mais à une famille d'une chair nouvellement créée qui est la chair du Christ. Lorsque nous mangeons le corps et buvons le sang du Christ, ce n'est pas nous qui assimilons la chair du Christ, mais c'est Lui qui nous assimile à Lui. Notre propre démarche d'entrée dans l'Église, de venir ainsi de façon régulière à la messe, nous fait poser un acte comme en avant de nous, qui nous ouvre à l'espé­rance. Nous sommes faits pour une chair nouvelle­ment créée, chair qui ne sera pas uniquement notre chair humaine, mais la chair de Jésus-Christ. Et les membres de la famille ne seront totalement membres les uns des autres que lorsque nous aurons accepté que le fait que notre propre chair soit ensemencée, transformée, meurtrie par la présence du Christ en nous qui fera vraiment de nous des pierres vivantes enserrées les unes dans les autres et réalisant ce que Dieu veut faire de l'humanité : la nouvelle Sion, la Jérusalem céleste qui brille de tous les éclats de la gloire même de Dieu qu'Il fera briller en nous et par nous.

"Le Christ m'a aimé au plus profond de moi, le Christ m'a nommé par mon nom grâce à des hom­mes qui savaient son Nom".

Ainsi s'exprime saint Augustin lorsqu'il parle du mystère de l'Église. C'est parce que des hommes ont connu son nom, qu'ils Lui ont donné ce nom, que le Christ a pu m'appeler par mon nom et qu'ainsi je pourrai transmettre à mon tour ce nom vivant du Dieu qui se donne et qui veut faire des hommes un peuple unique et vivant, sauvé. Nous sommes toujours pré­cédés par un mystère et ce n'est pas nous qui décidons de la façon dont nous entrerons dans ce mystère, mais c'est le mystère même qui nous englobe. C'est pour ça que nous sommes rassemblés en ce jour, c'est l'Église, comme future épouse immaculée du Christ, deman­dant à chacun de nous d'être ses immaculés, ses saints, ses parfaits, pour que le Christ enfin, dans des noces éternelles, puisse l'épouser. C'est là le mystère profond du corps et du sang du Christ, ce double mystère dont je parlais : ce pain partagé sur la table et ce corps que nous formons dont le Christ est la tête, l'un nourrissant l'autre afin d'aider ce second à grandir et à devenir vraiment le mystère de communion, cette famille profonde et en même temps ce mystère de Pâque au creux, au cœur du monde.

Saint Patrice, dans une admirable prière, peut nous inviter ainsi à découvrir la présence du Christ dans notre vie. Il disait ainsi : "Le Christ avec moi, le Christ devant moi, le Christ derrière moi, le Christ au-dedans de moi, le Christ au-dessous de moi, le Christ au-dessus de moi, le Christ à ma droite, le Christ à ma gauche, le Christ dans la forteresse, le Christ sur le siège du char, le Christ sur la poupe du navire, le Christ dans le cœur de tout homme qui pense à moi, le Christ dans la bouche de tout homme qui parle de moi, le Christ dans tout oeil qui me voit, le Christ dans toute oreille qui m'entend".

 

 

AMEN

 

 
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