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DU CORPS PHYSIQUE DU CHRIST A SON CORPS EUCHARISTIQUE ET A SON CORPS MYSTIQUE QUI EST L'ÉGLISE

Gn 14, 18-20 ; 1 Co 11, 23-26 ; Lc 9, 11-17
Fête du Corps et du Sang du Christ – Année C (13 juin 2004)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

La fête du Corps et du Sang du Christ. La fête du très saint Sacrement. La fête du "Corpus Christi". Tous ces vocables qu'on utilise ou qu'on a utilisés pour désigner la célébration d'aujourd'hui, manifestent clairement que l'objet de notre fête, c'est le Corps eucharistique du Christ.

Cependant, les choses ne sont pas aussi sim­ples et linéaires que j'ai l'air de le dire, car quand nous parlons du Corps du Christ, il y a trois significations différentes que nous pouvons mettre sous ces mots, trois significations qui ne sont pas sans liens les unes avec les autres, et c'est pourquoi, cette réflexion peut peut-être nous éclairer sur le sens de cette fête et de ce sacrement.

Le Corps du Christ, au premier sens, fonda­mental, le plus évident, c'est le Corps humain, le Corps physique de Jésus, celui qu'Il a reçu du sein de la Vierge Marie, celui que l'Esprit Saint a façonné dans la Vierge Marie quand Il l'a couverte de son om­bre. C'est ce Corps semblable au nôtre avec lequel Jésus a grandi, a appris, a aimé, a souffert, est mort et ressuscité. C'est le sens premier de ces mots quand nous les employons.

Il y a un deuxième sens, celui que précisé­ment cette fête veut mettre en valeur, c'est le Corps eucharistique, le Corps du Christ tel que nous le rece­vons sous les apparences de ce pain joint au sang que nous buvons sous les apparences du vin. C'est le même Corps que le Corps physique du Christ, mais il ne nous est pas présenté sous la même forme, sous la même apparence. Il n'a pas la même allure que le Corps physique. C'est un corps qui nous est présenté sous une apparence étrangère, comme le dit la théolo­gie. Ce n'est pas un corps qui ressemble à de la chair, ce n'est pas un sang tel qu'il coule dans nos veines, c'est un corps qui nous est donné sous une forme dif­férente, celle du pain, et le sang sous la forme du vin. C'est le corps qui nous est donné de manière sacra­mentelle. C'est ce que veut dire le mot "sacrement". Un sacrement, c'est une réalité de ce monde dans la­quelle, à travers laquelle nous est donnée la réalité mystérieuse de la vie divine. Autre cette réalité di­vine, autre l'apparence que nous avons sous les yeux, mais cette réalité sensible du pain et du vin, ou quand il s'agit du baptême, de l'eau, ou de l'huile pour d'au­tres sacrements, cette réalité sensible, concrète, signi­fie, évoque, nous fait comprendre quelque chose du mystère de Dieu, et en même temps, réalise ce mys­tère sous l'angle précis où il nous est signifié et où nous pouvons le pressentir à travers le signe qui nous en est donné.

Or, précisément, le corps sacramentel, le Corps eucharistique du Christ nous est présenté comme un aliment : c'est sous la forme du pain, sous la forme de quelque chose qui se mange, et de même le Sang du Christ nous est présenté sous la forme du vin, donc sous la forme d'une boisson, de quelque chose que l'on peut ainsi absorber. Le Christ a voulu nous donner son Corps pour que nous le mangions, Il a voulu nous donner son Sang pour que nous le bu­vions, et c'est pourquoi Il nous l'a donné, son Corps sous la forme d'un aliment, et son Sang sous la forme d'une boisson. Jésus nous l'a dit : "Ma chair est vrai­ment une nourriture, et mon sang vraiment une bois­son. C'est pourquoi si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'Homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous"(Jn 6, 53-55). Il faut donc que nous recevions ce Corps du Christ, qui est bien son Corps, celui qui est né de la Vierge Marie, celui qui a grandi, qui a souffert, qui est mort sur la croix et qui est ressuscité, il faut que nous recevions ce Corps offert en sacrifice et ressuscité comme un aliment qui va nourrir notre propre corps. Car le pro­pre d'un aliment, c'est de construire, d'édifier, de fa­çonner, de fortifier le corps de celui qui s'en nourrit. Nous mangeons et nous buvons afin de déployer notre propre réalité physique, notre propre corps afin de lui donner accroissement, énergie, force vitale. Ce que nous mangeons devient notre propre chair. Quand nous mangeons la chair du Christ, elle ensemence de sa présence notre propre chair. C'est encore Jésus qui nous l'a dit : "Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et je demeure en lui"(Jn 6, 56). Il y a une présence physique et spirituelle en même temps, du Christ dans notre propre corps quand nous mangeons ce pain qui est son Corps, quand nous bu­vons ce vin qui est son Sang.

Ainsi donc, le Corps eucharistique du Christ n'est pas autre chose que son Corps physique, que son Corps né, mort et ressuscité, mais c'est ce Corps phy­sique du Christ qui nous est donné pour qu'il devienne notre propre corps et pour qu'il transforme note pro­pre vie, pour qu'en union avec le Christ nous deve­nions présence du Christ, pour que nous soyons rem­plis de sa force et de sa vie : "De même que je vis par le Père, vous aussi, si vous mangez ma chair, vous vivrez par moi"(Jn 6, 57), nous dit Jésus. Il faut donc que nous soyons remplis de cette présence du Christ pour que sa vie transforme de l'intérieur notre propre vie, pour que notre vie devienne semblable à la sienne, pour que nous soyons comme le Christ et qu'à travers nous rayonne la présence du Christ.

C'est là que nous arrivons à la troisième signi­fication de ce mot : Corps du Christ. Saint Paul l'em­ploie à de très nombreuses reprises : le Corps du Christ, c'est son Église. Dans l'épître aux Corinthiens, saint Paul dira : "De même que le corps est un tout en ayant plusieurs membres, et que tous les membres su corps en dépit de leur pluralité ne forment qu'un seul corps, ainsi en est-il du Christ"(I Co 12, 12). Le Corps du Christ, c'est donc son Église, c'est la com­munauté des chrétiens. Si en mangeant le Corps eu­charistique du Christ, je deviens présence du Christ, mon frère ou ma sœur, qui à côté de moi, mange aussi le Corps eucharistique du Christ, devient lui aussi présence du Christ, et ainsi, entre lui et moi, s'opère cette communion d'une profondeur extraordinaire, nous devenons ensemble le Corps du Christ. Vous comprenez que la célébration qui est la nôtre aujour­d'hui, cette célébration de l'eucharistie, cette célébra­tion de la messe où vous venez tous les jours, ou tous les dimanches, ce n'est pas simplement une rencontre personnelle, intime de chacun de nous avec le Christ, c'est cela bien sûr d'abord, mais en même temps, et par conséquence de cette rencontre intime de chacun de nous avec le Christ, c'est aussi une rencontre in­time de chacun de nous avec tous les autres, parce que ensemble, nous devenons le Corps du Christ. "Vous êtes vous, le Corps du Christ, dit saint Paul, et mem­bres chacun pour sa part"(I Co 12, 27). Et encore, dans l'épître aux Ephésiens, il dira : "Le Christ a donné aux uns d'être apôtres, évangélistes, pasteurs, docteurs, Il organise ainsi les chrétiens pour l'œuvre du ministère en vue de la construction du Corps du Christ, construction au terme de laquelle nous devons parvenir tous ensemble à ne faire plus qu'un dans la foi et la connaissance de Fils de l'Homme, à consti­tuer cet Homme dans la force de l'âge qui réalise la plénitude du Christ" (Eph.4, 11-13). Devenir ensemble comme un unique corps, un unique homme parfait qui est la plénitude du Christ. saint Augustin traduira cela en disant : "L'Église, c'est le Christ total". C'est le Christ qui s'adjoint tous les chrétiens, tous ses disciples comme autant de membres d'un même corps. Cela saint Paul le dit aussi : "Ainsi, nous grandirons de toute manière vers Celui qui est la tête, le Christ, dont le corps tout entier reçoit concorde et cohésion par toutes les jointures qui le nourrissent et l'actionnent selon le rôle de chaque partie" (Eph.4, 15-16). Ainsi, se construit par l'amour et dans l'amour, à partir du Corps eucharistique du Christ, le corps du Christ qui est l'Église et qu'on appelle quelquefois le Corps mystique. Cela ne veut pas dire que c'est un corps simplement imaginé, cela ne veut pas dire parce qu'il serait mystique que ce n'est pas un corps réel. Saint Paul parle avec un réalisme profond, et il dit que c'est vraiment une unité qui se constitue entre nous et que cette unité se nourrit de l'eucharistie, saint Paul le dit encore dans cette même épître aux Corinthiens : "Tous ensemble, nous ne formons qu'un seul corps, puisque nous avons part au même pain" (I Co 10, 17), entendez à ce pain qui est le corps du Christ.

Ainsi donc, frères et sœurs, nous célébrons aujourd'hui la fête de cette présence inouïe de Jésus qui a voulu, sous la forme d'un aliment, le pain, sous la forme d'une boisson, le vin, venir pénétrer, s'incor­porer à notre propre corps, transfigurer de l'intérieur tout ce que nous sommes, pour que nous soyons rem­plis de sa présence et que sa présence nous transforme en Lui-même, pour qu'Il demeure en nous et que nous puissions ainsi demeurer en Lui. A partir de cette présence inouïe qui nous transfigure et nous trans­forme, Il nous unit les uns aux autres d'une manière plus merveilleuse encore puisque nous ne sommes plus juxtaposés, nous ne sommes plus les uns à côté des autres, mais nous sommes vraiment les membres d'un même corps et toute l'Église peu à peu se cons­titue par la charité pour s'unir au Christ et ne plus faire qu'un avec Lui, ce qui se réalise déjà sur la terre. C'est pour cela que nous sommes la présence de Dieu dans le monde, et cela sera plus vrai encore quand toutes choses étant accomplies, nous rejoindrons Ce­lui qui est notre Tête et nous prendrons toute l'am­pleur et toute la dimension du mystère auquel nous sommes appelés.

Frères et sœurs, que cette fête nous aide à comprendre non seulement cette venue du Christ à l'intérieur de chacun de nous, mais aussi, Sa venue en tous nos frères qui nous entourent et avec qui nous devenons l'Église.

 

 

AMEN

 

 
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