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UNE VIE A DEUX TEMPS

Gn 14, 18-20 ; 1 Co 11, 23-26 ; Lc 9, 11-17
Fête du Corps et du Sang du Christ – Année C (10 juin 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Frères et sœurs, que faisons-nous quand nous venons célébrer l'eucharistie ? Que faisons-nous quand nous baptisons des enfants : Margot, Roxane, Nathan, Gauthier, et Ruben ? Que faisons-nous ? J'ai eu la réponse à cette question hier après-midi lors d'un baptême que j'ai célébré Le parrain de Capucine, Pierre-Paul est guitariste et chanteur. Il s'est demandé ce qu'il pourrait offrir à sa filleule, et il a pensé que le plus beau cadeau était une chanson. Il a écrit un très beau texte, et il nous a expliqué comment la mélodie lui est venue il y a le cœur de Capucine qui bat, il a commencé à faire un premier accord assez bas, qui ressemble tout à fait aux battements du cœur. Il a continué en disant : elle est accueillie dans l'église et qu'est-ce que l'église, si ce n'est le rythme des cloches qui nous réveillent et nous appellent à venir à l'office et à la messe. Il a donné un deuxième accord, un peu plus haut, il a entremêlé les deux accords et c'était magnifique. C'était véritablement l'accord entre le rythme du cœur d'un être humain qui se mêlait au rythme du cœur des cloches, en fait, le cœur de Dieu.

Je crois que c'est cela que l'on vient faire quand on célèbre un sacrement, un baptême, l'eucharistie. Il y a le temps des hommes un peu compliqué, toujours des nuages à l'horizon, la fatigue, l'inquiétude, la vitesse, l'efficacité … et puis, il y a le temps de Dieu qui est beaucoup plus pesant, et on lui reproche souvent d'être trop pesant. Quand on vient à l'église, on dit à Dieu : on vient te présenter notre temps, le temps des hommes, et on va essayer de s'accorder. Que fait-on quand on baptise un enfant ? on accroche les deux fils ensemble, le fil du temps d'un enfant qui vient de naître, qui va grandir, avec le fil de Dieu. Deux histoires qui vont s'entrelacer tout au long de la vie de l'enfant qui va grandir et de Dieu.

Quand on célèbre l'eucharistie que fait-on ? On vient entrelacer soi-même, on vient faire du tricot à l'église comme les bonnes dames d'œuvres qui venaient tricoter ! Ainsi, on avance l'ouvrage de notre vie. C'est vrai que nous pouvons quelquefois être déçus par ces différences de rythme. D'ailleurs, si vous avez bien écouté l'évangile, les premiers à refuser de mêler le temps des hommes avec le temps de Dieu, ce sont les apôtres. Au début, tout va bien, Jésus est là, il parle directement aux foules, il annonce le Royaume de Dieu, il guérit, tout va bien. C'est dans le temps de Dieu, des pics extraordinaires, des événements qu'on ne vit qu'une fois dans sa vie. Et au moment où l'on arrive aux choses bassement ordinaires, c'est-à-dire manger, les apôtres disent : mesdames messieurs, c'était très intéressant, nous vous remercions d'avoir suivi Jésus, maintenant, rentrez chez vous, débrouillez-vous, allez frapper aux fermes avoisinantes, aux magasins qui n'existaient pas à l'époque, mais nous, on se retire du jeu.

Et Jésus rétorque : non ! moi je veux que le temps de Dieu soit étroitement entrelacé avec le temps des hommes, et pas uniquement pour les grandes occasions, mais aussi pour le quotidien. Et Dieu sait comme le quotidien pèse, tue, use. Et nous sommes capables de faire la différence entre un repas familial qui est de l'ordre du pic extraordinaire, même si parfois, certains peuvent s'ennuyer, et le repas quotidien à la maison, où il faut bien l'avouer, le dialogue peut se restreindre à "passe-moi le sel"! Mais s'il n'y avait pas ce repas, que ferions-nous ? Il faut bien qu'il y ait des repas quotidiens et ordinaires pour que nous puissions continuer à tisser comme on peut, notre vie ensemble, dans une famille, dans un couple, dans une communauté paroissiale ou fraternelle. On n'est pas dans l'efficacité. Quand on vient à un sacrement on peut croire au départ qu'on est dans l'efficacité, surtout quand c'est un sacrement qui se célèbre une seule fois comme le baptême, le mariage. Il y a toute l'organisation et ce n'est pas une critique, au contraire, c'est cela qui fait la beauté de ces sacrements. Mais pourquoi l'eucharistie pose-t-elle autant de problèmes ? Je n'ai pas la prétention de vous apporter la réponse, mais je crois que le problème réside dans le fait que nous, nous sommes dans l'efficacité, nous sommes passés dans un temps où la technique a pris le pas, et les prêtres les premiers, quand on clique sur la souris, on veut que la page Web s'ouvre dans le quart de seconde qui suit. On est donc pris par la technique au point que nous pensons que lorsqu'une action est menée, il faut qu'elle ait une efficacité immédiate. Ce qui nous dérange et nous fatigue à l'eucharistie, c'est qu'on a l'impression qu'il n'y a pas d'efficacité immédiate et l'on se demande alors à quoi sert l'eucharistie ?

On est exactement dans le problème de l'alimentation de notre société contemporaine. Excusez-moi du rapport que je vais faire, mais nous sommes dans une société où nous savons que nous choisissons ce qu'on appelle l'assimilation des sucres rapides. Cette alimentation tellement riche, très efficace, puisqu'on en voit assez rapidement les effets, et que la société qui a largement privilégié ce genre de choses maintenant, essaie de vendre pour un marché de milliards de dollars les produits pour nous faire maigrir et nous faire perdre tous les sucres rapides que nous avons digérés. Passez-moi l'expression, l'eucharistie c'est du sucre lent ! Notre société, ce sont les sucres rapides, c'est l'efficacité, l'immédiateté, l'émotion, c'est le "nous voulons tout de suite". On nous dit que Jésus va nous rendre meilleurs, et l'on est déçus parce que cela ne marche pas, parce que cela n'arrive pas du jour au lendemain, c'est un travail, un ciselage, et puis, la première n'est pas que Jésus nous rende meilleurs, c'est que nous sommes là pour vivre à côté de lui, avec lui. Nous tombons, nous trébuchons, nous nous relevons, ce n'est pas grave.

Frères et sœurs, je crois que c'est cela qui porte malheur au sacrement de l'eucharistie, c'est qu'il est vu du côté des sucres lents. On sait que les sucres lents conviennent très bien aux sportifs. Certains même prennent de l'E.P.O parce que les plats de riz et de pâtes ne suffisent plus aux coureurs cyclistes, donc il faut chercher autre chose pour se motiver, pour courir plus vite. Et nous, nous sommes là et nous trouvons que l'eucharistie justement est fade et anonyme comme un plat de pâtes ! Je crois que c'est parce que nous n'acceptons pas de nous laisser modeler par le temps de Dieu qui n'est pas le temps des hommes.

Que va-t-on faire en célébrant l'eucharistie ? Que va-t-on faire en célébrant le baptême de ces enfants ? Il y a un moment que j'aime beaucoup dans l'eucharistie, c'est quand je monte les marches de l'autel en présentant le pain et le vin : "Tu es béni Dieu de l'univers, toi qui nous donnes ce pain et ce vin, fruits de la terre et de la vigne et du travail des hommes, nous te les présenterons ils deviendront le pain et le vin du royaume éternel". On dit au Seigneur: nous venons t'offrir des aliments que nous avons nous-mêmes fabriqué pour que tu puisses les reprendre, car ils sont à toi et à ce moment-là nous nouons véritablement le temps de l'homme qui a fabriqué ce pain, qui a fabriqué ce vin, et nous le donnons pour qu'ils rentrent dans le temps de Dieu et que le pain devienne le Corps du Christ, et le vin, le Sang du Christ.

Qu'allez-vous faire chers parents quand vous allez monter les marches de l'autel avec votre enfant ? Vous allez faire cette même prière. Vous allez dire : "Tu es béni Dieu de l'univers, toi qui nous a permis de donner la vie, de donner au monde cet enfant, nous te donnons à nouveau pour que tu puisses le faire revivre de ta vie éternelle"

 

 

 

AMEN

 

 

 
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