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CONSÉCRATION DANS LE SANG DU CHRIST

Ex 24, 3-8

(2 juin 1991???)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Sommets du Sinaï 

S

i j'ai bien suivi le calendrier des prédications dominicales, c'est aujourd'hui ma dernière prédication en tant que diacre, du moins je l'espère si d'ici là je suis ordonné prêtre. Je peux me demander s'il n'eût pas été préférable qu'un prêtre vous parle de ce grand mystère qu'est l'eucharistie, le corps et le sang, plutôt que moi. Mais la Providence faisant bien les choses, la liturgie nous donne aujourd'hui de méditer deux textes essentiels, celui de l'Exode et celui de l'épître aux hébreux qui spécifient ce qu'est le sang versé. Or le diacre est consacré à s'occuper d'une façon particulière de la distribution du sang et à faire que cette distribution se passe bien. C'est pour cette raison que le diacre lève le calice en même temps que le prêtre lors de la préparation des offrandes et lorsque, au "per Ipsum", on élève à nouveau le pain et le vin devenus corps et sang du Christ. Alors je vais tout simplement essayer de vous introduire aujourd'hui à ce mystère plus spécifique puisque c'est mon rôle de diacre, celui du sang versé pour tous les hommes.

       Vous avez entendu la première lecture : il y est question de sacrifices que des jeunes gens apportent pour sceller l'Alliance. Ces sacrifices sont sanglants et le sang est répandu sur l'autel et sur le peuple. Ce sacrifice est entouré de deux liturgies de la Parole : une qui précède et une qui termine le rite et qui signifient par là qu'il y a accord entre le geste et la parole, entre ce qui est signifié et ce qui est vécu réellement entre Dieu et son peuple.

       Le sang, dans l'Ancienne Alliance, a au moins trois connotations. La première, c'est celle de l'expiation. En effet, le sang versé, c'est le sang pour expier les péchés. Le sang versé permet, lorsque l'on offre un sacrifice, de vous rendre purs, de vous rendre saints pour pouvoir participer au culte qui va être célébré. On offre une victime que le prêtre immole pour le sacrifice, ainsi le sang permet une purification d'un être tout entier, purification qui reste extérieure, mais qui est néanmoins nécessaire à la célébration du culte. C'est le premier aspect qu'il nous est donné de saisir dans le mystère du sang dans le culte israélite.

       La deuxième image que l'on pourrait tirer de ce sang répandu dans la première Alliance, c'est celle de la communion. En effet il y a, lorsque l'on verse le sang, échange de vie. Dans la Bible, le sang désigne ce qui transporte l'âme, ce qui est le siège même de la vie. C'est pour cela que le sang versé, c'est la vie même de la personne qui est donnée. Et vous vous souvenez peut-être, lorsque Caïn tue Abel, Dieu dit : "Qu'as-tu fait ! Ecoute le sang de ton frère crier vers moi du sol !"(Genèse 4,10), car le sang est la signification propre de l'existence humaine, de la vie de la personne. C'est ce qui transporte la vie, l'esprit, l'âme. Et donc lorsqu'il y a ainsi sacrifice, le sang répandu signifie qu'il y a un échange de vie et communion. Cette communion se réalise dans l'Ancien Testament par le fait que tous, après le sacrifice mangent à la même bête qui a été immolée pour Dieu. Le sang versé de la victime manifeste l'union entre le peuple et le Dieu de la vie, et entre ceux qui consomment la victime offerte à Dieu.

       La troisième perspective du sang dans l'Ancienne Alliance, c'est celle de la consécration. La consécration, c'est être voué à Dieu. Ainsi donc, dans l'Ancienne Alliance, on consacrait à la fois aussi bien les objets qui devaient servir au culte que les personnes. Pour cela le sang était répandu sur les personnes ou sur les objets afin que ceux-ci puissent entrer en plénitude dans la vie de Dieu. Le sang ainsi répandu donnait accès à la vie divine.

       Or avec Jésus-Christ, nous célébrons aujourd'hui la Nouvelle Alliance. Qu'est-ce qui caractérise cette Nouvelle Alliance par rapport à l'Ancienne Alliance ? tout simplement le fait que Jésus soit homme et soit Dieu, et que c'est dans son humanité et sa divinité qu'il va réaliser le sacrifice d'expiation, être la victime immolée afin que nous soyons en communion et consacrés à Dieu. Cela va changer complètement les perspectives de sacrifice de l'Ancienne Alliance, mais y reprenant les mêmes aspects.

       Jésus-Christ expie nos péchés, Il nous lave de nos péchés, Il nous purifie de nos péchés. Pourquoi ? parce qu'une vie donnée, une vie versée peut dans ce système de Nouvelle Alliance que préfigurait l'Ancienne, réaliser un échange de vie, être une vie donnée qui peut effacer les péchés. le Christ n'est pas comme le bouc émissaire : c'est ce bouc que l'on choisissait, qui devait porter les péchés, on ne devait pas le toucher sinon, il devenait impur, et donc il était envoyé dans le désert et c'était un moyen de se purifier de ses péchés. Mais le bouc émissaire est incapable de purifier intérieurement les péchés, tandis que le sang qui est versé, sang de l'Agneau, celui du Christ, porte et ôte tout à la fois le péché du monde. C'est en effet le sacrifice qui permet à ce sang d'être le signe même de la purification. C'est une vie donnée qui s'échange à travers toutes les autres. Et c'est ainsi que nous entrons dans la Nouvelle Alliance avec le principe d'offrande en Jésus-Christ. Il est mort pour nos péchés.

       Dans la Nouvelle Alliance, Jésus se donne Lui-même, Il donne sa vie et Il nous donne en nourriture son corps et son sang. Ainsi donc le Christ, par rapport à l'Ancienne Alliance, supprime tous les intermédiaires du culte vétérotestamentaire. En effet lorsqu'on offrait un sacrifice, vous étiez le sacrifiant, vous apportiez votre brebis ou votre taureau pour expier votre péché. le prêtre le sacrifiait, le sang était versé et l'on répandait le sang autour de l'autel et une partie ou la totalité de la victime pouvait être offerte en holocauste à Dieu. Mais avec Jésus-Christ, la bête sacrifiée, c'est plus qu'une bête, c'est un homme, et c'est plus qu'un homme, c'est Dieu Lui-même. Et le prêtre, ce n'est plus un homme mis à part, très loin, éloigné du peuple, le plus pur possible pour qu'il puisse justement, en offrant la victime, se laver de ses propres péchés et présenter le désir de purification du peuple, Mais le prêtre, ici, c'est le Christ Lui-même. Sa vie personne ne la prend mais c'est lui qui la donne. Il n'y a pas d'autre purification des péchés encore à l'heure actuelle que le Christ s'offrant de toute éternité à son Père et réalisant ainsi l'offrande la plus pure, la plus sainte, capable d'ôter le péché.

       De ce premier aspect découle le deuxième qui est celui de la communion qui se réalise entre Dieu et l'homme. Lorsque nous communions à Jésus, Il nous donne la vie éternelle. Il échange non pas une vie de bête qui serait le signe d'Alliance entre Dieu et les hommes, mais sa propre vie, la vie même de Dieu. Cette vie même du Fils de Dieu, Jésus, livré et donné pour nous afin que notre vie ne soit plus à nous-mêmes, mais à Lui. Et la troisième perspective c'est celle du sang versé qui nous consacre, qui inaugure cette Nouvelle Alliance en Jésus, alliance scellée dans son sang.

       Nous sommes en effet consacrés, c'est-à-dire que, par le sang de Jésus, nous avons reçu la plénitude de sa vie, nous avons reçu sur nous ce sang qui a été versé sur la croix. Ce sang consacre notre vie c'est-à-dire que nous entrons dans la vie de Dieu nous avons accès à la vie de Dieu. Nous ne sommes pas simplement voués et mis à part et retirés du monde pour pouvoir accéder à Dieu, mais c'est Dieu Lui-même qui a versé son sang et qui nous permet ainsi d'être consacrés, d'entrer dans son corps. Nous n'avons plus besoin d'un Temple, le seul Temple que nous ayons à l'heure actuelle, c'est le Temple du corps du Christ, et le corps du Christ glorifié. Et lorsque nous faisons partie de l'Église, nous entrons dans ce corps du Christ glorifié et nous sommes ainsi consacrés, c'est-à-dire nous avons l'accès direct à Dieu. Nous n'avons pas besoin de passer par un prêtre, par la tente, puis par le sanctuaire pour arriver enfin au Saint des Saints. Mais Dieu Lui-même, Jésus Lui-même a pris son sang, est entré dans le sanctuaire du Temple qui est celui de Dieu le Père et qui ainsi donne accès à la vie des hommes, car Il a pris notre humanité. Et c'est cela la réalité du Temple, c'est l'humanité de Jésus-Christ que nous partageons.

       Alors aujourd'hui je vous invite tout simplement à prendre conscience de la signification de ce sang du Christ versé pour nous, de cette coupe qui nous est offerte, coupe de la Nouvelle Alliance. Aujourd'hui encore quand nous communions au corps et au sang du Christ, lorsque nous buvons à la Coupe, nous sommes lavés de nos péchés. Le Christ le dit Lui-même : "ce sang est versé pour la multitude, en rémission des péchés". Ainsi donc nous ne sommes plus purifiés simplement extérieurement, mais par la communion c'est une véritable purification intérieure. C'est une véritable sanctification de toute notre personne. Et il faut bien prendre conscience que ce sang versé nous permet ainsi de vivre de la vie même de Dieu.

       Je sais qu'aujourd'hui on a l'habitude de voir du sang, la télévision ne nous montre que des spectacles terrifiants, et je ne parle pas des téléfilms ou des films où nous voyons, comme on dit, l'hémoglobine couler à pleins flots, mais le sang à l'heure actuelle ne semble même plus avoir aucune signification. Il n'a même plus, je dirais, de valeur parce qu'il est tellement galvaudé, il est tellement mis à nu qu'il n'a plus aucun sens. On tue comme on veut, on poignarde comme on veut dans les coins de rue. Mais cependant, il nous faut retrouver que le sang c'est cette valeur de la vie, c'est le signe que la vie est donnée, une petit peu comme les hébreux pensaient que l'âme était dans le sang.

       Nous sommes aujourd'hui, quand nous communions au corps et au sang du Christ, échange de vie avec Dieu, c'est la vie de Dieu qui s'échange avec nous. Le monde grec, quand il pensait au sang, n'imaginait le sang que dans le perspective de la procréation ou bien de l'émotivité. Le sang était le signe de l'émotivité. Mais quand nous communions au corps et au sang du Christ, ce n'est pas notre sang qui ne fait qu'un tour, comme on dit, ce n'est pas notre émotivité qui adhère à quelque chose, c'est notre être entier, c'est notre corps, c'est notre vie. Et donc si Dieu a pris ce vin pour qu'il devienne son sang, il y a véritablement échange, il y a don d'une vie à l'autre. Nous sommes consacrés aujourd'hui quand nous buvons à cette coupe, coupe livrée pour tous, consacrée. Et cette consécration se passait lorsqu'on répandait, lorsqu'on aspergeait le sang sur l'autel et sur le peuple, l'autel signifiant Dieu et ainsi le peuple et Dieu étant unis par ce sang qui était répandu.

       Alors bien sûr aujourd'hui, heureusement on n'asperge plus, en passant dans les allées, avec du sang. Vous êtes déjà terrifiés quand on vous verse de l'eau, vous vous protégez, alors à plus forte raison si on vous aspergeait de sang. Mais je pense que c’est plus beau encore, c’est que le sang pénètre en nous, le sang est dans notre corps, Il est dans notre vie. Et donc ça nous consacre à Dieu, c'est la divinité qui vient en nous et qui nous donne d'accéder directement à Dieu, et donc d'être nous-mêmes les sacrifices de Dieu. Voilà, c'est un peu ce que j'avais à vous dire aujourd'hui dans mon homélie diaconale. Et j'aimerais terminer par un mot de saint Cyrille de Jérusalem sur la communion au sang du Christ. Certes on n'est pas forcé de communier à la coupe, mais si le Seigneur a dit : "Prenez et buvez-en tous" comme Il a dit : "Prenez et mangez-en tous", c'est non pas une obligation, mais la volonté même de Dieu que nous communiions effectivement à son corps et à son sang. Et la Ccoupe qui est ainsi donnée est le signe flagrant.

       Saint Cyrille de Jérusalem disait : "Après avoir communié au corps du Christ, approche-toi aussi du Calice de son sang, n'étends pas les mains, mais incliné et dans un geste d'adoration et de respect, disant “Amen”, sanctifie-toi en prenant aussi du sang du Christ. Et tandis que tes lèvres sont encore humides, effleure-les de tes mains et sanctifie tes yeux, ton front et tes autres sens. Puis en attendant la prière, rends grâce à Dieu qui t'a jugé digne de si grands mystères".

       Oui, comme le chante le diacre, "il est grand le mystère de la foi". Frères, il est grand le mystère de notre purification, de notre expiation, il est grand le mystère de notre communion avec Jésus, il est grand le mystère de notre consécration.

       AMEN

 

 
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