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LE JOUR D'ABRAHAM

1 S 16, 1-3  ou 2 S 16, 1-3???; Jean 8, 31-40+51-58

Vigiles du deuxième dimanche de l'Avent – A

(7 décembre 1980)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Mambré : la fontaine

A

 

braham s'est réjoui à la pensée de voir mon jour. Il l'a vu et il s'est réjoui." Frères et sœurs, ce dimanche est consacré au mystère des ancêtres du Christ, c'est-à-dire pratiquement, à cette réalité que nous appelons l'Ancienne Alliance ou l'Ancien Testament.

Contrairement à ce que nous pensons, parce que nous sommes d'affreux rationalistes, l'Ancien Testament n'est pas un hors-d'œuvre, une sorte de préambule à la révélation. Ce n'est pas davantage une sorte de répétition générale de l'Incarnation. Le mystère de l'Ancienne Alliance, de l'Ancien Testament, de cette longue histoire qui s'est déroulée avant la venue du Christ, à travers ces figures que nous appelons les ancêtres du Seigneur, ce mystère est déjà le salut.

C'est déjà le salut, parce que, lorsque le Seigneur a voulu venir parmi nous, il a voulu que toute son existence, tout ce qu'il avait à nous dire, tout le mystère de ce qu'il était, soit expliqué, manifesté dans le miroir de l'Ancienne Alliance. Dieu est assez humble pour ne pas mépriser ses ancêtres, et Dieu sait pourtant que ces ancêtres n'avaient pas toujours été très édifiants ! Dieu est assez humble pour se reconnaître dans la foi d'Abraham, dans le geste de David qui danse devant l'Arche, dans le geste de Moïse qui conduit le peuple, le troupeau à travers le peuple, dans le geste des prophètes qui criaient vers Dieu leur attente et leur espérance. Le Seigneur est assez humble pour accepter que son propre mystère soit lu et déchiffré à la lumière de tous ces signes et de toutes ces figures.

Alors, avant de laisser tomber l'Ancien Testament dans une sorte de caricature, de mépris, parce que c'est le moment de la crainte, des préceptes, de la Loi, et de penser que nous autres, maintenant, nous vivons une liberté qui, la plupart du temps est telle que nous l'imaginons et non telle que le Seigneur nous la propose, il faut que nous ayons l'humilité du Christ et que nous sachions, nous aussi, nous reconnaître dans ces modèles qui sont si proches de nous parce qu'ils sont encore bien pécheurs, que peuvent être Abraham, Jacob, Moïse, David ou les prophètes.

Mais il y a plus encore. Parce que le salut, ce n'est pas seulement quelqu'un qui vient, (c'est déjà beaucoup et c'est le plus important !), c'est que Dieu en personne, lui-même, vient. Mais le salut, c'est qu'Il vient en s'approchant, comme un ami et pour nouer une relation, de plus en plus profonde. Tout l'Ancien Testament est une sorte de jeu d'approche et d'apprivoisement de Dieu avec son peuple et du peuple avec son Dieu. C'est pour cela que dans la Bible, dans les psaumes surtout on dit au Seigneur : "Penche-toi vers nous !" "Regarde du haut des cieux !"... "Déchire les cieux et regarde vers nous !"..."Seigneur, rends-toi proche de nous !" - "Seigneur, viens au milieu de nous!"

Tout l'Ancien Testament, c'est une sorte de grande histoire de fiançailles comme si Dieu pesait de tout son amour, de toute sa gloire (la gloire, c'est le poids de l'amour), du haut des cieux et, petit à petit, se laissait entraîner, se laissait enchaîner, non pas par les merveilles ou les coups d'éclat qu'accomplirait son peuple, mais par cette espèce de tendresse de mère ou de père devant son enfant, qu'il aime davantage parce qu'il le voit dans la détresse ou parce qu'il le voit s'égarer.

Tout le mystère des patriarches et des ancêtres du Christ, c'est ce mystère de Dieu qui se penche, qui ne peut pas s'empêcher de se laisser attirer, de se laisser aimanter, de se laisser comme magnétiser, par ce peuple qu'Il a choisi et qu'il veut combler du plus beau don qu'Il est Lui-même. C'est cela le mystère de Dieu. Et c'est pour cela que le Christ peut dire : "Abraham s'est réjoui à la pensée de voir mon jour. Il l'a vu et il s'en est réjoui."

Qu'est-ce à dire "il s'est réjoui" ? C'est que Abraham a ri quand il a entendu la parole du Seigneur qui lui disait :"Tu auras un fils de ton épouse Sara". Sara aussi s'est réjouie et elle a ri. Ils ont ri d'abord de scepticisme, et ensuite, ils ont ri de joie, quand ils ont vu que ce fils allait naître et était né. C'est pourquoi ils l'ont appelé Isaac, "Dieu a souri." Dieu a ri pour nous Et Dieu nous a donné de rire de joie, parce que, dans ce petit enfant, c'était déjà premier geste de Dieu qui se penchait vers nous, pour nous donner un fils, figure de son Fils.

Voilà pourquoi, il faut se pencher toujours sur la figure de nos pères. Ils sont les ancêtres du Christ. Nous pouvons bien, à notre tour, les prendre pour ancêtres, les prendre pour guides, sinon pour modèles parce qu'ils ne sont pas toujours exemplaires. Mais savoir que, dans la chair de ces hommes, étape après étape, c'est la profondeur de l'amour de Dieu qui s'est gravé, qui s'est ancré, qui s'est enracinée C'est pour cela qu'aujourd'hui, en ce soir, dans cette eucharistie, ils se réjouissent, avec nous, de ce que le Seigneur ne cesse de venir.

 

AMEN