AU FIL DES HOMELIES

DIEU N'EST JAMAIS SEUL A LA RENCONTRE DES HOMMES

Is 11, 1-10 ; Rm 15, 4-9 ; Mt 3, 1-12
Deuxième dimanche de l'avent – Année A (4 décembre 2016)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Frères et sœurs, une petite question que vous ne vous êtes sans doute jamais posée : pourquoi les quatre Evangiles, dès le début, après avoir raconté l’enfance de leur héros, font-ils de la publicité pour Jean Baptiste ? En effet, même si le texte ne vous plaît pas, à l’époque, c’était une publicité extraordinaire. A titre de comparaison, et je l’ai acquise à rude épreuve, imaginez-vous une journaliste de TF1, par exemple Anne-Claire Coudray commençant son JT en faisant l’éloge de Claire Chazal, disant : « Vous vous souvenez combien elle était télégénique, à quel point vous passiez de bons moments avec elle, je vais essayer d’être à la hauteur et de vous séduire et de vous raconter de bonnes nouvelles ? » (Je ne regarde jamais TF1, et j’ai dû faire une enquête tout à l’heure pour savoir qui avait succédé à Claire Chazal. J’ai dû demander à vingt adultes avant qu’un jeune de douze ans me le dise ; je crois que je vais envoyer à TF1 le résultat de ce sondage, qui est vrai).

Ce n’est pas évident, de faire l’éloge de quelqu’un qui ne va pas être le héros principal du livre – en l’occurrence, l’Evangile. Ce n’est pas évident de dire qu’on va parler de Jésus, du message qu’Il vous a apporté, de tout ce qu’Il vous a expliqué, et de préciser : « On va quand même vous parler d’abord de Jean Baptiste parce qu’il faut qu’on vous en parle, c’est fondamental ». Pourquoi faut-il vous en parler ? Vous me répondrez que c’est très simple et logique, Jean Baptiste était le cousin, un peu plus âgé, ça fait donc bien dans l’introduction, ça fait couleur locale, prédication au désert, sauf que… ce n’était pas un très bon point pour Jésus ! La preuve ? Un certain nombre de contemporains de Jésus ne s’y sont pas trompés. Jésus Lui-même a dû dénoncer ce procédé. Des gens disaient en effet : « Jésus va manger avec d’autres personnes, donc c’est un glouton et un ivrogne ». Ça a été inventé par l’entourage de Jésus, parce que ce n’est pas la communauté chrétienne qui aurait trouvé des qualificatifs pareils pour Jésus qui était leur fondateur. Alors que pour Jean, on pouvait y aller fort : il avait été ascète et on ne pouvait pas lui reprocher sa gourmandise, donc on disait qu’il était possédé, qu’il avait un peu perdu la tête. Toujours est-il que la comparaison entre les deux était évidente pour beaucoup de monde. Commencer les Evangiles par un autre personnage que Jésus était un défi et une gageure. En fait, les évangélistes auraient eu tout intérêt à faire le black-out, comme on fait à la télévision quand on efface tel ou tel personnage qu’on ne veut pas montrer dans le champ, et on vous dit qu’on va vous parler de celui-ci ou de celle-là. En somme, les évangélistes ont été tout à fait remarquables, ils ont accepté et même voulu, tous les quatre, chacun à sa manière, présenter le personnage de Jean dont personne ne dit du mal.

Qu’est-ce que cela signifie pour les communautés chrétiennes, que d’avoir eu besoin d’évoquer le personnage de Jean Baptiste ? Vous pensez que ce sont des questions d’historiens sans importance ? Vous allez voir que c’est très important pour chacun d’entre nous. En voici la raison fondamentale : Dieu arrive toujours accompagné par quelqu’un. Vous n’y avez jamais pensé ! Dieu n’arrive jamais tout seul. C’est un défaut, dans notre manière de voir. Nous croyons, nous, que pour pouvoir vraiment être en relation avec Dieu, Il doit venir tout seul, se présenter à nous en disant : « Je suis Dieu. Tu ne fais maintenant attention qu’à Moi ». Ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas la manière dont, ni dans la Bible, ni dans l’évangile d’aujourd’hui, Dieu a voulu venir rencontrer les hommes. Dieu a voulu, non pas des faire-valoir, pas même des porte-serviettes, Il a voulu des hommes, en l’occurrence Jean Baptiste, parce qu’Il a voulu dire : « Moi, Je ne viens pas tout seul, Je viens avec quelqu’un, dans la suite de quelqu’un, Je vais même me faire baptiser par ce quelqu’un pour bien montrer que mon entrée dans le monde n’est pas une entrée solitaire », en disant à tous les autres : « Ecartez-vous je dois passer ». Non, Il vient main dans la main avec Jean Baptiste. C’est assez intéressant, parce que toutes les indications que donne Jean Baptiste disent simplement, à travers tout le discours que nous avons entendu tout à l’heure : « D’accord, je suis là, mais je ne suis là que pour préparer Celui qui va venir. Je ne suis pas digne de délier les courroies de ses sandales, c’est-à-dire je suis vraiment là pour Lui, mais Lui ne peut pas venir sans moi. Il faut que je vous prépare le cœur, l’esprit, l’intelligence, à l’accueillir ». Dieu veut toujours être accompagné, Dieu ne vient jamais seul. Il en résulte qu’il est inutile de vouloir faire une sorte de sélection, de cadrage, pour dire : « Je ne m’intéresse qu’à Dieu, je ne m’intéresse pas aux autres ». Dieu Lui-même donne l’exemple qu’Il ne peut pas entrer seul, séparé de tous dans le monde. Il choisit celui qui est le précurseur. Précurseur signifie celui qui court devant ; comme il y avait des hérauts en avant des personnages importants, rois ou ministres, courant devant eux pour annoncer leur passage. Il est vrai que dans les foules du Moyen Orient, la police était extrêmement réduite et qu’il fallait vraiment frayer le passage au char ou au cortège de la personne en question. Voilà exactement le rôle de Jean Baptiste.

Vint un homme voulu par Dieu, appelé par Dieu, avec une vocation venant de Dieu qui lui dit : « Lorsque Je viens dans le monde, Je dois être accompagné par quelqu’un qui fait pleinement corps avec l’humanité, avec vous tous ». C’était déjà la même chose dans l’Ancien Testament, avec toutes les figures que l’on évoque aujourd’hui à travers Abraham, Moïse : quand Dieu veut entrer dans l’histoire des hommes, Il y rentre avec des hommes. Dieu ne rentre pas dans l’humanité sans avoir été précédé par Abraham, sans avoir été accompagné par la loi de Moïse, sans avoir été annoncé par les prophètes. C’est pour cela que nous tenons à l’Ancien Testament. Ce n’est pas parce que ça fait bien d’avoir des archives plus volumineuses que le Nouveau Testament. L’Ancien Testament est tous ceux qui ont précédé pour accompagner la venue du Christ, de telle sorte qu’aujourd’hui, Il vient accompagné non seulement de Jean Baptiste, mais de toute la lignée des patriarches et des prophètes, et de toute la lignée de ceux qui ont attendu, pendant des siècles, sa venue. Aujourd’hui, nous voulons tout, tout de suite, immédiatement, cadré. A cette époque-là, c’était l’inverse.

Vous comprendrez, frères et sœurs, que ceci nous concerne au plus haut point. Regardez dans votre vie, regardez bien, et vous verrez que jamais Dieu n’y est venu tout seul. Il est toujours venu avec quelqu’un, qui, messager sans le savoir, vous a fait découvrir à l’intérieur de votre vie, que Dieu était là. Ça peut être une histoire d’amour, ça peut être la naissance d’un enfant, ça peut être la découverte d’une merveilleuse amitié, ça peut être simplement une rencontre de passage qui a ouvert les yeux sur le sens profond de la vie, ça peut être un petit épisode dans lequel apparemment l’autre personne ou les autres personnes présentes ne se souviennent de rien et ne le sauront jamais, et peu importe, nous n’avons jamais découvert Dieu tout seuls ; non seulement ce n’est pas par nous-mêmes tout seuls, mais c’est quelqu’un qui était avec nous, en face de nous, à côté de nous, une ou plusieurs personnes, qui étaient là pour nous Le faire découvrir.

C’est pour cela que Jésus est si critique envers les pharisiens et les saducéens, qui se disent : « Nous avons la Loi, nous n’avons besoin de personne pour reconnaître l’action de Dieu ». Et Jean Baptiste leur répond : « Mais c’est l’inverse même de la voie que Dieu a toujours utilisée pour venir à la rencontre des hommes, Il est toujours venu à la rencontre des hommes par des hommes ». C’est la grandeur de la tradition judéo-chrétienne. C’est la grandeur de notre foi aujourd’hui, chacun d’entre nous est venu au monde pour Dieu par des hommes, par nos parents, par tous ceux qui nous ont apporté quelque lumière sur notre chemin vers Dieu, par tous ceux qui d’une façon ou d’une autre, par les gestes parfois les plus humbles et les plus anonymes, nous ont accompagnés et nous ont fait découvrir cette présence étonnante. Nous sommes tous des précurseurs. Nous sommes tous des Jean Baptiste parce qu’il fait partie de notre humanité d’être porteurs de la présence de Dieu pas seulement pour nous, mais pour les autres. Et c’est ce qui est si grand.

Alors, frères et sœurs, je pense que c’est un bon moment actuellement, avant Noël, pour faire une sorte de petite anamnèse de notre vie. Qui a été précurseur dans nos vies ? Qui a été Jean Baptiste ? Qui nous a fait connaître et découvrir quelque chose du mystère de Dieu ? Ce ne sont pas les livres, ce ne sont pas les grandes études théologiques, ce sont des frères. Je pense que ça peut être bon, de temps en temps, dans notre prière, dans notre réflexion, de nous dire : « Là, qui a été précurseur, qui m’a annoncé la venue du Seigneur, qui m’a dit que Dieu était là à la porte et qu’Il frappait ? ». Et d’autre part, une deuxième question : « Pour qui à certains moments ai-je pu être précurseur ? A qui, par des gestes tout simples de ma vie, ai-je pu faire découvrir presque sans le savoir, sans m’en apercevoir, cette merveille de la présence de Dieu pour lui ou pour elle ? » Ça aussi, c’est être précurseur.

Donc aujourd’hui, quand nous fêtons plus spécialement à la fois les ancêtres du Christ, et Jean Baptiste comme celui qui annonce la venue, c’est le moment de voir à quel point une Eglise, une communauté chrétienne, est un rassemblement d’hommes et de femmes qui sont tous les uns pour les autres, annonce et révélation d’une présence de Dieu qui peut surgir à tout moment. Ça ne veut pas dire que ça marche à tous les coups, ça veut dire surtout que ce que nous sommes, comme hommes, comme femmes, aujourd’hui, c’est déjà une annonce de la présence de Dieu. Nous sommes des annonciateurs, nous sommes des serviteurs, nous sommes ceux qui, par la proximité que nous avons avec un certains nombre de nos frères, la plupart du temps sans nous en rendre compte, sommes des annonciateurs de son salut.

Frères et sœurs, que ce temps de l’Avent ne soit pas seulement l’attente d’un Dieu qui vient, et de très loin, mais que ce soit aussi la découverte d’un Dieu qui est déjà tout proche et dont le Royaume est déjà dans notre cœur et dans le cœur de nos frères. Amen.

 

Deuxième dimanche de l’Avent (4 décembre 2016)

Is 11, 1-10 ; Rm 15, 4-9 ; Mt 3, 1-12
Homélie du frère Daniel Bourgeois

Frères et sœurs, une petite question que vous ne vous êtes sans doute jamais posée : pourquoi les quatre Evangiles, dès le début, après avoir raconté l’enfance de leur héros, font-ils de la publicité pour Jean Baptiste ? En effet, même si le texte ne vous plaît pas, à l’époque, c’était une publicité extraordinaire. A titre de comparaison, et je l’ai acquise à rude épreuve, imaginez-vous une journaliste de TF1, par exemple Anne-Claire Coudray commençant son JT en faisant l’éloge de Claire Chazal, disant : « Vous vous souvenez combien elle était télégénique, à quel point vous passiez de bons moments avec elle, je vais essayer d’être à la hauteur et de vous séduire et de vous raconter de bonnes nouvelles ? » (Je ne regarde jamais TF1, et j’ai dû faire une enquête tout à l’heure pour savoir qui avait succédé à Claire Chazal. J’ai dû demander à vingt adultes avant qu’un jeune de douze ans me le dise ; je crois que je vais envoyer à TF1 le résultat de ce sondage, qui est vrai).

Ce n’est pas évident, de faire l’éloge de quelqu’un qui ne va pas être le héros principal du livre – en l’occurrence, l’Evangile. Ce n’est pas évident de dire qu’on va parler de Jésus, du message qu’Il vous a apporté, de tout ce qu’Il vous a expliqué, et de préciser : « On va quand même vous parler d’abord de Jean Baptiste parce qu’il faut qu’on vous en parle, c’est fondamental ». Pourquoi faut-il vous en parler ? Vous me répondrez que c’est très simple et logique, Jean Baptiste était le cousin, un peu plus âgé, ça fait donc bien dans l’introduction, ça fait couleur locale, prédication au désert, sauf que… ce n’était pas un très bon point pour Jésus ! La preuve ? Un certain nombre de contemporains de Jésus ne s’y sont pas trompés. Jésus Lui-même a dû dénoncer ce procédé. Des gens disaient en effet : « Jésus va manger avec d’autres personnes, donc c’est un glouton et un ivrogne ». Ça a été inventé par l’entourage de Jésus, parce que ce n’est pas la communauté chrétienne qui aurait trouvé des qualificatifs pareils pour Jésus qui était leur fondateur. Alors que pour Jean, on pouvait y aller fort : il avait été ascète et on ne pouvait pas lui reprocher sa gourmandise, donc on disait qu’il était possédé, qu’il avait un peu perdu la tête. Toujours est-il que la comparaison entre les deux était évidente pour beaucoup de monde. Commencer les Evangiles par un autre personnage que Jésus était un défi et une gageure. En fait, les évangélistes auraient eu tout intérêt à faire le black-out, comme on fait à la télévision quand on efface tel ou tel personnage qu’on ne veut pas montrer dans le champ, et on vous dit qu’on va vous parler de celui-ci ou de celle-là. En somme, les évangélistes ont été tout à fait remarquables, ils ont accepté et même voulu, tous les quatre, chacun à sa manière, présenter le personnage de Jean dont personne ne dit du mal.

Qu’est-ce que cela signifie pour les communautés chrétiennes, que d’avoir eu besoin d’évoquer le personnage de Jean Baptiste ? Vous pensez que ce sont des questions d’historiens sans importance ? Vous allez voir que c’est très important pour chacun d’entre nous. En voici la raison fondamentale : Dieu arrive toujours accompagné par quelqu’un. Vous n’y avez jamais pensé ! Dieu n’arrive jamais tout seul. C’est un défaut, dans notre manière de voir. Nous croyons, nous, que pour pouvoir vraiment être en relation avec Dieu, Il doit venir tout seul, se présenter à nous en disant : « Je suis Dieu. Tu ne fais maintenant attention qu’à Moi ». Ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas la manière dont, ni dans la Bible, ni dans l’évangile d’aujourd’hui, Dieu a voulu venir rencontrer les hommes. Dieu a voulu, non pas des faire-valoir, pas même des porte-serviettes, Il a voulu des hommes, en l’occurrence Jean Baptiste, parce qu’Il a voulu dire : « Moi, Je ne viens pas tout seul, Je viens avec quelqu’un, dans la suite de quelqu’un, Je vais même me faire baptiser par ce quelqu’un pour bien montrer que mon entrée dans le monde n’est pas une entrée solitaire », en disant à tous les autres : « Ecartez-vous je dois passer ». Non, Il vient main dans la main avec Jean Baptiste. C’est assez intéressant, parce que toutes les indications que donne Jean Baptiste disent simplement, à travers tout le discours que nous avons entendu tout à l’heure : « D’accord, je suis là, mais je ne suis là que pour préparer Celui qui va venir. Je ne suis pas digne de délier les courroies de ses sandales, c’est-à-dire je suis vraiment là pour Lui, mais Lui ne peut pas venir sans moi. Il faut que je vous prépare le cœur, l’esprit, l’intelligence, à l’accueillir ». Dieu veut toujours être accompagné, Dieu ne vient jamais seul. Il en résulte qu’il est inutile de vouloir faire une sorte de sélection, de cadrage, pour dire : « Je ne m’intéresse qu’à Dieu, je ne m’intéresse pas aux autres ». Dieu Lui-même donne l’exemple qu’Il ne peut pas entrer seul, séparé de tous dans le monde. Il choisit celui qui est le précurseur. Précurseur signifie celui qui court devant ; comme il y avait des hérauts en avant des personnages importants, rois ou ministres, courant devant eux pour annoncer leur passage. Il est vrai que dans les foules du Moyen Orient, la police était extrêmement réduite et qu’il fallait vraiment frayer le passage au char ou au cortège de la personne en question. Voilà exactement le rôle de Jean Baptiste.

Vint un homme voulu par Dieu, appelé par Dieu, avec une vocation venant de Dieu qui lui dit : « Lorsque Je viens dans le monde, Je dois être accompagné par quelqu’un qui fait pleinement corps avec l’humanité, avec vous tous ». C’était déjà la même chose dans l’Ancien Testament, avec toutes les figures que l’on évoque aujourd’hui à travers Abraham, Moïse : quand Dieu veut entrer dans l’histoire des hommes, Il y rentre avec des hommes. Dieu ne rentre pas dans l’humanité sans avoir été précédé par Abraham, sans avoir été accompagné par la loi de Moïse, sans avoir été annoncé par les prophètes. C’est pour cela que nous tenons à l’Ancien Testament. Ce n’est pas parce que ça fait bien d’avoir des archives plus volumineuses que le Nouveau Testament. L’Ancien Testament est tous ceux qui ont précédé pour accompagner la venue du Christ, de telle sorte qu’aujourd’hui, Il vient accompagné non seulement de Jean Baptiste, mais de toute la lignée des patriarches et des prophètes, et de toute la lignée de ceux qui ont attendu, pendant des siècles, sa venue. Aujourd’hui, nous voulons tout, tout de suite, immédiatement, cadré. A cette époque-là, c’était l’inverse.

Vous comprendrez, frères et sœurs, que ceci nous concerne au plus haut point. Regardez dans votre vie, regardez bien, et vous verrez que jamais Dieu n’y est venu tout seul. Il est toujours venu avec quelqu’un, qui, messager sans le savoir, vous a fait découvrir à l’intérieur de votre vie, que Dieu était là. Ça peut être une histoire d’amour, ça peut être la naissance d’un enfant, ça peut être la découverte d’une merveilleuse amitié, ça peut être simplement une rencontre de passage qui a ouvert les yeux sur le sens profond de la vie, ça peut être un petit épisode dans lequel apparemment l’autre personne ou les autres personnes présentes ne se souviennent de rien et ne le sauront jamais, et peu importe, nous n’avons jamais découvert Dieu tout seuls ; non seulement ce n’est pas par nous-mêmes tout seuls, mais c’est quelqu’un qui était avec nous, en face de nous, à côté de nous, une ou plusieurs personnes, qui étaient là pour nous Le faire découvrir.

C’est pour cela que Jésus est si critique envers les pharisiens et les saducéens, qui se disent : « Nous avons la Loi, nous n’avons besoin de personne pour reconnaître l’action de Dieu ». Et Jean Baptiste leur répond : « Mais c’est l’inverse même de la voie que Dieu a toujours utilisée pour venir à la rencontre des hommes, Il est toujours venu à la rencontre des hommes par des hommes ». C’est la grandeur de la tradition judéo-chrétienne. C’est la grandeur de notre foi aujourd’hui, chacun d’entre nous est venu au monde pour Dieu par des hommes, par nos parents, par tous ceux qui nous ont apporté quelque lumière sur notre chemin vers Dieu, par tous ceux qui d’une façon ou d’une autre, par les gestes parfois les plus humbles et les plus anonymes, nous ont accompagnés et nous ont fait découvrir cette présence étonnante. Nous sommes tous des précurseurs. Nous sommes tous des Jean Baptiste parce qu’il fait partie de notre humanité d’être porteurs de la présence de Dieu pas seulement pour nous, mais pour les autres. Et c’est ce qui est si grand.

Alors, frères et sœurs, je pense que c’est un bon moment actuellement, avant Noël, pour faire une sorte de petite anamnèse de notre vie. Qui a été précurseur dans nos vies ? Qui a été Jean Baptiste ? Qui nous a fait connaître et découvrir quelque chose du mystère de Dieu ? Ce ne sont pas les livres, ce ne sont pas les grandes études théologiques, ce sont des frères. Je pense que ça peut être bon, de temps en temps, dans notre prière, dans notre réflexion, de nous dire : « Là, qui a été précurseur, qui m’a annoncé la venue du Seigneur, qui m’a dit que Dieu était là à la porte et qu’Il frappait ? ». Et d’autre part, une deuxième question : « Pour qui à certains moments ai-je pu être précurseur ? A qui, par des gestes tout simples de ma vie, ai-je pu faire découvrir presque sans le savoir, sans m’en apercevoir, cette merveille de la présence de Dieu pour lui ou pour elle ? » Ça aussi, c’est être précurseur.

Donc aujourd’hui, quand nous fêtons plus spécialement à la fois les ancêtres du Christ, et Jean Baptiste comme celui qui annonce la venue, c’est le moment de voir à quel point une Eglise, une communauté chrétienne, est un rassemblement d’hommes et de femmes qui sont tous les uns pour les autres, annonce et révélation d’une présence de Dieu qui peut surgir à tout moment. Ça ne veut pas dire que ça marche à tous les coups, ça veut dire surtout que ce que nous sommes, comme hommes, comme femmes, aujourd’hui, c’est déjà une annonce de la présence de Dieu. Nous sommes des annonciateurs, nous sommes des serviteurs, nous sommes ceux qui, par la proximité que nous avons avec un certains nombre de nos frères, la plupart du temps sans nous en rendre compte, sommes des annonciateurs de son salut.

Frères et sœurs, que ce temps de l’Avent ne soit pas seulement l’attente d’un Dieu qui vient, et de très loin, mais que ce soit aussi la découverte d’un Dieu qui est déjà tout proche et dont le Royaume est déjà dans notre cœur et dans le cœur de nos frères. Amen.

 
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