AU FIL DES HOMELIES

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L'ATTENTE DE LA PAIX MESSIANIQUE

Is 11, 1-10 ; Rm 15, 4-9 ; Mt 3, 1-12
Deuxième dimanche de l'avent – Année A (9 décembre 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Orbais : Stalles - Arbre de Jessé

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rères et sœurs, en ce deuxième dimanche de l'Avent, je voudrais revenir avec vous sur la première lecture tirée du prophète Isaïe qui est un des plus beaux oracles messianiques de l'Ancien Testament.  L'Ancien Testament, c'est essentiellement le temps de l'attente, c'est le temps de la promesse. Dieu a fait Alliance avec Abraham, Il en a fait son ami car on ne peut pas être l'ami de tout le monde, globalement, on est l'ami d'une personne à la fois, c'est pourquoi Dieu a choisi une personne, Abraham, pour être son ami et pour manifester à tous les hommes que chacun, personnellement, sera l'ami de Dieu. C'est pourquoi vous l'avez entendu, Jean-Baptiste dit que Dieu pourrait avec les pierres faire surgir des enfants à Abraham. Ce n'est pas seulement la descendance charnelle d'Abraham qui est ses enfants, mais comme le dit saint Paul c'est nous tous qui sommes les héritiers de la foi d'Abraham (Rm. 4, 16). Abraham c'est celui qui a cru et il est parti, nous dit la lettre aux Hébreux, "sans savoir où il allait" (Hb 11, 8), appelé par Dieu, répondant à cet appel. 

       L'appel, l'attente, le désir, l'élan, voilà le sens de l'Ancien Testament, et c'est pourquoi notre attitude pendant le temps de l'Avent où nous préparons notre cœur pour accueillir le Seigneur qui vient sans cesse, qui ne cesse de venir, qui vient toujours, notre attitude est remplie de cette spiritualité de l'Ancien Testament. Dans les Églises d'Orient, ce deuxième dimanche de l'Avent est plus particulièrement consacré aux ancêtres du Christ. Abraham, Isaac, Jacob à qui Dieu a renouvelé la Promesse, David avec qui cette Promesse est devenue celle d'un Messie. Le titre de Messie, Christ (Messie en hébreu, Christ en grec), signifie "oint", celui qui est oint de l'onction sainte qui fait les rois. Le Messie c'est donc le roi par excellence, le descendant de David, le roi selon le cœur de Dieu. C'est pourquoi l'oracle d'Isaïe que nous lisions tout à l'heure nous renvoie à la racine de Jessé le père de David. C'est dans la famille de Jessé, le père de David, que naîtra le Messie, le roi promis par Dieu, celui que nous attendons après toutes les générations qui nous ont précédés. C'est la première dimension de cet oracle messianique : "Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines, lui qui est le père de David".

       Voilà donc que ce Messie s'enracine dans les générations qui ont longuement préparé sa venue depuis la Promesse faite à Abraham jusqu'à la Promesse d'un Messie faite à David et les annonces de tous les prophètes qui n'ont cessé de raviver l'espérance et l'attente d'Israël. Mais la venue du Messie se caractérise par le don de l'Esprit Saint qui est le souffle vital de Dieu. Le mot Esprit en hébreu comme en grec ou en latin, veut dire : "le vent qui souffle" et par analogie, la respiration et donc le souffle vital. Dire "Esprit Saint", c'est dire le souffle vital de Dieu. Le Messie sera animé par cet Esprit Saint, c'est ce que nous dit Isaïe : "Sur lui reposera l'Esprit du Seigneur, Esprit de sagesse et d'intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de connaissance et de piété, Il sera inspiré par la crainte du Seigneur". Vous avez reconnu au passage les sept dons du Saint Esprit dans lesquels la Tradition veut concentrer cette action éblouissante de l'Esprit de Dieu qui nous prend dans son élan, qui ouvre notre cœur à l'intelligence du mystère de Dieu, qui ouvre notre cœur au sens de la miséricorde et du conseil pour nos frères, qui ouvre notre cœur à la piété et à la crainte du Seigneur. 

       C'est donc l'Esprit qui est caractéristique de cette venue du Messie, et Jean-Baptiste dit : "Moi je vous baptise dans l'eau, mais lui qui vient derrière moi et qui est plus grand que moi (ainsi il désigne le Messie, Jésus), lui vous baptisera dans l'Esprit Saint" (Mt. 3, 11). C'est pourquoi la venue de Jésus parmi nous s'accomplit à la Pentecôte par ce grand vent qui souffle sur l'Église naissante (Ac. 2, 2) et qui vient jusqu'à nous et au-delà de nous jusqu'à la fin des temps. 

       Le Messie c'est aussi celui qui va faire régner la justice, c'est-à-dire qui ne sera pas en faveur du plus fort, de celui qui a davantage de puissance, d'argent, d'intelligence, mais le Messie sera celui qui privilégiera le pauvre, le petit, l'humble. Nous entendons là l'écho du Magnificat que chantera Marie lors de sa visite à Élisabeth et qui rend exactement le même son (Lc 1, 51-53). Il se prononcera, mais pas par ouï-dire, nous dit Isaïe, il jugera mais non sur l'apparence, il jugera les faibles avec justice, il rendra une sentence équitable pour les humbles du pays. En revanche, le souffle de ses lèvres fera mourir le méchant. 

       A ce moment-là, tout à coup, l'oracle d'Isaïe bascule dans une description assez étonnante du monde messianique, de ce monde que va inaugurer la venue du Messie : "Le loup habitera avec l'agneau, la panthère se couchera avec le chevreau, le veau, le lionceau paîtront ensemble conduits par un petit garçon. Le lion comme le bœuf mangeront de la paille, le nourrisson jouera sur le trou de l'aspic et sur le repaire de la vipère, le petit enfant mettra la main". Quelle étrange description de cet univers, un univers dans lequel les lions mangeraient de l'herbe avec les bœufs, où les enfants joueraient avec les serpents venimeux. Bien sûr, il s'agit d'une description symbolique. Ce que cet oracle veut dire, c'est que la violence, la haine, la peur vont disparaître par la venue du Messie. Ces trois maux : la peur, la haine, la violence, qui depuis le péché originel sont la tare de l'humanité dans laquelle chacun a peur de l'autre. A cause de cette peur, l'homme rejette l'autre, et si l'autre le gène, il l'écarte et s'il le faut, il le tue. Si vous réfléchissez, dans notre propre cœur comme dans le cœur de tous les hommes, depuis que l'humanité est l'humanité, c'est cette peur, cette exclusion, ce rejet, cette haine, cette violence meurtrière qui habitent le monde. Il suffit que nous regardions autour de nous, que ce soit dans notre pays ou dans d'autres pays, les hommes se déchirent les uns les autres, ils se haïssent parce qu'ils ont peur, parce qu'Israël a peur d'être détruit par les pays arabes et que les nations arabes ont peur d'être rejetées hors de leurs terres par Israël, c'est toujours la peur qui engendre la violence, et c'est cela le péché du monde. 

       Cette description étonnante, paradisiaque, que nous livre Isaïe a cette signification. Le règne du Messie, c'est la paix qui va nous délivrer de la peur, du rejet, de la  haine, de la violence. Ceci est seulement ébauché pour le moment dans notre humanité, dans notre cœur. Ceci n'a pas encore véritablement éclaté et c'est pourquoi nous attendons toujours la venue du Seigneur. Il est déjà venu et sur sa croix, Il a proclamé la fin de toute haine comme nous le dit saint Paul, Il a brisé la haine par sa croix (Eph. 2, 14-18), Il a abattu la muraille qui sépare les peuples les uns des autres, mais cette réconciliation, cette paix n'est pas encore acquise, il faut qu'elle pénètre très lentement dans le cœur de chaque homme car Dieu ne peut pas nous sauver sans nous, il faut que nous acceptions d'être sauvés. C'est cela se convertir, c'est cela la prédication de Jean-Baptiste : retournez vos cœurs, convertissez-vous (Mt. 3, 2). 

       Cette conversion est en route, nous en sommes les témoins et les bénéficiaires. Nous nous laissons petit à petit prendre par ce retournement de notre cœur afin de préparer la définitive venue du Messie, quand ce Fils de David, Jésus, qui est Ce que David ne pouvait pas imaginer, le Fils même de Dieu. Nous le chantions tout à l'heure et Isaïe l'a aussi annoncé dans un autre oracle : "Si tu déchirais les cieux et si tu descendais" (Is. 63, 19), alors nous serions dans la joie et dans la paix. Alors, "la présence de Dieu remplirait la terre comme les eaux comblent l'abîme de la mer" (Is. 11, 9). Alors la bénédiction d'Abraham s'étendrait à toutes les nations de la terre (Gen. 12, 3) et la racine de Jessé se dresserait comme un signal pour tous les peuples (Is. 11, 10). 

       Frères et sœurs, cette dynamique de l'Avent s'insère dans l'attente d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, de David, de tout l'Ancien Testament. Cette dynamique nous prépare à une attente toujours plus instante de la venue de Dieu pour qu'enfin la paix puisse s'établir dans le cœur des hommes, cette paix qui sera notre salut. Que cette dynamique de l'Avent prenne vraiment notre cœur et nous arrache à toutes nos peurs, nos rejets, nos séparations, toutes nos haines peut-être, en tout cas, nos mépris et nos violences secrètes. 

 

       AMEN 

 

 
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