AU FIL DES HOMELIES

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LE SEIGNEUR EST PROCHE

Is 40, 1-5+9-11 ; 2 P 3, 8-14 ; Mc 1, 1-8
Deuxième dimanche de l'avent – Année B (10 décembre 1978)
Homélie du Frère Jean LEGREZ

"Veilleur, où en est la nuit ?" - "Ah ! si tu déchirais les cieux et si tu descendais". - "Incline les cieux et descends !" – "Fais-nous voir, Seigneur, ton Amour !" - "Oui, Je viens bientôt !" - "Voici que mon retour est proche !" - "Je me tiens à la porte et je frappe !" - "Voici venue la dernière heure !" car "le temps se fait court" - "Le Seigneur vient !" - "L'Esprit et l'Épouse disent : Viens !" - "Oui, viens Seigneur Jésus !"

Ce désir, cette attente, cette impatience traversent toute l'histoire du salut. Patriarches, prophètes, disciples du Seigneur, saint de tous les temps, tous ont été d'abord des hommes de désir, tendus vers la promesse de Dieu, ne vivant que par elle, attendant passionnément que se dévoile à leurs yeux le visage éblouissant et bien-aimé de leur Dieu : "C'est ton visage, Seigneur, que je cherche !" - "Fais-nous voir ta face et nous serons sauvés !"

Les premiers chrétiens vivaient dans cette conscience très vive de l'imminence du retour du Christ : "Encore un peu de temps et vous me reverrez" avait dit Jésus. On trouve même dans un manuscrit de la Bibliothèque municipale de Montpellier un rituel liturgique pour le retour du Christ, décrivant avec soin la manière de le recevoir à la porte du monastère ou de l'église ou de la ville, s'Il s'y présentait à l'improviste ! Comme nous sommes loin de cette candeur apparemment naïve et en réalité si profondément intelligente du mystère ! Car si les premiers chrétiens se sont trompés sur la chronologie et les délais, ils avaient raison sur le fond. Chaque jour ils ont attendu Jésus comme s'Il devait venir le lendemain et c'est cette attente qui a donné tout son sens, tout son dynamisme, toute sa vitalité à leur existence. Car le Seigneur est en route. Il est "Celui qui vient", Il ne cesse de venir. Comme le dit saint Augustin : "Ce peu de temps qui nous sépare de sa venue nous semble long parce que nous le parcourons encore, mais quand il sera achevé, alors nous saurons que ce n'était qu'un peu de temps."

L'Avent est ce temps de l'attente de Dieu. Car Dieu est toujours à venir, toujours au-delà. Au-delà de nos réussites humaines ou spirituelles, professionnelles ou familiales. Au-delà de notre action, si généreuse et si efficace soit-elle, mais toujours dérisoire par rapport à l'Avènement du Royaume de la justice et de la paix ? Au-delà de notre prière, si fidèle soit-elle, car Dieu reste toujours insaisissable et incompréhensible. Ne jamais nous satisfaire trop tôt, ne jamais croire que c'est arrivé. Rien n'est encore arrivé, rien n'est jamais arrivé, tout est encore à attendre. Expérience de l'échec et de l'épreuve, de l'inutilité de nos efforts devant le mal et la souffrance, expérience du dégoût et de la stérilité de notre vie, du silence de Dieu et de la nuit. Ce peut être la catastrophe de notre vie chrétienne et humaine. Ce peut être aussi la découverte du véritable sens de notre vie, de cette attente humble, patiente, obscure de l'inespéré et de l'inconnu. Ne pas laisser s'assoupir notre désir. Au plus fort du combat ou du découragement, se tenir toujours prêt pour la venue de Dieu, imprévisible et merveilleux. Car "ses voies ne sont pas nos voies". Cette attente de Dieu est comme la synthèse de la vie spirituelle et théologale elle est espérance jamais satisfaite, marche à tâtons dans la nuit de la foi, amour "en creux" dans l'absence et le désir.

C'est l'attente des patriarches et des prophètes qui "saluèrent de loin l'objet de la Promesse, confessant qu'ils étaient des étrangers et des voyageurs sur la terre" ; c'est l'attente de Jean-Baptiste qui montre le Sauveur et s'efface devant Lui, qui se tient à la porte et "entend la voix de l'Époux", mettant sa joie à diminuer pour que le Christ grandisse ; c'est l'attente de la vierge Marie, éblouie par le mystère qui s'opère en elle et qui la dépasse, mais "gardant toutes ces choses dans son cœur."

Cette attente n'est pas démobilisation, elle n'est pas repliement sur nous-mêmes et notre rêve intérieur, ni désintéressement de ce monde et des affaires de ce monde. Ce n'est pas ainsi qu'on attend un ami, ce n'est pas égoïstement assis dans un fauteuil qu'on attend Celui qu'on aime. Mais au contraire, on s'empresse pour le recevoir, préparer la maison pour sa venue. On s'empresse de faire part de sa joie à ceux qui nous entourent pour qu'ils se réjouissent avec nous.

Telle est notre attente du Christ : active, constructive, animant toutes nos entreprises et nos actes de chaque jour pour que le monde soit prêt au jour de sa visite, pour que l'attendent aussi tous nos frères pour lesquels aussi Jésus doit revenir. Comment pourrions-nous avoir dans le cœur une joie si grande et ne pas vouloir la partager avec tous pour que cette joie soit en eux et que leur joie soit parfaite ?

 

AMEN

 
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