AU FIL DES HOMELIES

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POUR QUE TOUTE TA CHAIR VOIE LE SALUT DE DIEU

Ba 5, 1-9 ; Ph 1, 4-6+8-11 ; Lc 3, 1-6
Deuxième dimanche de l'avent – Année C (8 décembre 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN

En circulant hier après-midi sur une ligne intérieure du réseau Air-Algérie, le personnel de bord a distribué à tous les voyageurs un journal : "El Moudjahid", le journal de la République d'Algérie. Je l'ai bien sûr accepté et j'ai lu avec intérêt jusqu'aux petites annonces. Je ne résiste pas, ce matin à vous communiquer une de ces petites annonces, ceci me servira d'introduction pour cette homélie du deuxième dimanche de l'Avent. Voici ce dont il s'agit: "un petit dispositif électronique appelé "Marsad Makka" est conçue pour indiquer la direction précise de la Mecque depuis n'importe quel point du monde. Il s'agit d'un instrument à micro-processeur, il fonctionne avec un nouveau dispositif électronique pour que le croyant soit tourné avec précision vers la Mecque. L'utilisateur forme le code et, tenant l'appareil dans sa main, balaie l'horizon. Le système indique la direction par un bruit de tic-tac qui atteint son maximum en face de la Mecque. Le dispositif a remporté une médaille d'or pour l'emploi innovateur de la science, au concours international du treizième salon des inventeurs à Genève.

Frères et sœurs, l'évangile d'aujourd'hui évoque, pour nous deux choses : le désert et un chemin à prendre dans ce désert, une direction à trouver. Nous n'avons pas besoin d'un micro-processeur électronique. Le désert dont Saint Jean-Baptiste nous parle n'est pas un désert géographique, il ne s'étend pas sur les collines arides de Judée ni dans la caillasse ou les sables du Sahara, ce désert ne se situe pas sur la terre, le désert c'est notre cœur, votre cœur.

Le désert tient une place capitale dans toute l'histoire de la révélation de Dieu. Les hébreux, en Égypte, ont été obligé poussé par Dieu, à quitter leur installation pour prendre ce chemin du désert. Ils n'avaient à prendre qu'une seule direction : la terre promise où coulaient en abondance le lait et le miel. Or ce n'est pas de gaieté de cœur que le peuple a quitté les sécurités de l'Égypte, même s'il y vivait en esclavage. Il s'est bien aperçu qu'il préférait les viandes et les sauces aux oignons d'Égypte, sous la servitude, plutôt que la liberté de Dieu dans le désert, sans pain ni vin. Cette expédition de l'Exode ne s'est vraiment pas faite dans l'enthousiasme enchanteur d'un exotisme mystique. Si l'on remonte plus loin encore dans la révélation, après le péché d'Adam, il a été dit : "que la terre soit maudite". Or cette terre maudite, c'est-à-dire stérile qui ne portera plus naturellement l'abondance de ses fruits, cette terre c'est notre cœur. Nous sommes cette terre aride qui n'est que poussière. "O homme reconnais que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière". Lorsque l'homme a quitté la communion avec Dieu dans ce paradis de luxuriance, dans ce paradis d'abondance, il est devenu un désert, une terre vide sans vie, aride et desséchée. Et plus tard, le prophète Osée prononcera ces paroles très dures sur le peuple au nom de Dieu : "Je te rendrai semblable au désert. Je te réduirai en terre aride. Je te ferai mourir de soif à cause de ton infidélité". Jérémie proclamera encore : "Ils ont abandonné les sources vives pour se construire des citernes qui ne tiennent même pas l'eau".

Je crois que ce désert, il faut le connaître d'abord que c'est notre vie sans Dieu, notre cœur de misère et de poussière, notre cœur de pierre, notre pauvreté absolue. Et si nous ne le reconnaissons pas, c'est que nous sommes encore en esclavage en Égypte, bien nourris et calfeutrés dans la servitude de nos sécurités. Tant que nous n'aurons pas personnellement reconnu que le chemin du désert passe dans notre cœur, nous n'arriverons pas à l'abondance de la terre promise, ça n'est pas possible, il n'y a pas deux routes. Tant que nous n'aurons pas reconnu cette vérité que nous sommes poussières nous ne pourrons pas entendre le cri dans notre désert. Car il y a dans ce désert quelqu'un qui crie. D'où vient ce cri ? de Dieu ? pas directement il vient du prophète Isaïe d'abord, puis Jean-Baptiste, un cri prophétique, un cri qui transmet une parole qui vient de Dieu, mais indirectement.

Dans le désert qu'est notre cœur, quel est ce cri ? Au-delà de ce que nous savons de nous-mêmes, de ce nous sentons de nous-mêmes, tant au plan humain qu'au plan spirituel, il y a une réalité de notre être qui nous échappe et qui nous échappera toujours, celle que Jean de la Croix appelle le centre le plus profond de l'âme, le centre le plus profond de l'être, cet endroit que nous ne pouvons pas connaître, mais où Dieu habite réellement, où Il demeure en communication en communion avec le plus profond le plus vrai de notre nature humaine, puisque ce lieu-là est l'endroit où Il ne cesse de nous créer, où Il ne cesse de nous toucher de façon substantielle pour nous donner l'être. Il y a au fond de ce que nous sommes un lieu inconnu où Dieu est là avec toute sa force divine de création, dans une touche permanente, délicate, secrète, paisible, forte et tendre, Il nous crée à nous-mêmes. Ce point le plus profond de notre nature, où Dieu fait jaillir notre être, nous ne le connaissons pas parce qu'il est trop profond, de même que nous ne connaissons pas le centre de la terre, nous n'en connaissons que la surface et un petit peu d'épaisseur, mais guère loin. Je crois que ce cri vient de cette part de notre nature humaine qui se laisse continuellement crée par Dieu. Et ce cri nous dit : "toute chair verra le salut de Dieu", toute ta chair doit voir le salut de Dieu, tout l'homme que tu es doit connaître le salut de Dieu, tout homme que tu es avec ton intelligence, tes facultés, ton esprit, ton corps. Toute chair qui te forme doit renaître de cette part inconnue de toi où Dieu ne cesse de naître et de faire reposer sa présence. Il y est réellement et vraiment, car s'Il n'y était pas nous retournerions tout de suite dans l'inexistence et le néant. Cette part de nous-mêmes, connue de Dieu et participant déjà à sa communion paisible, invisible et profonde, crie à tous le reste de notre personne : "Tu es appelé à voir le salut de Dieu". Cette voix cette source au fond de nous-mêmes crie à toute la zone désertique de notre vie : "Tu es appelé à connaître l'abondante fécondité de l'amour de Dieu". Ainsi ce cri prophétique n'est pas à l'extérieur de nous dans un désert lointain, mais il monte du plus profond de nous-mêmes, dans notre propre désert. "Des profondeurs, je crie vers toi".

Lorsqu'on pose une pierre sur la terre, elle s'arrête, la surface de la terre fait obstacle à son mouvement descendant, si on enlève cet obstacle, la pierre tombe un peu plus bas, et ainsi de suite, elle pourrait arriver au centre le plus profond de la terre, là où cesse l'attraction terrestre. Ce cri prophétique, frères et sœurs, c'est l'attraction que Dieu attire sur toute notre nature humaine pour qu'elle aille vers son centre, or le centre de l'homme c'est Dieu. Dans ce désert, dans notre désert, il nous supplie aujourd'hui ce cri prophétique, prépare le chemin. Ce chemin, la dernière image que je viens d'évoquer nous en fournit la direction, c'est un chemin d'intériorité, un chemin de profondeur, un chemin où il faut se laisser attirer par ce plus profond de nous-mêmes, où Dieu déjà habite, où Dieu déjà nous sauve et où il n'a de cesse que toute notre chair soit vivante pour Lui, soit sauvée par Lui. En ce lieu le plus profond, Jésus-Christ ne cesse de naître, mais il veut croître, Il veut grandir à travers tout nous-mêmes, pour que vraiment cette part où Il nous crée à son image et à sa ressemblance s'étende à tout l'homme que nous sommes.

N'est-ce pas cela l'invitation de Paul dans le texte de l'épître de ce dimanche : "J'en suis sûr, celui qui a commencé en vous cette œuvre excellente en poursuivra l'achèvement jusqu'au jour de Jésus-Christ. Que votre charité croissant toujours de plus en plus s'épanche en cette vraie science et ce tact affiné qui vous donneront de discerner le meilleur et de vous rendre purs et sans reproche pour le jour du Christ dans la pleine maturité de ce fruit de justice que nous prions par Jésus, pour la gloire et la louange de Dieu".

 

AMEN

 
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