AU FIL DES HOMELIES

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 UN PEUPLE EN MARCHE

Ba 5, 1-9 ; Ph 1, 4-6+8-11 ; Lc 3, 1-6
Deuxième dimanche de l'avent – Année C (6 décembre 2009)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, nous avons entendu tout à l'heure ce magnifique poème, cet oracle du prophète Baruch et je voudrais avec vous, nous laisser pénétrer par ce texte. Je vous relis quelques-unes des phrases de cette hymne : "Jérusalem, lève-toi, tiens-toi sur la hauteur, regarde vers l'Orient, vois tes enfants du levant au couchant rassemblés. Ils t'avaient quitté à pied, sous escorte d'ennemis, mais Dieu te les ramène, portés glorieusement comme des enfants royaux. Il reviennent les fils que tu vis partir, il reviennent rassemblés de l'Orient à l'Occident sur l'ordre du Saint, jubilant de la gloire de Dieu".

Vous le comprenez, cette hymne composée par le prophète Baruch est l'annonce prophétique et déjà le premier discernement du retour d'Exil du peuple de Dieu qui, à cause de ses péchés, avait provoqué la ruine de Jérusalem et l'exil à Babylone. C'est ce retour que célèbre le prophète Baruch et la liturgie nous invite à voir dans ce retour le prototype de ce que nous vivons et très particulièrement de ce que nous vivons pendant ce temps de l'Avent. Exil du peuple de Dieu, retour du peuple de Dieu, c'est l'événement central qui donne son sens à toute l'histoire du salut. Aussi avons-nous chanté : "Quand le Seigneur a fait revivre Sion de son Exil, nous étions comme en rêve. Notre bouche était peine de rires et nos lèvres de cris de joie. Renouvelle Seigneur le retour des captifs, qu'ils affluent comme les torrents du désert. Ceux qui ont pleuré au temps des semailles exulteront d'allégresse au temps de la moisson" (Ps.125 [h.126], 1-5).

Oui, frères et sœurs, si le peuple d'Israël a été infidèle à la Loi de Dieu, s'il a en quelque sorte détruit l'Alliance, saccageant Jérusalem, la ville de la présence de Dieu, si le peuple d'Israël a été infidèle et est parti en exil, Dieu l'a ramené sur sa terre. Il en va ainsi de toute l'histoire du salut car depuis toujours, Dieu nous invite à marcher vers lui, et nous nous détournons de lui pour aller de-ci, de-là, errants dans un désert où Dieu ne se trouve pas. Toute l'histoire de l'Ancien Testament est une accumulation de péchés, de détournements, de refus de l'Alliance et une accumulation de pardons. Dieu ne cesse de ramener ceux qui s'en vont et qui le quittent. "En pleurant, ils s'en allaient, jetant le grain des semailles, et ils reviennent poussant des cris de joie et rapportent les gerbes" (Ps.125, 6).

C'est toute l'histoire du salut que nous rendons présente en levant notre regard pendant ce temps de l'Avent, c'est toute l'histoire du salut qui est sans cesse l'histoire de notre infidélité, et l'histoire de la fidélité de Dieu qui nous sauve. Toute notre histoire, toute notre vie personnelle, toute la vie de l'humanité est ainsi représentée par cette marche qui nous conduit vers Dieu, cette marche par laquelle nous nous sommes détournés de Dieu, cette marche par laquelle Dieu nous recentre en nous appelant à nouveau, en nous faisant retrouver le chemin du salut.

C'est pourquoi, dès le début de l'histoire, le premier homme, Adam, s'est déjà détourné de Dieu et il a ainsi fermé le paradis où il se trouvait auprès de Dieu, et il s'est retrouvé en exil dans le désert (Gn 3, 23-24). C'est ce que saint Ambroise nous dit à propos du Christ qui va dans le désert pour jeûner pendant quarante jours et quarante nuits. Voici ce texte de saint Ambroise qui lui aussi est symptomatique de toute notre histoire : "Jésus fut conduit au désert par l'Esprit pour être tenté par le diable (Luc 4, 1-2). Il y a lieu ici de se rappeler comment le premier Adam fut chassé du paradis dans le désert pour remarquer comment le second Adam revint du désert au paradis. Vous voyez comment les bienfaits divins se renouvellent en reprenant leurs propres traces : Adam est au désert, au désert le Christ, car il savait où trouver le condamné pour dissiper son égarement et le ramener au paradis" (Traités sur saint Luc, livre IV, 7). Voilà toute l'histoire d'Adam, voilà toute l'histoire des hommes nés du premier Adam mais qui sont restaurés par le second Adam qui vient nous chercher dans notre désert pour nous ramener au paradis de la présence de Dieu. Vous le voyez dans ce texte de saint Ambroise, il y a quelque chose d'encore plus merveilleux que ce que j'essaie de vous dire, c'est que non seulement Dieu nous appelle à marcher vers lui, mais Dieu, en Jésus-Christ, est venu vers nous pour diriger notre propre marche. Quand nous nous avançons vers Dieu, c'est le Christ qui est en tête de notre procession. Toute l'histoire du salut est l'histoire d'un Dieu vers qui nous devons marcher et qui vient marcher avec nous pour nous conduire à travers le désert jusqu'au paradis.

Dans la liturgie, il y a un geste qui exprime ce mystère dont je suis en train de vous parler, avec Baruch et Ambroise. Ce geste, c'est précisément celui de la procession. Quand nous sommes ensemble réunis dans une église, nous ne sommes pas réunis comme des individus juxtaposés, mais nous sommes réunis comme les membres d'un même corps, nous formons une assemblée, nous sommes convoqués, nous sommes appelés à venir ensemble pour marcher à la rencontre de Dieu. Les églises sont orientées vers l'Orient (c'est le même mot), orientées vers le soleil levant, vers l'est, vers l'endroit où se lève le véritable soleil qui et le Christ ressuscité et dans cette église, nous sommes tous tournés vers cette lumière de l'Orient et le Christ nous entraîne à marcher avec lui à la rencontre du Père. C'est pourquoi, au moment de la communion, nous nous avançons vers l'autel non pas individuellement, mais tous ensemble, comme une grande marée humaine qui se dirige à la rencontre de Dieu. Nous venons communier chacun avec le Seigneur et chacun avec tous nos frères, puisque c'est le même Seigneur qui nous donne sa chair pour qu'elle devienne notre chair, et mon frère qui communie à côté de moi reçoit la même chair qui transfigure sa propre chair comme elle transfigure la mienne. Nous sommes unis d'une manière infiniment profonde parce que nous devenons ensemble les membres du corps du Christ et nous nous avançons ainsi à la rencontre de Dieu qui, comme le soleil levant, nous appelle à la lumière.

Cette procession de communion, autrefois dans la liturgie ancienne, était accompagnée d'autres processions. Il y avait la procession d'offertoire à laquelle participaient aussi tous les chrétiens, chacun apportant ses dons, non seulement le pain et le vin qui deviendraient le Corps et le Sang du Christ, mais aussi tous les dons, toute la nourriture pour les pauvres. C'était à l'offertoire que tous ces dons se rassemblaient autour de l'autel, et c'était là aussi une grande procession de tous les chrétiens unanimes qui venaient partager ce qui était à eux, avec ceux qui n'avaient rien.

Il y avait aussi une troisième procession, ou plutôt c'était la première, parce que c'était la procession d'entrée. A Rome, à chaque dimanche important et à chaque grande fête de l'année, le pape rassemblait tous les chrétiens qui pouvaient venir avec lui dans une des églises de Rome, et en procession, on se rendait de cette église, à une autre église où devait se célébrer l'eucharistie. C'était donc en procession qu'on traversait les rues de Rome pour arriver à ce qu'on appelait "la station", la liturgie stationnale. Ainsi chaque dimanche, chaque fête, le pape parcourait son diocèse, allant d'église en église, pour célébrer partout l'eucharistie qui rassemblait un seul peuple en marche. Allant vers Dieu, marchant à la rencontre de Dieu, guidés par Dieu lui-même qui vient marcher avec nous, nous devons considérer à travers ce geste de la procession, que toute notre vie est très exactement signifiée par cette marche.

Je voudrais en terminant, vous lire un texte que vous connaissez sans doute, parce qu'on vous le cite de temps en temps, un texte d'un autre Père de l'Église, saint Grégoire de Nysse, et qui nous dit comment toute notre vie, toute la vie de l'Église est une marche. D'abord pour se mettre en marche, il faut se lever. De même que Baruch disait à Jérusalem : "Lève-toi et regarde vers l'Orient", voici ce que dit Grégoire de Nysse à l'Église, c'est-à-dire, à chacun d'entre nous : "Lève-toi ma bien-aimée, ma belle, ma colombe. Elle entend l'ordre, elle s'éveille, elle s'avance, s'approche et devient belle. De même que l'Épouse (c'est-à-dire l'Église), avait pris l'apparence du serpent après la chute lorsqu'elle gisait à terre et fixait les yeux sur lui, de même, lorsqu'elle s'est levée elle a pris l'apparence de ce vers quoi elle se tournait (c'est-à-dire la lumière de Dieu qui nous appelle). Elle se tourne vers la beauté du Dieu principe et s'approchant de la lumière, elle devient lumière. Ainsi au fur et à mesure qu'elle marche, qu'elle progresse vers ce qui est toujours au-devant d'elle, ses désirs augmentent et les biens qui lui apparaissent lui font croire qu'elle est toujours au début de sa route. C'est pourquoi le Verbe, le Christ dit à nouveau "lève-toi", à celle qui est déjà levée et "viens" à celle qui est déjà venue. En effet, à celui qui se lève vraiment, il faudra toujours se lever à nouveau, et celui qui monte ne s'arrête jamais allant de commencement en commencement, par des commencements qui n'ont jamais de fin" (Homélie n°5 sur le Cantique des Cantiques).

 

AMEN

 

 





 

 

 
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