AU FIL DES HOMELIES

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 COMMENT VIVRE ENSEMBLE ?

Is 11, 1-10 ; Rm 15, 4-9 ; Mt 3, 1-12
Deuxième dimanche de l'avent – Année A (5 décembre 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Ensemble …

 

"Accueillez-vous dit saint Paul aux Romains, accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueilli dans la gloire de Dieu, vous qui étiez païens" (c'est la traduction liturgique qui le rajoute). "Si le Christ s'est fait le serviteur des juifs, c'est en raison de la fidélité de Dieu pour garantir les promesses faites à nos pères. Mais je vous le déclare, c'est en raison de la miséricorde de Dieu que les nations païennes peuvent lui rendre gloire".

Frères et sœurs, à la fois dans cette lecture de l'épître aux Romains et aussi dans la première lecture, et même d'une certaine manière dans l'évangile, il est question aujourd'hui de l'offre que Dieu fait à tout homme pour être sauvé. Evidemment, nous, comme chrétiens, cela nous réchauffe le cœur, et nous avons bien raison, mais entre nous soit dit, que peut faire ce genre de considérations à des gens qui ne sont pas croyants ?

Depuis le début de cette année, est expérimentée au Collège Mignet une autre manière de vivre le temps de l'aumônerie. Nous proposons aux jeunes, une fois par semaine, le vendredi, entre midi trente et treize heures trente une possibilité de venir, n'importe qui peut venir. Fini le temps des inscriptions, c'est une salle qui est ouverte directement sur la cour de récréation du collège et n'importe qui peut entrer. Les jeunes savent que c'est un lieu tenu par des chrétiens, et je vous prie de croire que c'est un moment qui est presqu'amusant. Je ne peux pas m'empêcher de vous partager quelques perles de vendredi dernier.

Evidemment, c'est ici que se font les véritables rencontres entre les chrétiens et des jeunes qui ne savent rien du tout, ou qui ont même un certain formatage extrêmement négatif ou un petit peu positif vis-à-vis de la religion. Un garçon avec son copain, veut tester les adultes, et encore plus ceux qui se disent chrétiens. Les chrétiens, c'est une secte, et on s'amuse. Au copain qui veut rentrer dans la salle de classe on lui dit : ne rentre pas, c'est dangereux. Un garçon me dit pour provoquer : les chrétiens, ils ont tué les protestants d'ailleurs, moi je suis protestant. Son copain me regarde en riant, et il dit : tu vois t'es méchant, tu es chrétien et tu as tué les protestants. Je lui ai répondu : tu es protestant, mais les protestants sont aussi chrétiens. C'est terrible, mais ce sont des chrétiens qui se sont entretués. Evidemment, le copain se met à se moquer non plus de moi, mais de son copain, et un autre me dit : mazel tov. Je lui dis: très bien, tu es juif ! Il me répond, non, non, je suis à moitié juif. Je lui dis, tu es à moitié juif, donc cela veut dire que c'est ton père qui est juif ? et ta maman n'est pas juive. Si, ma maman c'est elle qui est juive, et mon père il ne croit à rien du tout, de toute façon, tout cela ne sert à rien ! A un autre à qui l'on proposait de rentrer pour faire aussi des décorations de Noël pour le collège, prend son air d'adolescent (en troisième, c'est un peu difficile à cet âge), il dit : tout cela ne sert à rien, c'est nul, c'est pas intéressant (je reste poli), et Noël, on s'en fiche complètement ! Et un copain lui répond, tu sais, heureusement qu'il y a Noël, parce que comme ça on a des vacances …

Tout cela dit sur le mode de l'humour c'est assez intéressant, car en fait, que se passe-t-il ? Nous de notre côté, nous avons la conviction que les autres ont tout à gagner pour rentrer dans notre boutique, mais de l'autre côté, ils n'ont pas tellement envie, ils n'y voient aucun intérêt. Je lui ai demandé : tu veux faire quoi de ta vie ? Il me répond : tout cela ne sert à rien, le prof d'histoire nous a dit qu'on était trop nombreux sur la terre, il faut bien qu'il y ait des gens qui meurent, et puis une bonne guerre ça règlerait le problème, parce qu'il n'y a pas assez à manger pour tout le monde !

Dans ce cas-là, comment vivre ensemble ? C'est bien de cela qu'il est question dans ce genre de situation, et c'est aussi de cela qu'il est question à travers les différentes lectures. A la fois dans cette projection proposée par Isaïe qui voit à l'avenir, le destin de ce monde revenant à ce moment édénique où toutes les créatures de Dieu gardant leur propre spécificité sont tout de même capables de vivre ensemble. Et puis saint Paul qui dit : "accueillez-vous les uns les autres", et enfin une communauté de Rome où l'on est déjà mélangés entre des juifs qui se sont convertis à la foi au Christ, des juifs qui n'y sont peut-être pas encore tout à fait, et puis des païens qui commencent à s'agréger à cette nouvelle foi.

Quel "vivre ensemble" proposons-nous aux jeunes ? Je ne veux pas tirer trop vite la conclusion par rapport à ce que je vous ai dit et que j'ai pu voir au collège Mignet. Il y a un côté extrêmement provocateur mais pas méchant. En fait, ces jeunes sont très curieux, et nous avons énormément de jeunes qui vont, qui viennent, qui reviennent, qui ont un peu peur et puis qui commencent à s'habituer à ce genre de rencontres, donc ce n'est pas profondément méchant. Mais vous voyez que ce qui est derrière cette attitude, c'est le principe de séparation et de compartimentage. Pour éviter le maximum de dégâts il vaut mieux séparer les choses, les cultures, ou les religions, et compartimenter tout cela. Moins on se rencontre, moins cela fait des étincelles et mieux on se porte.

En fait, ce que disent Isaïe et saint Paul, c'est la séparation, non pas pour le compartimentage, pas pour l'exclusion. Il y a une autre jeune fille qui vient me dire : oui, on a vu, c'est marqué : chrétiens, nous on ne l'est pas, donc, cela veut dire que nous sommes exclus, cela veut dire que nous, nous n'avons pas à rentrer dans cet endroit. Je lui ai dit, non, c'est simplement pour qu'il n'y ait pas de tromperie, pour que tu saches qui nous sommes. Nous ne sommes pas là pour t'obliger, mais parce que nous avons envie de te parler. Donc, séparation et malheureusement, compartimentage. Et l'on en arrive à une ignorance profonde des choses de la vie, de la religion, de la foi, et même du comportement vis-à-vis des grands problèmes au-delà de la société de notre temps, face à la maladie et à la mort. Et comme m'a dit il n'y a pas très longtemps, le frère d'un monsieur dont je n'ai pas célébré les obsèques, mais où j'avais fait une célébration pour la famille, quelqu'un d'athée qui m'a dit à la fin : merci, parce que la société ne nous dit pas comment on doit se comporter dans ce genre de situation.

Je reviens à Isaïe et à saint Paul. Il y a une séparation, elle existe. La séparation comme le dit Isaïe, avec les méchants. La séparation aussi qui est annoncée par Jean-Baptiste avec l'arrivée du Messie, cette séparation qui se fera aussi entre "les méchants et les bons". Vous voyez bien qu'après, que ce soit dans le texte d'Isaïe ou que ce soit dans l'attitude de Jésus au milieu des hommes, il s'agit d'une séparation qui conduit à une communion. Et ce n'est pas la même chose. On n'est pas dans ce principe, comme d'ailleurs le dit très bien Benoît XVI, de conformisme tyrannique. Si on veut vivre ensemble, comment doit-on faire ? Soit on s'ignore totalement, et chacun fait sa cuisine, soit on vit ensemble, mais à partir du plus petit dénominateur commun, en considérant qu'il y a des choses qui ne doivent jamais être abordées dans la sphère du public. Je ne suis pas en train de remettre en cause la laïcité, au contraire. La laïcité est un lieu dans lequel justement il devrait être possible à des personnes ne partageant pas les mêmes convictions, de vivre ensemble, d'échanger tout en restant ce qu'ils sont. Il ne s'agit pas de s'écraser au point de disparaître, mais non plus de sortir tout de suite l'arme de guerre pour tuer son prochain.

En fait, celui qui a la clé, c'est saint Paul. Saint Paul nous parle de la manière dont le Christ vit avec les hommes. Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, il y a deux mots importants dans ce passage, c'est le mot "fidélité", et le mot "miséricorde". Saint Paul dit que le Christ vit avec les hommes selon la fidélité vis-à-vis des promesses de Dieu faites aux juifs, et selon le mode de la miséricorde vis-à-vis des nations païennes. Dieu est avec chacun mais selon des modes différents. Selon la fidélité à toute épreuve que Dieu a voulu signer avec le peuple d'Israël, étant fidèle même quand le peuple est infidèle, et selon le mode de la miséricorde pour les gens avec qui il n'a pas formellement, selon l'Alliance mosaïque, signé un quelconque engagement. Le Christ sait s'adapter à chaque homme selon ce qu'il est pour trouver la fidélité qui permet à la fois de respecter l'identité et la personnalité de la personne, tout en étant en communion avec lui.

En fait, frères et sœurs, c'est véritablement là ce qui nous est annoncé à travers le mystère de la nativité du Christ et puis pendant ce temps de l'Avent. Nous sommes quelquefois perdus, et nous ne savons même plus exactement quelles sont les modalités par lesquelles il faut passer pour être avec Dieu. On se dit qu'on est baptisé, mais cela ne marche pas beaucoup donc, il n'y a plus rien à faire. Or le Christ est celui qui a cette énergie et cette intelligence pour trouver à chaque moment la possibilité de communion avec nous.

Frères et sœurs, que ce texte de l'épître aux Romains et du prophète Isaïe soient pour nous l'occasion de revisiter aussi ce que nous entendons pas le terme "Église", de ce Dieu qui tout autre, vient sur terre pour épouser son Église, pour épouser l'humanité. Le Christ a de l'Église, une conception beaucoup plus large que notre propre conception. Pour lui, ce qui compte, c'est d'être fidèle à l'engagement qu'il a pris avec chacun d'entre nous, mais c'est aussi de faire preuve d'une immense miséricorde vis-à-vis de tous les hommes.

Frères et sœurs, que cette célébration soit pour nous l'occasion de méditer sur cette fidélité et cette miséricorde infinie que Dieu accorde à tous les hommes.

 

 

AMEN

 

 

 
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