AU FIL DES HOMELIES

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AVENT : TEMPS DE L’ESPÉRANCE ET DU DESIR

Is 40, 1-5+9-11 ; 2 P 3, 8-14 ; Mc 1, 1-8
Deuxième dimanche de l'avent – Année B (7 décembre 2014)
Homélie du Frère Raphaël BOUVIER


I

l y a dix ans, bien des Français avaient pris un bain de fraîcheur grâce à un enfant au cinéma ; un petit acteur âgé de neuf ans qui jouait le rôle de Peppino dans le film Les choristes. J’espère que bon nombre d’entre vous ont vu ce film parce que je vais en parler un petit peu au début de cette homélie. Sinon regardez-le à nouveau en ce temps de l’Avent, c’est comme un beau conte de Noël.

Ce personnage attachant, Peppino, peut être en effet un symbole de lumière dans notre préparation à Noël. Ce petit garçon qui, dans le film, ne sait pas chanter dans un film qui s’intitule Les choristes – on pourrait dire qu’il n’a pas sa place. Il ne peut faire office que de pupitre pour tenir les partitions, mais c’est déjà ça. Sa vie n’est pas très drôle, mais elle est quand même pleine de lumière parce qu’elle est pleine d’un désir qui l’habite tout au long du film : le désir de la venue de son père. C’est pour cela que Peppino va, dès qu’il le peut, à la grille de son pensionnat, pour guetter l’arrivée de son père sans savoir le jour et l’heure. Un père qui l’a manifestement oublié, peut-être même abandonné. Et pourtant Peppino veille sans relâche, accroché à sa grille comme à  son désir. On pourrait se dire qu’il veille pour rien mais on n’oserait pas le lui dire, par peur de tuer son rêve et son espérance. L’espoir fait vivre, c’est bien connu. Mais un espoir déçu pourrait devenir encore plus cruel. Sans doute qu’on a eu raison de ne pas briser ce désir chez Peppino, parce que le briser, c’était lui enlever sa joie de vivre ; parce que le briser, c’était aussi ne pas comprendre qu’on obtiendrait un jour en plénitude ce que porte notre cœur au plus profond de lui-même.

La rencontre du Christ, c’est la fin de tous les espoirs déçus, c’est la découverte de Celui que mon cœur aime, que mon cœur cherche sans toujours le savoir. A force d’attendre, à la fin du film, Peppino a fini par trouver son papa, contre toute attente, sous les traits d’un visage inattendu, il est vrai : celui de son professeur de chant. Il a trouvé le regard d’amour qu’il cherchait, il a trouvé – et ce professeur de chant une fois de l’autre côté de la grille une fois que ce professeur est limogé, n’a pas eu peur de lui. Il n’a pas eu peur de donner à cet enfant, sans retenue, l’amour qu’il attendait, le prenant dans ses bras pour l’emporter dans l’autobus qui s’en va loin du pensionnat.

Nous sommes tous un peu comme Peppino en ce temps de l’Avent. Postés à la grille de notre vie, de notre monde. Le Seigneur que nous attendons continue de passer dans notre vie, sans trop savoir le jour et l’heure où Il passera, souvent avec un visage inattendu, ce qui fait qu’on a du mal à Le reconnaître. Dès le départ il nous a déconcertés en prenant les traits d’un tout petit enfant, d’un nouveau-né, qui naît dans une crèche, une étable à Bethléem. Le Dieu tout-puissant qui se fait vulnérable, entre les mains d’une mère, dans la nuit étoilée de Bethléem. Qui aurait pu imaginer que Dieu se rende accessible à ce point ? C’est notre désir ardent de Le rencontrer qui nous permettra de reconnaître aujourd’hui dans les signes qu’Il donne, la présence de Dieu, la présence de Celui qui nous aime de toute éternité.

Si je perds le désir de Le rencontrer, je perds la vue, je perds l’ouïe, je perds la lumière dans le regard. Perdre le désir, c’est perdre la vue, c’est perdre la lumière. C’est le désir vivant de l’amour qui donne un regard de lumière sur le monde malgré ses noirceurs. Pour renouveler cette joie, cette simplicité, cette fraîcheur, le temps de l’Avent nous invite à emprunter à nouveau le chemin de la simplicité évangélique, un chemin devenu chair en Jésus-Christ, un chemin qui nous invite à redevenir comme des petits enfants, en abaissant notamment nos montagnes d’orgueil et de prétention, nous dit Jean-Baptiste aujourd’hui.

Jésus a fait plus que de montrer le chemin, puisqu’à Noël Il est devenu cet enfant. C’est par là qui Il vient à notre rencontre, c’est par là que nous irons à la sienne. L’Avent nous prépare non seulement à fêter Jésus petit enfant, mais il nous projette en avant, tendus vers la venue dans la gloire de notre Sauveur à la fin des temps. Il nous semble parfois absent, notre Dieu, de ce monde, et de nos prières, comme un homme parti en voyage, nous disait dimanche dernier l’Evangile. Mais cette absence devient une grâce, une vraie grâce, pour susciter en nous le désir de Sa venue, presque la nostalgie de Sa venue. Il n’y a pas d’absence, il y a du trop-plein dans notre vie, nous ne désirons rien, nous ne désirons plus rien, et nous ne verrons pas le Christ qui passe, sous les traits d’un enfant, sous les traits d’un visage inattendu. Le danger, c’est donc de s’affadir, d’être désabusé, de ne plus rien attendre et de ne plus veiller.

La pédagogie de temps de l’Avent nous permet de saisir que le manque peut être créateur, re-créateur de désirs authentiques qui sont inscrits au plus profond de nous-mêmes et que rien ne peut éteindre, contrairement aux apparences. Que l’impression de son absence peut donc devenir le creuset en nous d’un désir insatiable, une soif intarissable, tant qu’Il ne manifestera pas les prémices de Sa venue dans la gloire. Pleins du souvenir vivant de ce que le Fils de Dieu a été dans la chair il nous faut guetter ce qu’Il sera dans la gloire, dans le rayonnement de Son amour qui viendra porter tous ses effets sur nos visages. Alors que le monde sera en dissolution dans le fracas et les embrasements de la peur , nous dit la deuxième lecture, Lui viendra comme un voleur , sans prévenir, sans crier gare, sans faire de bruit, et seul celui qui veillera sans se laisser emprisonner par la peur Le reconnaîtra.

Gardons vivant en nous le désir de guetter l’amour comme signe de Sa présence vivante et consolante au cœur du monde. Soyons nous-mêmes des signes de l’amour pour les autres au nom de Celui qui vient comme Il l’a promis, comme Il l’a promis, Que la figure ardente du Baptiste réveille en nous le désir de Sa venue car le Seigneur ne va pas tarder à tenir Sa promesse. Dieu tient parole. Il a tenu parole dans toute l’histoire du salut. Il tiendra à nouveau parole, et sans tarder, sans tarder, nous dit Saint Pierre dans la deuxième lecture. Le ciel et la terre passeront, Ses paroles ne passeront pas. Elles renouvelleront le ciel et la terre pour nous faire entrer dans un ciel nouveau, une terre nouvelle, parce que c’est sur Sa parole que le monde a été créé et fondé. Il n’est pas en retard. En son temps, en son heure, Sa gloire habitera notre terre : c’est Lui qui l’a promis, c’est Lui qui l’a promis, la vérité germera de la terre, et du ciel se penchera la justice. Accueillons à nouveau la Parole de Dieu pour qu’elle sème en nous cette certitude du retour de Jésus qui comblera tous les désirs de notre cœur

 
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