AU FIL DES HOMELIES

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LE MYSTÈRE DE L'ÉGLISE

Is 33 17-25

(11 décembre 2008)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Jérusalem : La vieille ville

F

rères et sœurs, j'aimerais simplement attirer votre attention sur un petit détail de l'oracle du prophète Isaïe. Isaïe est un prophète qui a un sens visuel extrêmement fort, beaucoup d'images, très expressives, et là dans cette vision qu'il reçoit et qu'il traduit ensuite dans un oracle et qu'il explique à son public, cette vision, c'est la vision du retour à Jérusalem. Sans doute Isaïe parle-t-il ici à des hommes qui sont exilés à Babylone, au bord des fleuves comme on le dit dans le psautier, et il leur ouvre une vision d'avenir. Il leur dit essentiellement ceci, on va contempler le roi dans sa beauté, voir un pays qui s'étend au loin et on ne verra plus le peuple insolent, le peuple qui parle la langue barbare. Cela veut dire que les assyriens qui vivent à Babylone à cette époque-là sont considérés comme ceux qui parlent la langue barbare et on ne sera plus dans un milieu où l'on ne parle pas la langue traditionnelle, l'hébreu. C'est déjà une promesse de libération. 

       Mais ensuite, IsaÏe continue en disant : "Contemple Sion, cité de nos fêtes, que tes yeux voient Jérusalem". C'est très beau parce que le prophète s'adresse à Sion qui est la colline, l'ensemble territorial sur lequel est bâtie Jérusalem. Pourquoi demande-t-on à la terre de contempler la ville ? C'est comme si l'on disait : contemple pays d'Aix, la ville d'Aix-en-Provence. Pourquoi un pays devrait-il contempler  les bâtiments, les maisons, les murs de la ville, cela paraît tout à fait étrange. Or ici, c'est voulu. Sion est effectivement la colline sur laquelle est bâtie Jérusalem. Cette colline signifie la permanence du terrain. Même si les assyriens ont déporté les habitants de la ville, même s'ils ont saccagé le temple, même s'ils ont saccagé les murs et les maisons, Sion reste. Pour les juifs exilés, le point de repère, c'est d'abord Sion, la terre, c'est l'allusion à la promesse que Dieu a faite. Il faut que la terre on puisse l'interpeller, elle est vraiment là au sens le plus fort du terme la terre mère. 

       Que lui dit-on de contempler ? On pourrait s'attendre à ce qu'on dise à Sion, à la terre : contemple la ville de Jérusalem, solide dans ses murailles, avec ses tours, ses forteresses, contemple  sa grandeur. Or, Isaïe ne dit rien de tout cela. Il dit simplement : "contemple cité de nos fêtes, que tes yeux voient Jérusalem, résidence sûre, tente qu'on ne déplacera pas". Que voit la terre ? Elle ne voit pas des murs, elle ne voit pas des pierres assemblées, elle voit une tente. C'est assez extraordinaire car le prophète voit la restauration de Jérusalem non pas comme une ville rebâtie comme avant, avec des bâtiments et des murailles, mais il dit que ce que la terre est invitée à voir, ce sont des gens qui retrouvent la condition de nomade, qui vivent sous des tentes. Mais ces tentes ont une caractéristique tout à fait particulière, au lieu d'être des tentes de gens errants, ce sont des tentes solidement enracinées, qu'on ne peut pas déplacer. C'est pour cela qu'il détaille et approfondit : "on n'en arrachera jamais les piquets". A la fois, c'est une tente, c'est immensément fragile, la tente est faite pour se déplacer plier le tout en une demi-heure, et là au contraire, c'est une tente pour garder la solidité et l'enracinement sur la terre qui était perdue. 

       Je trouve cette vision absolument extraordinaire parce qu'elle est tout à fait insolite. Je ne sais pas ce que les exilés ont pensé quand Isaïe leur racontait cette vision, ils ont dû se dire qu'il était un peu dérangé de la tête ! Il nous dit de retourner à Sion pour habiter sous des tentes, alors qu'ici nous sommes très bien logés, c'est un peu paradoxal. Et pourtant, cela veut dire une chose tout à fait extraordinaire, cela veut dire : l'Église. Quelque chose d'enraciné sur le sol, dans la terre, dans l'humanité, et qui cependant, a une structure capable de se déplacer. C'est le mystère de l'Église qui est la réalité d'un peuple qui vit nomade, mais qui vit quand même lié, enraciné dans cette terre. L'Église n'est pas un peuple qui vit dans un ailleurs, elle a des piquets de tente, elle est plantée dans le sol, dans la chair de l'humanité, dans la chair de l'histoire. C'est sa grandeur, à la fois, elle est plantée dans le monde et en même temps, elle est fragile, elle ne sera pas déracinée parce qu'elle repose sur la promesse de Dieu, mais elle est bâtie comme quelque chose de fragile. 

       C'est quand même un peu l'inverse qu'on a souvent essayé de faire. On a essayé de fragiliser le monde pour valoriser la solidité de l'Église. Isaïe ne dit pas exactement cela. Le monde, c'est Sion, c'est la terre, c'est la racine, c'est ce sur quoi cela repose, et l'Église c'est cette petite tente, humble et fragile, qui repose, mais à cause de la bienveillance et de la tendresse de Dieu ne sera jamais détruite. 

       Je trouve que cette parole d'Isaïe au moment où nous entrons dans le mystère de Noël et de l'Incarnation, c'est effectivement une chose très belle parce que Dieu a fait la même chose. Quand on dit dans le Prologue de saint Jean au verset quatorze : "Et le Verbe s'est fait chair, et il a demeuré parmi nous", c'est plus exactement, "Il a planté da tente". C'est exactement le même mot. Dieu a accepté la condition fragile mais enracinée dans la terre, dans l'humanité. C'est cela le paradoxe chrétien, et c'est cela que nous avons à vivre. 

       AMEN 

 

 
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