AU FIL DES HOMELIES

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MESSAGE DE BARUCH

Ba 4, 21-29

(10 décembre 1992)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

N

ous avons joué de la flûte, vous n'avez pas dansé nous avons entonné des chants de deuil et vous n'avez pas fait le deuil !" (Matthieu 11, 11-19) A travers cette petite phrase de Jésus, et surtout à travers la prophétie de Baruch, nous avons un aperçu assez étonnant sur notre statut d'existence chrétienne. La plupart des prophètes qui ont vécu le moment de l'Exil ont dit essentiellement dans leur message : vous vous êtes comportés vis-à-vis de Dieu comme des "gougnafiers" et vous n'avez que ce que vous méritez. Si vous aviez vraiment observé la Loi, si vous aviez observé l'Alliance, cela ne serait pas arrivé. On lit cela dans Jérémie, à longueur de pages. Et Baruch, qui est pourtant son disciple, ne dit pas la même chose. Baruch fait parler Jérusalem. Il faut imaginer ce qu'est Jérusalem à ce moment-là. C'est une ville qui tombe en ruine, des murs avec des brèches, des tours à moitié fendues et démontées par l'ennemi. Et il fait parler Jérusalem comme une mère qui dit à ses enfants : vous êtes partis, mais je sais déjà et j'en tressaille d'une joie incompréhensible, que vous reviendrez.

        Je trouve cette vision de l'Église et de notre existence absolument fantastique. A la fois Baruch ne cherche pas à nier le péché d'Israël, ils ont péché, ils payent ce péché, ils se sont détruits, abîmés et l'on en voit les résultats, mais dans le moment même où l'homme porte ce malheur, dans le moment même où il porte le poids de son péché, de son oubli de Dieu, de son éloignement de Dieu, il y a mystérieusement Quelqu'un qui se réjouit d'une assurance absolument invraisemblable : en réalité, vous reviendrez. Et c'est l'Église. C'est cela le mystère de l'Église.

        Depuis quelques siècles, nous avons une fâcheuse tendance à considérer toute la vie chrétienne comme une sorte de tête-à-tête de chaque individu avec Dieu. Cela nous vient en grande partie de la Réforme, mais cela a gagné beaucoup le catholicisme par le biais du Jansénisme. Je pense que c'est une catastrophe car évidemment, devant Dieu, nous sommes des personnes individuelles, mais nous sommes portés par quelque chose d'autre, qui est de notre côté, qui est de l'ordre des remparts de Jérusalem, de ses tours et de ses murailles, c'est le mystère de l'Église. Au moment même où nous faisons l'expérience de notre péché et des conséquences dévastatrices de notre péché, il y a en nous quelque chose qui est plus que nous-mêmes, qui se réjouit de ce que, au cœur même de ce péché, nous sommes pardonnés. C'est l'Église.

        Et le temps de l'Avent devrait être ce moment où, sortant de ce pur tête-à-tête de notre conscience avec Dieu devrait surgir en nous ce cri de Jérusalem : "Je sais que vous êtes déjà pardonnés", devrait surgir en nous cette appartenance ecclésiale qui fait que nous ne sommes pas là, tout seuls, à essayer de nous débrouiller avec notre salut, mais que nous sommes déjà portés par la consolation de Jérusalem. "Console-toi ! console-toi ! Consolez mon peuple". Dites à Jérusalem que son exil est fini, que son péché est acquitté !" C'est pour cela qu'on lit toutes ces paroles de consolation. C'est pour cela que le temps de l'Avent est éminemment ecclésial. Il y quelque chose, c'est l'Église, qui nous porte dans notre détresse, qui nous porte dans notre péché, qui nous porte jusque dans notre éloignement de Dieu, dans notre oubli de Dieu. Et ce quelque chose fait partie de nous-mêmes, un peu comme la tendresse d'une mère, cette espèce d'acharnement merveilleux de la tendresse et de la patience d'une mère pour son enfant, fait partie de cœur de l'enfant.

        C'est cela le mystère de l'Église. C'est cette présence irradiante du salut de Dieu à travers la figure humaine d'un peuple. Chacun des membres, pris individuellement, est un pécheur. Chacun de nous fait l'expérience de son oubli et de son éloignement de Dieu. Et en même temps chacun de nous fait partie de l'Église. L'Église est sainte et c'est pourquoi elle peut être consolatrice. Elle est sainte et c'est pour cela qu'elle peut voir ce que nous ne voyons pas au cœur de notre détresse. Et l'Église est nous-mêmes. C'est là la contradiction. Non pas simplement l'homme qui s'écarte de Dieu et Dieu qui essaie de rappeler l'homme. C'est vrai mais trop simple. C'est plus compliqué que cela. Dans l'humanité même, il y a quelque chose de saint, quelque chose qui est vraiment consolateur au grand sens du terme, quelque qui nous porte, quelque chose qui est nous-même mais plus que nous-même. Et c'est cela le mystère de l'Église.

       En recevant le corps du Christ puissions-nous voir s'affermir en nous cet amour maternel de l'Église qui nous porte, qui nous dit déjà que nous reviendrons dans le Royaume et dans l'amour merveilleux de la tendresse de Dieu, quoi qu'il arrive.

        AMEN


 

 
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