AU FIL DES HOMELIES

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ATTENDRE LA VENUE DE DIEU

Is 30, 27-32 ; Mt 17, 10-13

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

(11 décembre 2003)

Jeudi de la deuxième semaine de l'Avent

Walcourt : Basilique Notre-Dame
Le prophète Isaïe

F

rères et sœurs, laissons de côté pour aujourd'hui la figure de Jean-Baptiste. Je voudrais dire quelques mots du texte d'Isaïe que nous avons lu tout à l'heure et de celui que nous lisions hier et qui en est le pendant immédiat.

Ces textes d'Isaïe nous parlent souvent de la colère de Dieu, de son souffle qui est comme un torrent débordant et qui va secouer les nations. En même temps, Isaïe nous parle de son peuple proclamant: "Votre chant sera sur vos lèvres comme en une nuit de fête et la joie sera dans vos cœurs comme lorsqu'on danse au son de la flûte pour aller à la montagne du Seigneur". En effet, ce tableau de la colère de Dieu contre les nations et de la joie d'Israël, c'est la consolation que Dieu apporte à son peuple opprimé, écrasé, emmené en exil et qui est ainsi piétiné par les nations alentour. Car il faut bien comprendre que le peuple d'Israël est un tout petit peuple, pris en étau entre l'Égypte d'une part, la Syrie d'autre part, et sans cesse mis en servitude par l'un ou l'autre de ses voisins, et que donc la délivrance, la rédemption, le salut, prennent tout d'abord dans l'histoire d'Israël, cette apparence, cette manifestation de la libération des ennemis et des agresseurs. C'est pourquoi cette colère de Dieu qui n'est qu'une façon de parler, va à ceux qui écrasent, qui oppriment, et elle est le pendant de la libération des pauvres, des petits, des affligés.

Nous comprenons alors qu'à travers ces événements de l'histoire d'Israël qui jalonnent l'histoire du salut, ce qui nous est révélé, c'est que Dieu est celui qui délivre, et qui plus particulièrement vient pour les petits, pour les pauvres, pour les opprimés, pour leur apporter le salut, c'est-à-dire la liberté, la joie. D'où le texte que nous lisions aujourd'hui : "Peuple de Sion, tu n'auras plus à pleurer". Oui, l'histoire de ce peuple est une longue histoire de persécutions, de pleurs, de lamentations, et la délivrance que Dieu vient apporter à la terre tout entière, à l'humanité tout entière, tous les peuples, se manifeste d'abord symboliquement par le fait que Dieu essuie toutes les larmes des yeux de son peuple, symbole de ceux qui sont massacrés et écrasés. "Tu n'auras plus à pleurer. Le Seigneur va te faire grâce à cause du cri que tu pousses". Et ceci s'adresse à tous les pauvres, à tous les opprimés de la terre. Ceci s'adresse à nous dans la mesure où nous sommes ces pauvres écrasés, même si les ennemis qui nous écrasent sont plutôt les forces du mal, les puissances des enfers, nos propres péchés, si écrasés par notre péché, par notre faiblesse, notre pauvreté, nous crions vers Dieu, alors Dieu entendra et Il répondra. Dans l'angoisse, Il nous donnera le pain pour manger, et l'eau dans la détresse. Diieu va se révéler à tous les hommes, à tous ceux qui ont souffert, à tous ceux qui ont péché, à tous ceux qui ont été victimes de ce mal, qui les ronge de l'intérieur, qui n'est pas seulement une nation extérieure qui vous réduit en servitude, mais plus profondément cette puissance, ce Satan qui veut nous réduire intérieurement en servitude, Dieu vient nous en délivrer. Et d'ailleurs, Il dit à son peuple que non seulement il sera délivré des ennemis, mais : "Tu jugeras impur le placage de tes idoles, tu les rejetteras". Ici, il s'agit bien d'une délivrance non pas d'ennemis extérieurs, mais de cet ennemi intérieur qu'est l'idolâtrie, qui est toujours rampante dans le cœur d'Israël comme dans nos cœurs, et le Seigneur vient pour nous libérer. "Il donnera la pluie pour la semence, le pain produit du sol sera riche et nourrissant".

Cette délivrance n'est pas seulement un événement de l'histoire, comme Israël a pu connaître à certaines périodes, mais c'est surtout la délivrance globale, finale, totale de l'humanité. En effet, les accents de cet hymne qu'entonne Isaïe prennent une dimension eschatologique : "Sur toute haute montagne et sur toute colline élevée, il y aura des ruisseaux et des cours d'eau, quand s'écrouleront les forteresses". Et puis, voici l'image qui ne peut se réaliser qu'à la fin des temps : "La lumière de la lune sera comme celle du soleil, et la lumière du soleil sera sept fois plus forte au jour où le Seigneur pansera la blessure de son peuple". Et c'est nous son peuple, c'est l'humanité tout entière et : "Il guérira la trace des coups reçus".

Frères et sœurs, pendant ce temps de l'Avent nous ne faisons pas seulement mémoire de la venue du Christ, il y a deux mille ans à Bethléem, mais nous sommes tournés vers cet accomplissement de l'histoire, quand Dieu essuiera tout larme de nos yeux, quand Dieu pansera nos plaies, quand Dieu répandra, fera ruisseler l'eau de sa grâce sur l'humanité tout entière, quand Il nous prendra dans cette lumière qui est seulement symbolisée par la lumière du soleil et de la lune mais qui est une lumière spirituelle infinie et sans limites, cette lumière sept fois plus forte que toute lumière imaginable, et la miséricorde de Dieu qui vient pour panser toute blessure, pour guérir toute maladie. Que notre regard se tourne vers ce Seigneur qui vient, que nous sachions attendre sa miséricorde, attendre sa consolation, attendre sa venue qui nous comblera.

 

AMEN


 

 

 

 
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