AU FIL DES HOMELIES

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LE ROYAUME DE DIEU SOUFFRE VIOLENCE

Is 30, 19-26 ; Mt 11, 12-19

Jeudi de la deuxième semaine d'Avent – B

(10 décembre 1981)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

'évangile de ce jour reprend des réflexions très proches de ce que le texte de hier nous annonçait. En effet, le Christ continue de définir sa mission par rapport à celle de Jean-Baptiste, ou plus exactement celle de Jean-Baptiste par rapport à sa propre mission. Nous avons essayé hier de voir comment Jean-Baptiste représentait toute l'attente de l'humanité ancienne, toute l'attente du vieil homme, l'attente des prophètes l'attente de l'Ancienne Alliance, dans cette espèce d'imminence et de proximité qui fait qu'il n'y a pas véritablement rupture mais une continuité très profonde entre l'Ancienne Alliance. Même s'il y a plusieurs alliances, il n'y a qu'un dessein de Dieu. Et ne pas reconnaître le rôle de Jean-Baptiste, c'est purement et simplement s'exposer à ne pas reconnaître du tout le dessein de Dieu, l'unique dessein sauveur de l'amour de Dieu sur nous.

Aujourd'hui, le Christ parle encore de cette place de Jean-Baptiste et de la sienne propre en disant ceci qui peut nous paraître curieux : "Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu'à maintenant, le Royaume de Dieu souffre violence." C'est effectivement curieux parce qu'on ne voit pas, à priori, ce que peut signifier cette violence. Pour nous qui avons plutôt une mentalité de pacifiques, nous pensons que la violence est une chose tout à fait désagréable ou mauvaise et nous sommes surpris de trouver sur la bouche du Christ des paroles comme celles-ci : "Le Royaume de Dieu souffre violence". Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire deux choses.

La première, c'est que, depuis les jours de Jean-Baptiste, Dieu a opéré comme un coup de force, à l'intérieur de l'histoire du monde. En effet, à partir du moment où le Baptiste montre au peuple que le Seigneur vient, que Dieu intervient dans notre histoire, il manifeste que Dieu fait un véritable coup de force, une sorte d'irruption brutale, tout à fait inattendue malgré notre espérance, parce que le Royaume qu'Il vient apporter est infiniment au-delà de ce que nous pourrions attendre ou pressentir. C'est le premier aspect de cette violence. C'est pourquoi il souffre violence, au sens où, dans sa manière même d'entrer dans le monde, Il entre par la force. Dieu vient pour ainsi dire, nous provoquer à la conversion, Dieu vient nous provoquer à ce changement profond de notre vie.

Mais la deuxième chose, c'est que le Royaume de Dieu souffre violence au sens où Il rencontre la violence des hommes. C'est-à-dire, à partir du moment où Jean-Baptiste prêche, à partir du moment où le Christ Lui-même annonce le Royaume de Dieu et le propose aux foules. Dès ce moment-là, se cristallise la violence de la résistance du péché du monde, des hommes, de la dureté du cœur et du fait de ne pas vouloir entendre et accueillir la parole de Dieu. C'est pourquoi il ne faut pas nous étonner si, à certains moments, notre vie de chrétiens nous apparaît comme une sorte d'épreuve de violence, dans laquelle le problème n'est pas tant que nous allons nous défendre à la force du poignet, car d'une certaine manière, le combat des deux violences qui s'affrontent est d'une intensité qui nous dépasse de tous les côtés. C'est à la fois cette violence de Dieu qui ne veut pas nous perdre, qui ne veut pas nous lâcher. Dieu est violent parce qu'Il est tenace, non pas de cette violence qui est brutalité, qui écrase, mais de cette violence qui est la force de la puissance de Dieu Sauveur, la violence qu'Il a manifestée dans le fait d'aller jusqu'à affronter la mort sur la croix pour nous. C'est pourquoi notre foi chrétienne ne doit pas être cette espèce de tiédeur alanguie, de consistance pâteuse de la guimauve qui se laisse façonner par n'importe quelle idée et par n'importe quel courant de pensée. Nous sommes chrétiens, c'est-à-dire que nous sommes d'abord des vertébrés, que nous tenons debout, par la puissance de la Résurrection du Christ et qu'à certains moments, il y a une certaine violence qui doit exister dans notre vie, ne serait ce que pour défendre notre propre identité de chrétiens et pour l'affirmer, sans en avoir peur, non pas pour écraser, mais parce qu'il y a une certaine force, une certaine violence de la part de Dieu, de laquelle nous n'avons pas à rougir.

Et deuxièmement il y a aussi en nous cette violence qui naît du plus profond de notre cœur et qui est toute la résistance du vieil homme, qui est tout ce que nous ne voulons pas recevoir de Dieu, toute cette carapace de solidité de marbre qui ne veut rien savoir, qui ne veut pas s'ouvrir, qui n'accepte pas d'être brisée par l'appel de Dieu et par la force de sa présence. C'est pour cela que, la plupart du temps, notre vie chrétienne nous apparaît comme un combat, non pas un combat que nous mènerions mais un combat que Dieu mène contre nous-mêmes, car il n'y a que lui qui peut en venir à bout.

Qu'en attendant la venue du Seigneur, qu'en attendant ce moment où Il se manifestera dans sa gloire, nous sachions tenir debout dans le combat. Que nous sachions que désormais, que nous le voulions ou non, le Royaume de Dieu souffre violence en nous, et autour de nous. Et qu'au lieu de lâchement nous enfouir dans une fausse tranquillité et dans de fausses consolations, nous ayons le courage de faire face à ce combat auquel Dieu veut nous associer. C'est à ce prix-là que nous aurons vraiment une paix qui ne soit pas celle des cimetières, mais une paix qui soit vraiment la concorde et la véritable harmonie que Dieu veut établir entre tous les hommes dans l'unité de son amour.

 

AMEN

 
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