AU FIL DES HOMELIES

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PRÉPARER NOËL

Ba 5, 1-9 ; Jn 5, 33-36

Jeudi de la deuxième semaine de l'Avent – C

(12 décembre 1985)

Homélie du Frère Michel MORIN

J

 

ean a témoigné de la vérité. La vérité, c'est le témoignage de Jésus. C'est pour cela qu'il peut dire aux pharisiens et aux scribes : "Si vous vous êtes vraiment réjouis un instant dans votre cœur de la présence de Jean, il faut maintenant aller au bout de son témoignage qui est de reconnaître mon témoignage." Et le témoignage de Jésus, c'est l'œuvre que le Père veut faire en Lui.

Tous ces jours, la liturgie de l'Avent oriente notre regard vers cet événement du témoignage du Christ qui est son Incarnation, sa mort, sa Pâque, accomplissant ainsi ce que nous appelons le mystère de la rédemption, du salut des hommes qui est tout simplement, comme le suggérait Baruch de "redonner à l'homme sa beauté première" en le revêtant non pas simplement de l'image selon laquelle il a été crée, l'image du Fils, mais de la chair même du Fils. Les prophètes orientent notre regard vers l'événement historique, vers le témoignage réel, concret, charnel du Fils dans notre terre, dans notre humanité. Et à partir de sa reconnaissance dans la chair humaine, nous reconnaissons qu'Il est porteur de la vérité du Père, en tant que Fils de Dieu.

Mais Jésus a aussi dit à ses disciples : "Vous ferez des signes plus grands que ceux que Je fais." Cela veut dire : vous aussi, vous porterez un témoignage plus grand que le mien propre. Plus grand veut dire non pas supérieur à celui de Jésus, mais le témoignage des apôtres s'étendra de façon beaucoup plus importante dans le temps et dans l'espace que celui du Christ qui est resté circonscrit à quelques années et une aire géographique très restreinte. Et c'est l'Eglise, les apôtres qui sont chargés de donner à ce témoignage sa véritable grandeur, sa véritable dimension qui est d'atteindre le cœur de tous les hommes.

Nous avons chanté comme antienne du Psaume : "Sans Te voir encore, nous tressaillons de joie. Déjà remplis de Ta gloire, nous attendons Ta venue." Se préparer à célébrer Noël c'est reprendre, de façon beaucoup plus profonde, beaucoup plus aiguë au plan spirituel, la véritable réalité de ce que nous allons fêter. Nous célébrons de fait la naissance historique de Jésus. Nous nous rappelons ce qui s'est passé cette "fameuse nuit" où le "Verbe s'est fait chair". Pendant la messe de Minuit, nous allons relire les circonstances. Nous allons rappeler toute la généalo­gie humaine de Jésus et nous allons nous réjouir de cet anniversaire. Mais nous ne célébrons pas qu'un anniversaire. Nous ne faisons pas seulement mémoire d'un événement passé, comme lorsque nous célébrons l'anniversaire de nos parents ou de nos enfants. Car à ce moment-là, nous rappelons le jour où ils sont nés, et puis c'est tout. Ils ne naissent plus, ils vieillissent un peu plus année après année. C'est une dimension essentielle de la célébration de Noël, mais pas unique.

Nous célébrons aussi le fait, et cela c'est propre à la naissance du Christ, cela ne s'adapte à aucune autre naissance humaine, nous célébrons cette réalité que le témoignage du Christ dans sa naissance, se renouvelle à chaque instant pour chaque homme qui le veut bien. Nous célébrons un événement passé, nous célébrons un événement présent et nous célébrons un événement à venir, la seconde venue du Christ, on pourrait dire sa naissance dans la gloire, la naissance de toute chair dans son témoignage. "Toute chair verra le salut de Dieu" disait Jean-Baptiste dans l'évangile de dimanche dernier. Il faut donc bien prendre conscience de ce à quoi nous nous préparons. Ce ne sont pas uniquement des préparatifs d'anniversaire comme d'autres célèbrent Lépante ou Austerlitz qui n'ont plus de réalité immédiate aujourd'hui. Nous célébrons un événement historique d'hier, un événement historique d'aujourd'hui qui est le même : la naissance du Christ dans notre propre chair qui est devenue la crèche, et plus que la crèche, qui est devenue son corps.

Et nous célébrons l'accomplissement qui interviendra à la fin des temps, lors de la seconde venue du Christ, non plus dans la pauvreté de la chair misérable, mais dans la gloire de la chair ressuscitée. Si nous ne préparons pas Noël dans cette triple dimension, nous ne sommes pas chrétiens. Nous sommes sociologiquement chrétiens parce que nous nous rappelons un événement passé, mais nous n'entrons pas dans la réalité et la vérité de cet événement passé qui est de s'accomplir aujourd'hui encore, avec autant de réalité, et dans le cœur de chacun c'est-à-dire dans un témoignage plus grand que celui-là même qui fut restreint au corps du Christ, à ses gestes, à ses paroles.

Alors "Sans Te voir encore". De fait nous ne voyons pas le Christ comme la vierge Marie, les bergers, les mages, Joseph l'ont vu. Mais "nous tressaillons de joie. Déjà remplis de Ta gloire, nous attendons Ta venue." Je vous invite, en vous rappelant ces trois dimensions à tressaillir de joie en rappelant la venue du Christ il y a deux mille ans, à tressaillir de joie en contemplant son témoignage aujourd'hui lorsqu'Il naît dans la vie de l'Eglise, lorsqu'Il grandit dans la vie des croyants, lorsqu'Il est annoncé par quelque ange mystérieux dans le cœur d'hommes, de femmes, de jeunes qui ne l'attendent pas, mais qui peut-être pressentent qu'il y a dans leur vie une naissance prochaine, inattendue, de quelqu'un qu'ils ne connaissent pas, qu'ils n'attendent pas, mais qui Lui les attend pour naître en eux. Notre regard de joie, notre tressaillement d'allégresse, ce n'est pas seulement un souvenir du passé, ce n'est pas seulement une attente de l'avenir, mais c'est aussi aujourd'hui que se réalise ce que nous célébrons d'hier et de demain.

Nous devons porter, dans notre regard comme dans notre cœur, nous devons nous porter vers la naissance du Christ d'hier avec foi, mais nous devons aussi regarder la vie de l'Église d'aujourd'hui avec autant de foi et avec autant d'allégresse, et avec autant d'espérance, car le Christ ne serait pas Dieu s'il ne naissait pas encore aujourd'hui dans votre cœur, dans le cœur de vos frères, de vos proches, de ceux que nous traitons d'incroyants, d'athées, d'agnostiques et qui, peut-être, sans que nous le sachions, pressentent, se réjouissent de quelque chose qu'ils ne connaissent pas, qu'ils ne voient pas, encore moins que nous, mais dont ils soupçonnent l'importance.

Oui, préparons-nous à la célébration de Noël en nous réjouissant qu'aujourd'hui Noël soit l'espérance, la vie profonde, la vérité de l'Église que nous sommes. Et cela doit transformer notre vie en Église aujourd'hui, car si le Christ naît en nous et dans notre frère, le regard que nous portons sur notre frère est complètement différent, puisqu'il est le lieu où le Christ vient naître. Alors notre frère devient un sujet de contemplation, comme la vierge Marie contemplait son enfant en méditant toutes ces choses dans son cœur. Si nous avions ce regard de Noël les uns sur les autres, et chacun sur lui-même, ce serait déjà la venue du Royaume de Dieu. "Sans le voir" nous pourrions nous en réjouir et nous attendrions dans un désir encore plus fort son accomplissement total dans la totalité de tous les hommes, dans la formation de cet homme nouveau qui ne sera pas simplement le Christ, mais qui sera le Christ comme tête avec tous les hommes comme son corps. Ce sera alors l'achèvement total du mystère de la naissance du Christ, pas simplement à Bethléem, mais dans l'humanité.

AMEN


 
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