AU FIL DES HOMELIES

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VIOLENCE ET DOUCEUR

Ba 4, 5-12+16-20 ; Mt 11, 12-19

Jeudi de la deuxième semaine de l'Avent – C

(10 décembre 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le van du vanneur (Samarie)

J

usqu'à Jean, le Royaume souffre violence". Frères et sœurs, à travers les deux paroles que nous venons d'entendre qui sont deux paroles de Jésus à l'occasion de questions sur Jean, nous avons un des témoignages les plus intéressants et les plus précieux du jugement précisément, de Jésus, sur celui qui a été considéré comme son annonciateur. On ne comprend pas toujours ce que signifie toute cette affaire, soit de la violence du Royaume, soit des gens qui jouent de la flûte, ou des chants de deuil, et personne ne danse ou ne pleure.

En réalité, il semble que ces deux textes montrent assez clairement que Jésus s'est très tôt démarqué de Jean-Baptiste. En effet, tous deux avaient comme souci d'annoncer le Royaume. La prédication de Jean nous la connaissons, c'est : convertissez-vous, recevez le baptême, déjà la cognée est à la racine des arbres, le maître vient tenant la pelle à vanner. Et effectivement la prédication de Jean-Baptiste est une prédication de la violence de la venue du Royaume. Comme le Royaume vient avec violence, il vient comme du feu, comme de l'ouragan qui sépare les balles du bon grain, il vient comme la colère, Jean-Baptiste lui-même adopte un comportement violent, c'est-à-dire qu'il demande aux gens de se faire violence pour être prêts pour la venue du Royaume. Donc toute la prédication de Jean a cette tonalité d'une sorte de force, d'imminence, de danger, de risque. On dirait que le moment de la venue du Royaume est quelque chose de terrible. Jésus le souligne en disant : Jean n'est pas le premier, il est l'accomplissement de la parole des prophètes de l'Ancien Testament. Comme vous le savez, les prophètes de l'Ancien Testament, quand ils ont parlé du "Jour de Dieu", c'était toujours un jour violent. C'est resté dans cette séquence de l'office des morts : "Dies irae, dies illa", jour de colère que ce jour-là. C'et une prophétie qui est reprise là.

L'attitude de Jean est de montrer que l'homme par rapport à la venue du Royaume est dans un rapport de combat, de lutte, de danger, et finalement comme le dit Jésus lui-même alors que jamais Jean n'a utilisé ce terme-là, un rapport de violence. Or, précisément pourquoi Jésus dit-il cela ? C'est parce que lui-même n'a jamais annoncé le Royaume et sa venue comme un phénomène de violence. Il a dit des choses comme : Le Royaume de Dieu est au milieu de vous, le Royaume de Dieu est annoncé aux pécheurs, le Royaume de Dieu est tout proche. Mais on ne peut pas dire que la prédication de Jésus sur le Royaume ait cette tonalité du combat et de la violence. Là où Jean prêche au désert, Jésus va dans les villes et les villages. Là où Jean demande la radicale conversion, la lutte contre tous les penchants mauvais, Jésus plein de miséricorde, prêche le pardon pour les pécheurs. Le pardon n'est pas un phénomène de violence, il est un phénomène dans lequel le cœur se convertit et est touché par la miséricorde de Dieu.

Donc, on comprend que lorsqu'on demande à Jésus : comment toi, te situes-tu par rapport à Jean ? Jésus précisément oppose à la violence de Jean, peut-être pas exactement la douceur, mais en tout cas la proximité et la miséricorde du Royaume. Sans doute que ce qui a fait la bascule entre la prédication de Jean qui est une prédication du Royaume, et celle de Jésus, qui est aussi une prédication du Royaume, c'est la manière de concevoir la venue du Royaume. Jésus à cause de cette opposition explique ensuite aux pharisiens et aux gens qui l'écoutent qu'ils n'ont compris ni l'un ni l'autre. Les enfants qui ont joué de la flûte, c'est le Christ, et ceux qui ont chanté les chants de deuil, c'est Jean-Baptiste. Le public n'a compris ni les enfants qui jouent de la flûte pour danser, ni celui qui entonne les chants de deuil pour faire la lamentation. Autrement dit l'auditoire n'a compris ni le message de Jean manifestant la violence du Royaume qui vient, ni le message de Jésus manifestant la douceur, la miséricorde et le pardon du Royaume tels que lui l'annonce au milieu du peuple. Cependant, et c'est cela que Jésus essaie de faire voir dans la dernière phrase, la sagesse a été justifiée par ses œuvres, Jésus dit : aussi bien Jean que moi, nous avons par notre prédication différente, et spécifique pour l'un comme pour l'autre, nous avons notre place dans la sagesse du plan de salut de Dieu.

Frères et sœurs, c'est sans doute ce qui explique qu'il y ait eu encore pendant une ou deux générations des disciples de Jean parce que c'était une question cruciale qui était posée : comment nous situons-nous par rapport à la venue du Royaume ? Et l'on comprend qu'il y ait eu dans le peuple d'Israël, au-delà de la mort de Jean, des petits groupes qui ont continué à vivre la venue du Royaume comme une violence.

Mais surtout, je crois que ce que nous devons comprendre, c'est que nous, nous sommes invités à travers cette prédication de Jésus, à reconnaître les signes de la venue du Royaume. C'est précisément ce que Jésus fera ensuite à travers l'évangile, chaque fois que Jean-Baptiste ou les pharisiens ou des hommes d'autres provenances lui demanderont des signes du Royaume, le Seigneur les renverra toujours à leur intelligence et à leur accueil personnel du Royaume pour essayer de déterminer, d'en discerner la vérité et la profondeur.

Aujourd'hui encore, cet appel du Christ est valable pour chacun d'entre nous. Etre chrétien, c'est aussi savoir discerner à tout moment un Royaume qui vient et qui peut avoir parfois l'une ou l'autre configuration. C'est toujours notre propre liberté et notre propre sagesse et notre propre foi qui sont interrogées par là.

 

AMEN

 

 

 
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