AU FIL DES HOMELIES

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SENS DU MINISTÈRE DE JEAN-BAPTISTE

Jr 33, 14-22 ; Mt 17, 10-13

Jeudi de la deuxième semaine d'Avent – A

(11 décembre 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

es deux ou trois versets que nous venons d'entendre dans cet évangile nous paraissent bien mystérieux et bien difficiles à compren­dre. En réalité, c'est vrai qu'ils sont difficiles à com­prendre car il s'agit de la place et du sens du ministère de Jean-Baptiste.

La plupart du temps, quand on parle de Jean-Baptiste, on pense à celui qui a désigné le Christ à Israël en disant : "Faites bien attention ! C'est Lui !" de telle sorte qu'on l'appelle le Précurseur, c'est-à-dire celui qui court au-devant du Messie, ou on l'appelle aussi le héraut c'est-à-dire celui qui montre du doigt et qui annonce : "Voici l'Agneau de Dieu !". Mais en réalité, si dans l'évangile et dans la première commu­nauté chrétienne on a tellement attaché d'importance à Jean-Baptiste, c'est qu'il y avait une raison très précise et c'est ce qui nous est livré par le texte que nous ve­nons de lire.

Les disciples ont été témoins de la Transfigu­ration de Jésus. Ils ont vu Jésus entre Elie et Moïse, dans la gloire. Ensuite, c'est sans doute la raison pour laquelle ils posent la question du Christ : "Que disent donc les scribes, qu'Elie doit venir d'abord ?" Cela veut dire, au fond, de la part des disciples : "Est-ce que ce n'est pas tout à l'heure à la Transfiguration qu'Elie est venu, et par conséquent, le Royaume est définitivement installé" ? Et l'on pourrait s'attendre à ce que Jésus dise : Il n'y a pas de problème, vous avez vu Moïse, Elie, la Loi, les prophètes, et Moi j'étais au milieu d'eux et j'accomplissais toutes choses. Or Jésus ne dit pas effectivement tout est réglé, Elie est revenu et maintenant on peut installer tranquillement le Royaume. Jésus Lui-même renvoie le retour d'Elie à Jean-Baptiste. Il dit aux disciples : Ne croyez pas que l'apparition d'Elie tout de suite était quelque chose de décisif pour la venue du Royaume. Ce qui a été déci­sif, c'est que Elie est revenu en la figure de Jean-Bap­tiste, car Matthieu dit à la fin : "Alors les disciples comprirent que ses paroles visaient Jean-Baptiste." Qu'est-ce que cela veut dire ?

Elie était attendu pour reconstituer le peuple dans sa plénitude pour qu'il puisse accueillir le Mes­sie. Le rôle d'Elie c'était de restaurer Israël dans sa foi, dans son amour, dans sa cohésion. C'était préci­sément ce qui était prophétisé par ailleurs que "Elie reviendrait pour tourner le cœur des pères vers les fils et le cœur des fils vers les pères" c'est-à-dire re­constituer un peuple qui "tienne bien" dans l'amour filial, dans l'amour paternel, un peuple qui soit vrai­ment un peuple dans lequel on ne se déchire plus. Et bien, dit le Christ, Jean-Baptiste devait venir faire cela. Il devait venir redonner à Israël une véritable plénitude telle que Dieu l'avait voulue pour lui depuis toujours, de telle sorte qu'alors le Messie puisse venir et se manifester en plénitude.

Autrement le travail de Jean-Baptiste n'était pas seulement de dire : "Attention ! voilà le Messie !" comme un poteau indicateur avant un virage dit : "Attention, virage à gauche ou virage à droite !" Mais la fonction de Jean-Baptiste, et c'est pour cela qu'il prêche la conversion, c'est de remettre sur pied ce peuple. Et alors le Christ explique : Jean-Baptiste a échoué dans sa mission. Il n'a pas pu la réaliser puis­qu'on l'a tué. Donc le Précurseur, comme tel, a échoué dans la mission qui lui était confiée de ré-instituer, de réintégrer le peuple dans sa plénitude. Et le Christ ajoute : "Et pour Moi-même, le Fils de l'Homme, ce sera le même échec", car immédiatement après la Transfiguration, le Christ explique à ses disciples qu'en réalité au lieu de partir dans une "affaire qui marche" c'est-à-dire un Israël totalement restauré dans sa plénitude, converti et touché au plus intime de lui-même par la parole de Jean le Baptiste et totalement prêt à accueillir le Seigneur, on a affaire à un peuple qui, finalement refuse la prédication du Baptiste puis­que c'est Hérode qui le fait tuer. Et deuxièmement on a affaire à un peuple qui mal préparé, d'une certaine manière, ne pourra pas accueillir le Messie comme il devrait l'être.

C'est pourquoi le Messie sait qu'il va marcher vers la mort à travers son propre peuple pour lequel, pourtant, Il est venu. Et c'est là effectivement que les disciples commencent à être introduits dans le mys­tère véritable du salut du Christ. Ce salut viendra par l'échec d'une mort, par le fait que Celui-là même qui devait rencontrer le peuple bien disposé rencontrera en réalité un peuple que Jean-Baptiste n'a pas eu le temps dans sa mission de précurseur de totalement bien disposer, et que le Seigneur Lui-même avancera au-devant d'un échec. Il sera rejeté "par le peuple et les nations" l'alliance des grands prêtres et de Ponce-Pilate. Mais c'est là où le Christ épouse jusqu'au fond le salut de l'humanité, jusque dans sa mort. Lorsqu'Il entre dans cette mort, il ne renonce pas à épouser l'humanité, même dans l'inimitié, même dans le refus du Messie, et ce qui était mort, ce qui de notre part était destruction, manifestation de notre péché va de­venir l'occasion de la grâce surabondante de la Résur­rection.

C'est pourquoi lorsque nous méditons sur la figure de Jean-Baptiste nous méditons sur le mystère de notre propre manière d'accueillir Dieu. Nous de­vrions être à nous-mêmes et pour les autres un Jean-Baptiste, c'est-à-dire quelqu'un qui demande, qui ap­pelle, qui invoque cette bonne disposition pour ac­cueillir le Messie. Mais en réalité, nous savons que cela passe toujours par une aventure de refus, de pé­ché et de mort, et que c'est au cœur de ce refus et de cette mort que le Christ vient et qu'Il ressuscite pour nous ressusciter.

Qu'en cette eucharistie, qu'en ce temps où nous préparons à la rencontre du Seigneur nous sa­chions avec certitude et avec foi que même si nous rencontrons le Seigneur dans notre mort et par notre mort, c'est en réalité avec Lui que nous mourrons pour vraiment ressusciter avec Lui.

 

AMEN

 

 

 
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