AU FIL DES HOMELIES

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LE RETOUR D'ÉLIE

Is 30, 19-26 ; Mt 17, 10-13

Jeudi de la deuxième semaine d'Avent – B

(10 décembre 1987)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

es disciples demandent à Jésus : Que disent donc les scribes qu'Elie doit venir d'abord ?" On comprend l'arrière-fond de cette question pour les disciples. Ils ont été les témoins de la Transfiguration et ils ont vu Jésus parler de son Exode à Jérusalem avec Moïse et Elie. Immédiatement leur pensée, leur conscience de juifs bien informés les ramène à une tradition que les scribes exploitaient pour déterminer le moment de l'irruption de Dieu dans l'histoire du monde, tradition qui remontait au prophète Malachie : "Je vais vous envoyer Elie le prophète avant que n'arrive le Jour du Seigneur, grand et redoutable. Il ramènera les cœurs des pères vers leurs fils et le cœur des fils vers leurs pères, de peur que Je ne vienne frapper le pays d'anathème."

Ce texte, à l'époque de Jésus, était hautement apprécié, abondamment lu et commenté, parce qu'il avait une valeur d'indication pour savoir comment se comporter vis-à-vis de la fin des temps. Pourquoi Elie devait-il avoir un rôle si important ? C'est assez sim­ple. Elie avait été, en Israël, le prophète qui, par tous les actes et tous les gestes miraculeux que Dieu lui avait donné de poser, avait manifesté à Israël que le peuple et sa terre appartenaient à Dieu et non pas aux baals. Elie avait été le prophète de la fidélité de l'Al­liance. Israël ne pouvait pas appartenir à d'autres dieux puisque, précisément, il était le peuple de Dieu. Par conséquent, le peuple, mesurant son péché, mesu­rant sa déchéance au fil des siècles, par rapport à cette appartenance et à cette consécration au mystère de l'amour de son Dieu, avait obscurément compris qu'il fallait, à un moment ou l'autre, avant la venue même du jour du Seigneur, qu'Elie revienne. C'est-à-dire qu'il remette en place, en situation, la vérité même du peuple d'Israël, qu'il rappelle à Israël que la terre et le peuple appartenaient à Dieu. Et alors seulement, lors­que Elie aurait accompli cette tâche, alors pourrait avoir lieu "le jour du Seigneur" c'est-à-dire le moment où Dieu en personne ferait corps avec le Jour, c'est-à-dire avec le temps des hommes, et ainsi lui donnerait sa plénitude.

Et les disciples, lorsqu'ils posent la question à Jésus, ont dans l'esprit cette nécessité qu'Israël de vivre vraiment consacré à son Dieu, dans l'apparte­nance totale au service de Dieu. Et Jésus répond : "Elie est venu, c'est Jean-Baptiste !" Par là, Il nous fait comprendre la grandeur du ministère de Jean-Baptiste. Qui est Jean-Baptiste ? Il est celui qui, comme vous l'avez remarqué, dit le prophète Mala­chie, " retourne les cœurs des fils vers leurs pères et des pères vers leurs fils", c'est-à-dire il a une œuvre de réconciliation en Israël. "Convertissez-vous!" Toute la prédication de Jean-Baptiste demande que le cœur des uns se tourne vers les autres, non pas pour se fermer sur lui-même, mais pour obéir au précepte de la Loi. Ainsi donc le premier rôle de Jean-Baptiste est d'appeler Israël, de reconstituer Israël dans sa vérita­ble nature de peuple de l'Alliance. Mais ce qui est le plus grand aspect de la prophétie de Jean-Baptiste c'est qu'en faisant cela, il annonce certes la venue du "Jour du Seigneur" mais en même temps il confesse, par sa mort, par son supplice, le fait que "Celui qui doit venir" et qu'il a désigné explicitement à Israël, doit aussi être un "Messie souffrant". Et c'est la raison pour laquelle Jésus prend soin d'expliquer d'une part que Jean-Baptiste est Elie, car il remet le cœur des fils vers les pères et le cœur des pères vers les fils, mais en même temps que, s'il n'a pas été reconnu dans sa tâche, alors Celui qu'il annonçait ne sera pas davantage reconnu, le Fils de l'Homme aura, Lui aussi, à souffrir d'eux.

C'est à ce moment-là que commence à se des­siner le véritable destin messianique, à la fois de Jésus bien sûr venu pour nous sauver, mais également du fait que, pour Israël, son Messie doit prendre la figure d'un souffrant. Et que celui-là même qui est Elie, Jean-Baptiste, celui qui prépare Israël, doit par le geste ultime de sa vie, doit par sa mort, manifester que cette œuvre messianique s'accomplira dans la souffrance. Pour les disciples c'est évidemment un premier pas vers une aventure qu'ils ne soupçonnaient pas. Et pour nous aussi, c'est depuis notre baptême, un pas que nous devons faire chaque jour, car rien n'est plus facile à admettre que Celui-là même qui est le Messie qui vient nous visiter, qui vient nous sauver, que cela puisse s'accomplir par sa mort et par sa souffrance.

Demandons au Seigneur que la manière dont Il prépare notre cœur à sa venue nous fasse mesurer vraiment ce que veut dire "la venue du Sauveur, la venue du Messie". Non pas simplement le couronnement des désirs de l'homme, mais la conviction que l'œuvre du Messie en nous ne peut s'accomplir que par cette œuvre de mort, de participation à ses souffrances.

 

AMEN

 

 

 
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