AU FIL DES HOMELIES

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CARACTÈRE IDENTITAIRE DE L'AUTORITÉ

Ba 4, 30-37 ; Mt 21, 23-32

Jeudi de la deuxième semaine d'Avent – B

(12 décembre 2002)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

I

l est très rare dans l'évangile que Jésus face comme nos amis jésuites, de répondre à une question par une autre question : quand on lui présente une pièce, Il dit : rendez à César, à la femme adultère, il dit : jetez-lui la première pierre. Donc Il a des réponses à toutes ces questions perverses que lui posent à chaque fois les pharisiens. Ici, les grands-prêtres et les pharisiens lui disent : "Mais par quelle autorité fais-tu cela ?" Et pour une des rares fois dans l'évangile, Jésus dit : "Je vais d'abord vous poser une question".

En fait, comme souvent dans l'évangile, Jésus renvoie ses interlocuteurs à ce qu'ils savent, et même à ce qu'ils sont. Car en définitive, on peut dire que ni les grands-prêtres, ni les anciens n'auraient dû poser ce genre de question à Jésus, puisqu'ils s'estiment, et c'est le sens profond de la question qu'ils posent à Jésus, être eux-mêmes ceux qui détiennent l'autorité. Ne sont-ils pas, les grands-prêtres et les anciens capa­bles de reconnaître les prophètes, capables de dire ce que doit être le Messie, capables donc de diriger le peuple avec autorité. Ils auraient non seulement pu répondre à la question posée par Jésus sur l'identité de Jean-Baptiste, et sur ce qu'il fait, mais encore mieux, dire qui est Jésus, pourquoi il fait ces œuvres-là, et d'où Il détient son autorité.

La question est en fait très importante dans la Bible, car une des clés de compréhension de la rela­tion entre Dieu et son peuple, est souvent une ques­tion d'autorité. En effet, la plupart des peuples qui entouraient les hébreux, avaient réglé le problème de l'autorité par le fait qu'une personne, souvent le roi, considéré comme fils de Dieu, qui pouvait aussi exer­cer aussi le rôle de prêtre, on se souviendra des hiéro­gamies dans les civilisations anciennes, c'est-à-dire que le roi féconde lui-même pour donner fécondité à son peuple, une ou des femmes et il exerce là un rôle sacerdotal, il est aussi le grand-prêtre. Donc, toute autorité est maintenue en un seul homme, qui l'exerce et parce qu'il a comme une aura de divinité, il y a cet absolu, ce transcendant qui s'exerce et qu'on ne remet pas en question.

Or, tout le projet de Dieu sur son peuple, c'est que Dieu veut exercer, Lui l'autorité, et que personne ne puisse le remplacer, Lui, dans l'exercice de son autorité. Il est le seul roi, Il est le seul pasteur, Il est le seul chef de son peuple, et donc, Il est le seul à même d'exercer autorité sur son peuple. C'est pourquoi, Il ne peut souffrir, dans ces cas-là, même si c'est un an­thropomorphisme, Il ne peut souffrir que quelqu'un d'autre exerce à sa place son autorité. C'est pourquoi, lors de l'institution de la royauté, on a eu beaucoup de mal, parce que Dieu ne veut pas que l'on confonde un roi pour Israël avec n'importe quel autre roi et la ma­nière d'exercer l'autorité royale que connaissaient les autres peuples. Et même quand il s'agit du prêtre il ne faut pas confondre ce que fait le prêtre avec ce que le Seigneur veut Lui-même : "Je hais vos sacrifices et vos holocaustes, je déteste vos odeurs qui montent jusqu'à mes narines, vous n'exercez pas un sacerdoce qui me plaît, ni même avec autorité".

On voit bien que la question fondamentale de l'exercice même du prophète dans la Bible, c'est une question d'autorité. Quand Jésus dira : "Vous avez massacré vos prophètes," c'est parce qu'il fallait pou­voir reconnaître dans tel ou tel homme, un messager de Dieu, et je dis bien, "un" messager de Dieu. Alors, quand on pose cette question à Jésus sur l'autorité, ce n'est pas une question banale. Pourquoi ? Parce qu'il y a eu une déviation dans le peuple d'Israël, il y a eu une mystification de l'autorité. Ni les grands-prêtres, ni les anciens n'auraient dû penser qu'ils tenaient d'eux-mêmes l'autorité qu'ils exerçaient. Jamais per­sonne en Israël n'aurait dû se prévaloir ni d'un quel­conque savoir, ni d'un quelconque pouvoir, pour dire : j'exerce cette autorité au nom de Dieu. Seul Jésus pouvait, et peut, parce qu'il est Dieu, et pleinement homme, donner cet exercice qui est alors, et c'est ce que l'on vérifie, un service.

Cela nous pose aujourd'hui une question im­portante. Certes, dans l'Église, on exerce aussi l'auto­rité, et il faut l'exercer. Ceux qui l'exercent doivent bien sûr se rappeler que toute autorité ou tout pouvoir dans l'Église demeure un service. Un évêque qui ne ferait que ce qu'il veut, selon son idée, en disant : c'est parce que je suis évêque, exercerait mal son autorité. Il doit être, à l'instar de l'autorité dans la Bible, mais encore mieux, comme Jésus le fut, un serviteur. Et le serviteur n'est pas le maître, mais le serviteur renvoie au maître. L'autorité exercée dans l'Église doit être un signe, elle ne doit jamais venir de la personne pour imposer simplement une volonté. Mais faisons atten­tion au fait que nous n'avons d'autorité que celle que nous voulons bien. Nous acceptons d'autorité que celle qui nous arrange bien. Je veux dire par là, qu'à l'image de certaines sociétés où des tyrans ont exercé une autorité dans le silence le plus total des peuples et de certaines civilisations, les chrétiens ne sont pas à l'abri de vouloir une certaine autorité dans l'Église pour mieux se calfeutrer, se rassurer, pour s'enfermer dans des idées toute faite. Dans ces cas-là, nous som­mes en-dehors de la Révélation. Nous ne sommes même pas vétero-testamentaires, puisque jamais dans l'Ancien Testament, une telle autorité a existé. Ce se­rait un faux principe et d'ailleurs, trop souvent l'auto­rité pontificale a été présentée ainsi, c'est un leurre et une mystification. Et ce n'est pas toujours les pasteurs ou les prêtres qui l'ont voulu, que certains laïcs qui étaient trop heureux de trouver des bases et des assu­rances dans la peur de ce monde et dans la manière d'être chrétiens qui les dispensaient de la mission ou de tout autre chose ennuyeuse. Quand on pose cette question à Jésus sur l'autorité, ce n'est pas une simple affaire de structure, c'est une affaire d'identité de celui qui l'exerce comme de ceux qui reçoivent l'autorité.

 

 

AMEN

 

 
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