AU FIL DES HOMELIES

Photos

JÉRUSALEM IMAGE DE L'ÉGLISE

Ba 4, 30-37 ; Mt 21, 23-32

Jeudi de la deuxième semaine d'Avent – A

(12 décembre 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Même ruinée, Jérusalem reste Jérusalem !

F

rères et sœurs, le prophète Baruch exerce son ministère à peu près à la charnière au moment où le peuple est en train de sortir de l'exil à Babylone et revient à Jérusalem. L'impulsion que Baruch reçoit de l'Esprit concerne précisément ce retour. Cela devrait couler de source que Baruch émette un oracle à l'attention des gens qui reviennent. Il serait normal de leur dire : prenez courage, cela va être difficile, il faudra tout rebâtir, il faudra faire beaucoup d'efforts, etc … On pourrait s'attendre à ce que la prédication de Baruch soit tissée d'encouragements et de dynamisation de la population d'autant plus que si Baruch était contemporain de cet événement, il devait bien savoir que les gens qui reviendraient ne seraient pas très nombreux. Quand on chante dans le psaume 125 : "Ramène Seigneur nos captifs comme torrents au désert", l'hymne est très belle mais la réalité devait l'être moins; ceux qui ont accepté de revenir après soixante ans d'implantation à Babylone devaient être très convaincus. Cela n'avait rien d'attirant.

Remarquez la tonalité de l'oracle : il ne parle même pas de ceux qui sont sur le point de partir et de revenir à Jérusalem, mais il parle à Jérusalem qui n'existe plus. Elle a été dévastée, elle a perdu son temple, ses murs, sa population, il parle quand même à Jérusalem. Il dit des choses extraordinaires : "Courage Jérusalem, il te consolera celui qui t'a donné un nom, car ceux qui t'ont maltraitée et réjoui de ta chute. Regarde vers l'Orient et vois la joie qui te vient de ton Dieu. Voici qu'ils reviennent les fils que tu vis partir". Cette manière de faire n'est pas un artifice littéraire comme on pourrait le croire à première lecture. Cela fait très sympathique mais dans la conscience de Baruch, et sans doute aussi dans la conscience des exilés qui reviennent, Jérusalem n'a jamais cessé d'exister. Même réduite à rien, Jérusalem reste ce qu'elle est. C'est donc une ville qui, même dévastée, reste le principe d'unité de la population qui s'y rassemble. Même pour la population déportée, Jérusalem reste Jérusalem. Aujourd'hui cela nous paraît banal, mais pour les gens de l'époque, il n'y a pas d'équivalent. On n'a pas des louanges adressées à Babylone au moment où elle va être détruite. Cela veut dire que pour le prophète, la conviction profonde c'est que la cité de Jérusalem était antérieure à la population qui s'y rassemble.

Cela nous donne à réfléchir parce qu'une telle manière de faire peut nous aider à comprendre ce qu'est l'Église. Quand on parle de l'Église, on croit que c'est simplement le rassemblement des croyants, ou l'on croit que c'est le peuple. Église ne signifie pas rassemblement populaire, Ecclesia veut dire : acte de convocation. L'acte de convocation de Dieu et de l'Esprit Saint est antérieur au rassemblement. Qui attend le Messie ? ce n'est pas chacun individuellement, c'est l'Église. C'est une réalité terriblement oblitérée dans la conscience moderne des chrétiens. A certains moments, la conscience chrétienne est devenue tellement individualiste, personnelle et intime, que lorsqu'on parle d'attente de Dieu on interprète tout dans un sens purement subjectif. C'est faux. Le prophète Baruch ne dit pas que chaque exilé fasse des efforts pour revenir, mais : Jérusalem, regarde le peuple qui se rassemble. Qui est le véritable sujet de l'attente que nous célébrons pendant l'Avent ? c'est l'Église. Notre attente et notre désir ne font que s'inscrire dans le désir et l'attente de l'Église.

La communion dans l'attente et dans l'espérance est antérieure à l'acte d'espérance et d'attente que chacun de nous fait. Cela paraît très difficile à concevoir et pourtant c'est la pure réalité. C'est une chose très précieuse dans la conscience chrétienne : le mystère de notre appartenance à l'Eglise est antérieur à la façon dont nous y répondons chacun individuellement. Si les chrétiens aujourd'hui avaient davantage le sens que ce qu'ils vivent, ce qu'ils éprouvent n'est pas d'abord leur expérience, mais si nous avions conscience que c'est tout ce que nous vivons qui est enraciné, suscité, guidé, orienté par l'espérance de l'Église elle-même, la perspective serait changée.

Frères et sœurs, profitons de ce temps de l'Avent pou nous décentrer un peu de notre égocentrisme spirituel qui parfois n'est pas très bon.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public