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MESSIE PRÊTRE ET ROI

Jr 33, 14-22

(10 décembre 1990)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

L

a liturgie de ce jour nous permet de méditer deux textes qui ont une certaine correspondance l'un avec l'autre. La prophétie de Jérémie révèle les institutions de l'avenir en les décrivant comme le rassemblement de la royauté et du sacerdoce dans la personne du Messie à venir. Le signe du Christ qui arrive est donc réuni en ces deux figures royale et sacerdotale que l'Ancien Testament connaissait sous deux formes bien distinctes. Et ces deux institutions nous sont décrites sous l'ordre de l'Alliance.

       Jérémie dit : "Ainsi parle Dieu : Si vous pouvez rompre mon alliance avec le jour et mon alliance avec la nuit, de sorte que le jour et la nuit n'arrivent plus au temps fixe, mon alliance sera aussi rompue avec David mon serviteur, de sorte qu'il n'aura plus de fils régnant sur son trône, ainsi qu'avec les Lévites, les prêtres qui assurent mon service." Vous pensez certainement comme moi qu'il est bien difficile de rompre le cours du jour et de la nuit, d'en changer le déroulement, d'en casser le temps, de faire que la nuit devienne le jour ou que le jour devienne la nuit. Peut-être, grâce au progrès de notre monde moderne, arriverons-nous un jour à cela, mais nous n'y sommes pas encore. Ce qui fait que lorsque Dieu parle ainsi, Il n'émet aucun doute sur la possibilité de son Alliance avec les hommes. Il n'envisage pas un instant qu'elle puisse être rompue par le simple vouloir des hommes. Si son Alliance est donnée aux hommes, Lui qui est fidèle ne peut que tenir parole, c'est là le propre de l'Alliance de s'engager avec les hommes et même si parfois les hommes sont défectueux à cette parole, Lui, est fidèle et la tient.

       Mais le deuxième texte est celui de saint Matthieu à propos des chants de danse ou de deuil : "A qui vais-je comparer cette génération ? Elle ressemble à des gamins assis sur les places qui en interpellent d'autres en disant : Nous avons joué de la flûte et vous n'avez pas dansé, nous avons entonné un chant funèbre et vous ne vous êtes pas frappé la poitrine !" Là, par contre, le Seigneur semble émettre un doute sur cette génération. Le texte de Jérémie nous montre que Dieu ne doute pas de son alliance Et pourtant, le Christ arrivant parmi les hommes porte le doute sur cette génération. Lorsque l'on joue d'un instrument de musique, on utilise ce qu'on appelle "le temps" et le Christ décrit cette génération comme allant "à contre-temps". Si le Christ dit que cette génération va à contretemps ou à contre-courant des choses, elle est en train de changer le courant de ce qui peut être tout simplement évident Cette parole révèle que lorsque le Christ arrive, après avoir été annoncé par Jean-Baptiste, les cœurs des hommes auraient dû être préparés à cette venue. Tous les prophètes ont annoncé que le Messie viendrait apportant la réconciliation pour les hommes et pour ce monde. Or ceux à qui il est donné de recevoir le Christ parmi eux ne L'acceptent pas et ne se rendent pas compte que c'est Lui qui était annoncé. L'on ne reconnaît pas la parole de Jean comme annonciatrice d'un monde nouveau et l'on ne reconnaît pas non plus ce monde nouveau lorsqu'il est inauguré. C'est la comparaison de la gloutonnerie attribuée à Jésus avec l'ascétisme de Jean-Baptiste qui semblent se contredire mais qui, en fait, annoncent la même chose.

       Alors nous pouvons nous poser cette question : "Comment préparons-nous la venue du Seigneur ?" le temps de l'Avent doit se vivre d'une façon très intérieure mais aussi être une découverte, au fur et à mesure, du véritable visage du Christ. Il s'agit pour nous de ne pas être comme cette génération comparée à une génération de gamins, ce qui veut dire à une génération inconsciente. Ne sommes-nous pas parfois tentés de vivre notre christianisme d'une façon un peu inconsciente, sans prendre la mesure du temps, sans prendre le temps de découvrir le visage du Christ ? Ne sommes-nous pas tentés de critiquer le visage du Christ en transposant sur Lui nos idées ou nos images plutôt que de le recevoir tel qu'Il se donne à nous ?

       Alors je nous invite à ne pas aller à contre-courant, à ne pas changer le jour en nuit et à faire que la nuit devienne le jour, c'est-à-dire à ne pas nier l'évidence de ce qui nous a été annoncé, le Christ qui rassemble dans son être la royauté et le sacerdoce promis par tous les prophètes, que Jean-Baptiste nous a montré et que nous allons maintenant recevoir dans l'eucharistie qui est le Christ qui ne cesse de venir et qui viendra au jour où nous le célébrerons dans la gloire avec tous les élus.

       AMEN