AU FIL DES HOMELIES

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JEAN-BAPTISTE ET JÉSUS

Is 11, 10-16
(9 décembre 1991)
Homélie du Frère Jean-François NOËL

 

S

i nous mettions sur un même triptyque la figure de Jean-Baptiste et celle de Jésus comme en face à face, en laissant au centre le mystère de la croix, comme l'ont fait de nombreuses peintures rhénanes qui, de fait ont montré un homme ascétique vêtu simplement et criant dans le désert de préparer les chemins du Seigneur, il semblerait que nous mettions face à face un personnage qui se prive, qui se tire hors du monde pour annoncer cette nouvelle qui est différente du monde, alors que le Fils de Dieu vient "manger et boire avec les pécheurs" de ce monde. "Un glouton", c'est le Fils de Dieu, un ascète, c'est Jean-Baptiste. Curieux paradoxe et curieux contraste que ces deux personnages sur lesquels, en ces jours, l'évangile attire notre regard et notre prière.

        Il est un fait qu'il y a non seulement une distance dans ces deux attitudes humaines puisque l'un semble se tirer hors du monde, se mettre au désert pour signifier une parole de Dieu qui ne peut être comprise que dans ce cadre ascétique, et l'autre, le Fils de Dieu qui, au contraire, semble s'immerger pleinement avec les pécheurs dans l'épaisseur humaine pour partager ce qu'ils vivent. Jean-Baptiste est l'ultime signe donné dans la Révélation avant l'Incarnation de Dieu. Il est comme tiré presque avec force de l'Ancien Testament et le signal dressé pour dire l'extraordinaire bonne nouvelle annoncée par l'ange Gabriel à Marie. Il est ce que Dieu peut susciter, une dernière fois dans le cœur des hommes qui attendent l'arrivée du Messie. Il est la dernière lumière avant l'aurore comme les Pères de l'Église l'ont décrite.

       Mais Jésus n'est pas en continuité avec ce signal-là. Il y a une distance radicale. Aucun signal ne peut dire totalement l'arrivée de Dieu sur la terre. Car un signal c'est ce qui est tiré du monde et qui est quand même dans le monde pour dire quelque chose qui n'est pas de ce monde. Et Jésus n'est pas de ce monde et vient dans ce monde. Le signal part du bas vers le haut et tente de prendre de l'altitude pour attirer le regard des hommes, alors que l'incarnation de Dieu descend du haut vers le bas prendre chair dans le sein de la vierge Marie pour signifier, dans le silence de Bethléem, la naissance de Dieu parmi les hommes. Et aucun signal humain n'aurait pu dire totalement la totalité de ce message de l'Incarnation de Dieu. Seul, Jean-Baptiste tente une dernière fois, comme sur la pointe des pieds, dans son ascétisme vigoureux et presque violent, d'annoncer l'Incarnation de Dieu, mais cette phrase, cette parole, cette annonce qu'il donne ne dira pas encore la totalité du mystère. Il reste comme une distance qui est le mystère même de Dieu qui, depuis longtemps, avait prévu dans son cœur qu'aucun signal ne pourrait donner l'immensité, ne pourrait témoigner de l'immensité de l'amour dont l'incarnation sera le sens, la figure, la réalisation totale.

       Dans le temps de l'Avent, nous sommes comme écartelés entre les signaux envoyés par Dieu, qui sont tirés du monde pour dire quelque chose qui ne vient pas du monde et la douceur de l'aube qui commence à poindre et qui est la naissance de Dieu parmi les hommes. Laissons-nous toucher à la fois par la vigueur et la violence du message de Jean-Baptiste qui, au regard de Dieu, n'est qu'un "roseau agité par le vent" alors que le Christ viendra partager notre table en pardonnant nos péchés.

       AMEN

 

 
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