AU FIL DES HOMELIES

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JEAN L'ÉVANGÉLISTE ET JEAN-BAPTISTE

Is 11, 10-16 ; Jn 1, 6-8+15+19-28

Lundi de la deuxième semaine de l'Avent – A

(5 décembre 1983)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Brienne-le-chateau : Saint Jean-Baptiste

L

 

a lecture des évangiles de Luc et de Matthieu nous ont habitués à un personnage de Jean-Baptiste un peu sauvage, un peu furieux, qui vit dans le désert, qui crie et qui vitupère parce que les hommes ne se convertissent pas. D'une certaine manière, ce personnage-là nous arrange. Il serait comme la frange de cette espèce de sévérité, de dureté de l'Ancien Testament qui, tout à coup, va laisser la place à la douceur de l'évangile. En réalité, même si cet aspect un peu austère de la prédication de Jean-Baptiste est très réel, il est fort vraisemblable que le témoignage de Jean, tel qu'il vient de nous être rapporté dans l'évangile de Jean, soit plus conforme à la mission de Jean le Baptiste et en tout cas il apporte une note complémentaire et indispensable pour comprendre vraiment le personnage du Précurseur.

En effet, avant de suivre Jésus, Jean l'évangéliste faisait partie des disciples du Baptiste. Les premiers tâtonnements de Jean l'évangéliste, à la recherche du Royaume, les premiers déchiffrements des signes de la venue du Royaume dans le cœur de Jean sont liés à ce séjour qu'il fit au-delà du Jourdain, à Béthanie, lorsqu'il vivait avec Jean-Baptiste dans l'attente de la venue du Messie. Et c'est pourquoi le passage que nous avons lu aujourd'hui est pour ainsi dire enserré dans le prologue de saint Jean. Vous connaissez ce prologue : "Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu." Ce qui est merveilleux, c'est que dans la mémoire de Jean l'évangéliste, faire mémoire du Baptiste c'est faire mémoire de tout le mystère de Dieu, c'est comprendre comment Jean-Baptiste lui a désigné Celui qui était le Verbe. Jean a compris cela de l'intérieur car sans doute que pour lui cette rupture avec Jean-Baptiste, son Maître, a été quelque chose de difficile. Il fallait quitter celui qui l'avait formé, celui qui avait éveillé son cœur au sens de la venue du Messie et du Royaume, et il fallait suivre un autre maître, un Rabbi que Jean ne connaissait pas mais qui avait été simplement désigné par Jean-Baptiste comme le Messie. Et pour Jean, lorsqu'il essaie de parler de Jean-Baptiste il ne peut pas s'empêcher d'associer le Verbe éternel de Dieu qui "était la Lumière" à son premier maître, celui qui lui a désigné le Christ.

Jean se souvient très bien de cet itinéraire spirituel qu'il a dû faire à ce moment-là. Quand il est allé vers Jean-Baptiste, il a compris la fonction de Jean-Baptiste. Il était "celui qui venait témoigner". Il témoignait en faveur de la lumière et la lumière, c'est Dieu. A ce moment-là, Jean l'évangéliste, encore tout jeune, malléable comme un disciple, a compris la fonction extraordinaire de Jean-Baptiste au milieu du peuple. Il venait dire que "Dieu allait visiter son peuple". Progressivement, le jeune Jean a compris que Jean-Baptiste lui-même n'était pas le personnage central de la venue du Royaume. Il a dû le saisir lors de ce dialogue, lorsque de Jérusalem on a envoyé des émissaires pour savoir en quel nom Jean-Baptiste exerçait sa prédication. L'évangéliste a dû assister au débat et aux discussions assez vives entre Jean-Baptiste, le prédicateur du Royaume qui vient et les lévites et les scribes envoyés de Jérusalem. Et peut-être que, secrètement, dans le cœur de Jean l'évangéliste il y a eu, à ce moment-là, comme un pincement au cœur. Il ne suffirait pas de suivre le Baptiste pour comprendre ce qui allait se passer puisque lui-même disait : "Je ne suis ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète". Cette humilité de Jean devant sa mission a dû troubler profondément le futur évangéliste. En effet, pour lui, cela avait été une sorte de première entrée dans la vie religieuse, et tout à coup, il se rendait compte que ce n'était pas tout à fait "sur le bon cheval qu'il avait misé" si vous me permettez l'expression.

Et alors, ce sera effectivement tout le travail intérieur qui va s'opérer dans le cœur de l'évangéliste, d'avoir cette docilité à celui qu'il prenait pour son maître, mais qui, en réalité, n'avait pour seule fonction que de conduire au Christ et au Messie. Et c'est à partir de ce moment-là que Jean comprendra progressivement que la lumière que Jean-Baptiste montrait n'était pas seulement cette lumière de Dieu qui devait venir fulgurante au dernier jour, mais qu'elle luisait discrètement dans la personne de Jésus, Celui qui se tenait mystérieusement dans le groupe autour de Jean-Baptiste et qui venait après le Baptiste, mais qui, en réalité, était avant lui.

J'aime à croire que ce merveilleux prologue de saint Jean a déjà commencé à mûrir dans le cœur de Jean l'évangéliste, à ce moment-là. C'est précisément dans ce désir qu'avait Jean de situer Jean-Baptiste et Jésus, l'un par rapport à l'autre, que progressivement, il a réussi à nous donner cette fresque qui est sans doute la plus belle page du Nouveau Testament, et à nous situer simplement le mystère du Verbe, à partir du compagnonnage qu'Il avait commencé à vivre avec le Baptiste.

Que Jean-Baptiste soit pour nous, auprès de nous, comme il l'a été pour saint Jean l'évangéliste. Nous-mêmes, encore aujourd'hui, nous sentons la proximité de la parole de Jean-Baptiste. Il appelle à la conversion. Il demande une sorte du sursaut du cœur, mais en même temps, il montre vers un ailleurs, un ailleurs qui est tout proche et qui est le Christ Lui-même. Que, pendant ce temps de l'Avent, notre regard suive la main de Jean-Baptiste. Que nous arrivions au jour de Noël et que nous comprenions vraiment ce que signifie cette parole : "Voici l'Agneau de Dieu ! Voici l'Elu de Dieu ! Voici Celui qui porte le péché du monde !'' Alors Jean-Baptiste aura réellement rempli sa mission. Il n'est "ni Élie, ni le Christ, ni le Prophète", mais après tout, peu importe. Il nous a tenus par la main, quelques instants sur le chemin, et son seul but c'était de nous amener à Jésus. Ainsi nous pourrons relire dans la joie, au matin de Noël, ce prologue de saint Jean : "Au commencement était le Verbe." car, alors, et alors seulement, nous serons ramenés au commencement.

 

AMEN

 
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