AU FIL DES HOMELIES

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QUELQU'UN QUE VOUS NE CONNAISSEZ PAS

Jr 33, 14-22 ; Jn 1, 19-28

Lundi de la deuxième semaine de l'Avent – A

(11 décembre 1989)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

D

ans ce témoignage de Jean-Baptiste qui, publiquement, affirme : "Je ne suis ni le Christ ni l'un des prophètes. Je suis une voix qui crie dans le désert", je retiendrai une seule affir­mation "Il est au milieu de vous Quelqu'un que vous ne connaissez pas !" Peu après Jean-Baptiste dira : "Il est venu derrière moi Quelqu'un qui est passé devant moi et je ne le connaissais pas !" C'est donc un des éléments centraux de la prédication de Jean-Baptiste, de sa manière de se situer à l'égard du Christ et de situer aussi ses interlocuteurs à l'égard du Messie. Jésus est parmi nous, y compris Jean-Baptiste, quel­qu'un que nous ne connaissons pas.

Nous avons l'impression, nous, de bien connaître le Christ. Nous avons tellement lu l'évan­gile, nous l'avons tellement entendu répéter qu'il nous semble que nous connaissons tous les détails de la vie du Christ. Nous avons une opinion à son sujet. Beau­coup d'hommes ont une opinion au sujet du Christ, comme les pharisiens en avaient, les sadducéens aussi. Il y a des opinions défavorables : "C'est un agitateur. C'est un provocateur."Ou bien "C'est seu­lement un homme comme les autres." Ou bien encore "C'est un homme exceptionnel." Puis il y a des opi­nions plus respectueuses de la foi : "C'est le Messie ! C'est Quelqu'un qui fait des miracles, qui vient au nom de Dieu. C'est le Fils de Dieu !" Mais que nos opinions soient favorables ou défavorables, qu'elles soient conformes à la foi ou la contredisent, il y a dans toutes ces opinions quelque chose de commun : c'est ce que nous, nous pensons du Christ, c'est ce que nous croyons être autorisés à penser.

Or la première chose que nous devrions dé­couvrir, croyants ou pas, c'est que nous ne connais­sons pas le Christ. C'est qu'il est un mystère. C'est que même quand nous croyons savoir, nous ne savons rien. Même quand nous avons l'impression d'avoir été nourris de la foi, depuis notre catéchisme, notre en­fance, de l'avoir renouvelée sans cesse par la lecture des Écritures et dans la prière, même à ce moment-là nous devrions savoir que nous ne connaissons pas le Christ. Son mystère nous dépasse, est insondable. D'ailleurs tout être est un mystère. Nous sommes déjà nous-même un mystère pour nous. A plus forte raison pour ceux qui nous entourent. Et nos frères sont un mystère pour nous, même ceux que nous croyons connaître ou que nous aimons. Car tout être, dans sa profondeur, dans sa densité, est un mystère qui échappe à nos classifications, à plus forte raison quand il s'agit de l'être par excellence, de Dieu, à plus forte raison quand il s'agit de Dieu venu sur la terre, de Dieu dans cette manifestation inouïe, incompré­hensible où Il se met entre nos mains, à notre portée, où l'infini se fait tout-petit, où l'être par excellence prend un visage, prend un regard, prononce des paro­les avec une intonation, un accent, dans une langue déterminée. Ce mystère, nous croyons le saisir, mais nous devrions d'abord savoir qu'il nous dépasse. Nous ne le connaissons pas. Celui qui est parmi nous, nous appelle à d'abord nous mettre à genoux devant ce mystère, à nous prosterner dans l'incapacité où nous sommes de le pénétrer, de l'épuiser ou simplement d'en ébaucher une connaissance réelle.

D'abord adorer devant le mystère du Christ. Et ensuite n'avoir de cesse de nous plonger dans ce mystère, nous plonger toujours : plus profondément dans cette intimité du Christ en sachant que cela nous entraînera toujours plus loin, que le Christ nous ap­pellera toujours au-delà de ce que nous croyons sa­voir, de ce que nous croyons comprendre et que sans cesse nous aurons à recommencer cette approche, cet apprivoisement, cette familiarisation avec Lui. Car s'il est tout proche, tout simple, tout petit, à notre portée, ce n'est pas pour que nous puissions épuiser d'un seul coup le contenu de son mystère mais c'est pour que, se faisant proche, Il nous prenne par la main et nous entraîne avec Lui, dans la profondeur de ce qu'Il est, en allant toujours plus loin pour notre bonheur, pour notre joie, pour notre émerveillement, pour notre nourriture, pour la vérité de notre esprit et de notre cœur.

Soyons saisis, non pas d'un respect qui nous éloignerait du Christ comme de quelqu'un de trop grand que l'on n'ose pas approcher, mais d'un respect qui nous attire toujours plus loin, plus profond dans cette intimité, dans cette découverte. Que ce temps d'Avent qui doit aiguiser notre désir, notre attente, rende cette attente féconde, ce désir plénier pour que ce soit sans cesse une entrée, une marche en avant, une découverte, une introduction, une inchoation de la vie avec le Christ, cette vie qui n'aura pas de fin parce qu'elle rebondira et rejaillira toujours en de nouvelles profondeurs.

 

 

AMEN

 

 
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