AU FIL DES HOMELIES

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LE ROYAUME DES CIEUX SOUFFRE VIOLENCE

Is 26, 1-6 ; Mt 11, 11-19

Lundi de la deuxième semaine de l'Avent – B

(6 décembre 1993)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

ésus n'est pas l'homme doux qu'on a coutume de faire entendre dans les évangiles car Il est cou­pant dans sa façon d'annoncer et sa présence et l'arrivée du Royaume. Son cousin, celui qui le pré­cède, Jean-Baptiste, est en prison au moment de ce discours. Et Jean-Baptiste, tout en prison qu'il est, est déconcerté par cette figure de Jésus qui ne correspond en rien à ce qu'il annonçait, ou du moins le croyait-il. Et Jésus ne prend pas quatre chemins pour répondre aux disciples que Jean lui a envoyé : "Allez dire à Jean que désormais les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de Moi."

L'arrivée du Royaume est annoncée par ceux qui sont guéris, par ceux qui marchent, par cette anti­que prophétie d'Isaïe qui, enfin, s'accomplit sous les yeux des hommes. Il ne parle pas de Lui, mais Il met en avant de Lui ce Royaume qui vient. Et en avant de Lui, on entend déjà les prémices de la transformation d'un Royaume qui, touchant les hommes, les trans­forme. C'est pourquoi dans l'évangile que nous avons entendu, il est question ensuite que l'évangile souffre violence. Difficile à interpréter ce petit verset car il peut être entendu sous deux manières.

La première est une plainte : Le Royaume des cieux peut être si fragile que des violents le détruiront, ce qui est vrai. Autrement dit, peut-être le Royaume des cieux est réservé à ceux qui se font eux-mêmes violence et qui acceptent, comme Jésus le dira plus loin, de porter leur croix à la suite du Christ. En tout cas le contexte de cet évangile est de situer que le Royaume des cieux, s'il vient après les temps de la Révélation faite aux prophètes et aux anciens, trans­cende radicalement tout ce qui a précédé. Le temps du Royaume des cieux, s'il est en continuité avec les temps précédents, est un temps de transcendance radi­cale. Il n'a plus rien à voir avec ce qui précédait. De même que dans l'eucharistie, tout semble aller dans une continuité harmonieuse, et pourtant le corps et le sang du Christ présent dans le pain et le vin sont une violence faite à ce monde, silencieuse, certes. L'amorce de ce Royaume qui se fiche dans l'ancien monde, c'est une violence faite à l'ancien monde car l'ancien monde meurt sous le coup du sacrement de l'eucharistie, meurt sous les coups de l'arrivée du Royaume.

Le contexte est violent parce que c'est un contexte de mort de l'homme ancien. C'est pourquoi Jean-Baptiste est à la fois le plus grand des temps anciens et le plus petit du Royaume qui vient puisque tout homme qui est baptisé a reçu de ce Royaume le sceau, est entré déjà dans cette transcendance qui l'at­tire, l'élève et l'aspire vers la gloire de Dieu.

Le temps de l'Avent est un temps d'élévation pour nous-mêmes. Nous devons participer à la ma­nière dont le Royaume des cieux transforme nos cœurs et donc transforme le monde. Et il est possible que cette transformation n'aille pas sans violence.

 

 

AMEN

 

 
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