AU FIL DES HOMELIES

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JEAN-BAPTISTE, LE CRI DU MONDE ENTIER QUI ATTEND DIEU

Is 7, 1-7+10-16 ; Jn 1, 19-28

Lundi de la deuxième semaine de l'Avent – C

(5 décembre 1994)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

orsque Jean, dans son évangile, veut camper pour nous le mystère de Dieu, il commence par décrire des personnages. Il y a le person­nage que nous connaissons bien : "Au commencement, était la Parole !" C'est tout le sens du prologue de saint Jean. Ce dont il va s'agir dans l'évangile, c'est de ce que Dieu veut dire de toute éternité. Et par consé­quent, cette voix retentit avant même que commence l'évangile puisqu'elle est au commencement. Et cette voix ne cessera de retentir tout au long de l'histoire jusqu'à la fin des temps puisqu'elle est à l'accomplis­sement de l'histoire. Le Verbe, la Parole traverse l'histoire humaine de part en part.

Mais ce que saint Jean annonce pour entendre le Verbe, pour entendre ce Verbe qui vient d'en haut, il lui faudra une voix. Il aura "sa" voix. "Le Verbe s'est fait chair". Il aura un corps d'homme qui sera le lieu même de la présence de la Parole de Dieu qui se révèle. Mais, et c'est là peut-être que Jean introduit ce nouvel élément qui nous concerne plus immédiate­ment, il ne suffit pas que le Verbe ait "sa voix". Il faut qu'il soit annoncé par une autre voix. Et c'est la raison pour laquelle est campé le deuxième personnage, ce­lui dont on ne sait pas qui il est. On dit : "Au commen­cement était le Verbe !" Nous savons que c'est le mystère de Dieu qui se révèle, qui se fait connaître, mais on ne dit pas : alors parut Jean. "Il y eut un homme envoyé de Dieu, son nom était Jean." Mais après, qui es-tu ? Et voilà qu'au milieu du peuple d'Israël naît une interrogation au sujet de Jean. "Mais que dis-tu de toi-même ?" Et il commence par dire : "Je ne suis pas ..." Il ne peut pas s'attribuer la même prérogative que la Parole. "Au commencement, le Verbe était." Il n'a pas de prétention à jouer un rôle divin. "Je ne suis pas le Christ." "Mais alors, qui es-tu donc ?" Et à ce moment-là, il dit : "Je suis la voix." Il n'est pas la voix de chair du Fils de l'Homme, il ne peut même pas annoncer et crier, comme un prophète ce que Dieu lui demande de dire. Il n'est pas quelqu'un dans lequel le message de Dieu prend chair. Il est simplement quelqu'un qui dit : "Je crie" - "Je suis la voix qui crie : il faut se préparer" Il va se passer quelque chose de grand, et je suis là sim­plement pour crier.

Saint Jean-Baptiste, et c'est pour cela qu'il est si grand, est la voix de tous les hommes qui ne savent pas encore dire le mystère même du Verbe de Dieu. Il est la voix de tout homme en tant qu'il est un "cri vers Dieu". Jean-Baptiste est celui qui ne dit pas encore comment sera le Messie, il ne dit pas encore ce que le Christ viendra nous dire, il ne le sait pas, il n'est pas le Christ, mais il est la voix au sens où il récapitule tout ce que les prophètes dans l'Ancien Testament ont crié en appelant Dieu, tout ce que les psalmistes ont crié en invoquant le nom de Dieu, tout ce que des hommes obscurs ont crié en priant dans le Temple, en montant pour la liturgie, en offrant des sacrifices : "Seigneur, viens à mon secours !" Jean-Baptiste, c'est cela : il est le cri du monde entier qui attend Dieu, qui espère Dieu et qui commence à exulter, le cri de détresse devenant imperceptiblement un cri de joie à l'annonce d'une venue prochaine.

Frères et sœurs, il y a, en chacun de nous, il y a en chaque homme quelque chose de cette voix de Jean-Baptiste qui crie dans le désert. Il y a en chacun de nous cette espèce de mouvement profond, par le­quel lorsqu'on se pose la question de Dieu, elle com­mence par un cri, elle commence par un appel, pres­que comme les cris d'un bébé qui appelle sa mère. Et dans ce cri, il y a déjà toute l'espérance de l'humanité. Il y a aussi toute la détresse, il y a aussi tout le poids du péché, un poids d'immense souffrance. Et cepen­dant ce cri commence à prophétiser la venue du Verbe. Et au fond, et c'est cela le sens de la venue de Jésus qui va reprendre ce cri des hommes. Il va re­prendre notre propre cri et Il va lui donner la consis­tance, non seulement d'une parole, mais la consistance de "sa" Parole.

Vous comprenez pourquoi, de jour en jour, pendant tout ce temps de l'Avent, nous n'avons qu'un cri :"viens !" Mais c'est encore un cri informe, un cri par lequel on pressent qu'il va se passer quelque chose mais on ne sait pas quoi. Et l'on crie de peur, de joie, d'appréhension, d'espérance. On crie avec le monde entier. Et en même temps, en même temps, il y a déjà le nom de Dieu dans ce cri : "Viens, Seigneur !" et le cœur de son programme : "Viens, Seigneur, viens nous sauver !"

 

 

AMEN

 

 
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