AU FIL DES HOMELIES

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PROPHÈTE DANS SON ÊTRE

Is 30, 19-26 ; Jn 1, 19-28

Lundi de la deuxième semaine de l’Avent –A

(6 décembre 2004)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

A

u jeu des questions réponses dont sont friands nos contemporains (il suffit de voir le nombre de jeux télévisés), Jean-Baptiste aurait certainement perdu plus d’une fois. Il a beaucoup de mal à répondre aux questions qu’on lui pose. Lorsque les envoyés des pharisiens lui demandent : "Qui es-tu ?" Il répond par la négative : "Je ne suis pas le Christ". Bien sûr, on peut toujours faire des discours ou des définitions par la négative, mais cela peut prendre beaucoup de temps. Lorsqu’on lui demande (autre question) : "Pourquoi baptises-tu ?" Il répond une chose qui semble absolument évidente : "Moi je baptise dans l’eau". C’était évident pour ceux qui posent cette question. Et il répond : "Mais au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas, qui vient derrière moi, dont je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales". Mais pourquoi baptise-t-il ? Il n’a toujours pas répondu à cette question. Donc, à «"question pour un champion", exit Jean-Baptiste.

En revanche, si Jean le Baptiste répond ainsi c’est sans doute parce qu’il y a une indication qu’il est bon de relever. L’évangile parle beaucoup de la figure de Jean-Baptiste, et pour les premiers chrétiens, et pour les juifs qui attendent la révélation du Messie, Jean-Baptiste aurait pu être reconnu pour le Christ, pour le Messie. Il aurait pu dépasser la figure même de Jésus-Christ. Il avait beaucoup plus d’aura : "Nombreux sont les gens qui viennent à lui pour se faire baptiser". Ce qui est important, c’est lorsqu’on va lui demander : "Qui es-tu ?" Il répond à la seconde question seulement : "Que dis-tu de toi-même ?" Et il cite l’Écriture : "Je suis la voix qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur." Autrement dit, il ne se définit pas d’abord par une fiche identitaire : j’ai les yeux bleus, je mesure un mètre soixante dix-huit, et je pèse tant de kilos, mais il répond simplement par l’oracle d’une prophétie. Il est dans sa personne, le message lui-même, il est dans ce qu’il est personnellement, une voix. Il n’a peut-être finalement pas d’autre identité que d’être le porteur de la prophétie. C’est d’ailleurs à ce niveau-là qu’il réalise parfaitement la vocation du prophète, qui n’est pas uniquement de discourir ou de faire des oracles, de dire des paroles, mais d’être lui-même prophétie dans ce qu’il vit, dans sa corporéité. Il est voix qui crie dans le désert. C’est toute sa personnalité, tout son être qui est voix, c’est même son identité. Il est façonné par la parole pour devenir lui-même une voix.

A la deuxième question sur le baptême, il dit : "Moi je baptise dans l’eau". Mais il me semble qu’ici, il répond exactement à la question. Il donne le sens de ce qu’est l’acte prophétique, et en l’occurrence, le baptême. Ces actes-là sont faits pour révéler une présence, pour dire et pour manifester la présence. L’acte ici s’efface pour révéler effectivement celui qui donne la vie, celui qui a l’être et l’existence, le créateur, celui qui est présent parmi nous. On comprendra également que notre propre vie, comme ce que nous célébrons dans cette liturgie, c’est exactement cela. Nous ne sommes pas dans l’ordre de la discipline, ou dans la réponse à faire sur ce que nous faisons. Nous avons à répondre par ce que nous sommes, et le chrétien, en participant à l’eucharistie est appelé à devenir lui-même façonné par la liturgie de la parole, par le message évangélique, et être porteur lui-même de cet évangile. Il devient "voix", autrement dit transmetteur. C’est cela la tradition, livre ouvert pour les autres de la manière dont Dieu est capable aujourd’hui encore de nous recréer et de nous faire vivre par sa parole. Dans les actes posés, notamment, dans cette liturgie eucharistique, mais aussi et également dans le baptême, on peut comprendre que ce ne sont pas des actes extérieurs, mais que notre vie n’est vraiment une vie de baptisé que si elle révèle la dimension baptismale de toute notre existence. Que notre être soit, pour ce que nous avons à vivre personnellement, toujours cette Pâque renouvelée, passage de la mort à la vie, comme message également de la Pâque pour les autres, appelés à cette même vie et cette même résurrection.

Il y a bien alors à ce moment-là une nouvelle vocation prophétique dans l’Église, portée par chacun d’entre nous. Il y a bien à ce moment-là, vraiment, une vocation chrétienne particulière qui est de révéler la présence de Dieu au milieu de nous. Il y a donc bien un sacrement du frère capable de dire et de réaliser cette communion de Dieu, aujourd’hui avec l’humanité.

 

 

AMEN

 

 
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