AU FIL DES HOMELIES

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METTONS-NOUS À L'HEURE DE DIEU

Is 30, 19-26 ; Mt 11, 2-19

Lundi de la deuxième semaine de l'Avent – C

(11 décembre 2006)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, cette page d'évangile n'est pas immédiatement facile à comprendre. Il y a plusieurs parties dans ce passage. Il y a l'envoi par Jean de disciples auprès de Jésus, puis, les paroles de Jésus au sujet de Jean : "le plus grand des enfants des femmes", et puis cette parole mystérieuse de Jésus sur la génération qui l'entoure et qui ressemble à des gamins qui ne veulent ni danser avec ceux qui jouent de la flûte, ni se frapper la poitrine avec ceux qui chantent un chant funèbre.

Tous ces éléments apparemment disparates et un peu incohérents les uns avec les autres, s'éclairent si nous saisissons la problématique qui leur est commune, c'est la différence entre la prédication de Jean-Baptiste, et la venue du Christ, le Messie. Jean-Baptiste est encore un homme de l'Ancien Testament. Jésus va dire : "c'est un prophète, et plus même qu'un prophète". Il est dans la lignée des prophètes qui annonçaient tout à la fois la venue du Messie envoyé par Dieu et le jugement de la terre où seraient détruits les méchants et glorifiés les bons. Les prophètes de l'Ancien Testament ne faisaient pas de différence entre l'annonce du Messie qui vient et celle du jugement dernier. Jean-Baptiste, si vous vous reportez à sa prédication telle que nous la trouvons au début des évangiles, a le même discours.

Or, Jésus vient comme le Messie, et Jean a eu la mission de le reconnaître comme tel, et pourtant, le jugement n'a pas lieu. Au lieu de ce jugement, Jésus accomplit des œuvres de douceur, de tendresse, il guérit les aveugles, fait marcher les boiteux, ressuscite les morts, Il annonce la Bonne nouvelle d'un Royaume. Il est normal que Jean-Baptiste soit décontenancé. Celui qu'il avait pour mission de manifester, de montrer au peuple, celui qu'il avait annoncé n'accomplit pas les œuvres qu'on attendait de lui, il ne provoque pas ce jugement dernier où les bons seront récompensés et les méchants punis, selon les œuvres qu'ils ont accomplies.

C'est la raison pour laquelle il envoie ses disciples pour interroger Jésus : "Es-tu celui qui doit venir, celui que j'ai été chargé d'annoncer ? ou bien, puisque tu ne fais pas les œuvres prévues, puisque tu n'accomplis pas le jugement, faut-il attendre quelqu'un d'autre ? " C'est un doute qui se lève dans le cœur de Jean-Baptiste, parce qu'il y a, lui semble-t-il, une inadéquation entre la manière dont Jésus prêche et ce qu'on attendait du Messie : qu'il fasse la justice. Jésus va insister sur cette différence. Il répond aux envoyés de Jean-Baptiste en multipliant les allusions à ses œuvres de miséricorde qu'Il accomplit, et qui semblent bien être la raison d'être de sa venue, Il affirme : "Les pauvres sont évangélisés, les malades sont guéris, la bonne Nouvelle est annoncée". Donc Jésus invite Jean-Baptiste à comprendre que ce qu'il avait annoncé n'est pas exactement la manière dont Dieu veut résoudre le problème de l'histoire des hommes. C'est pourquoi Jésus s'adresse à Jean-Baptiste : "Heureux celui qui ne sera pas dans le doute à cause de moi". Il invite Jean-Baptiste à dépasser la conception qu'il s'était faite d'un Messie justicier et vengeur.

Nous le savons aujourd'hui, la venue du Christ à Bethléem à la première fête de Noël, cette venue du Christ dans la miséricorde et la douceur qui va s'achever non pas par le jugement dernier où toute gloire éclatera mais par la mort sur la croix, cette venue du Christ est la préparation la première étape d'une lente transfiguration du monde, d'un lent épanouissement de cette résurrection du Christ qui aboutira au dernier jour à la manifestation de la gloire de Dieu. Le jugement viendra, mais il n'est pas pour tout de suite. Si Jean-Baptiste et tous les prophètes de l'Ancien Testament avaient confondu les deux venues du Christ, celle dans la faiblesse et la tendre, la passion, et celle pour le jugement et la récapitulation de toute chose, s'il avait confondu les deux venues du Christ, Jésus marque bien la différence et la distance sur cette œuvre de miséricorde, de conversion, de guérison, qu'il opère. Il n'est pas venu seulement pour rendre aux bons ce qu'ils ont fait de bien, et aux méchants ce qu'ils ont fait de mal, Il est venu pour convertir le monde, pour appeler ceux qui sont tournés vers le mal, à retourner leur cœur, à transformer leur vie afin que l'accomplissement ne soit pas seulement l'écrasement des méchants, mais s'ils le veulent bien, la conversion de leur cœur, afin qu'ils puissent eux aussi transfigurés par la grâce, entrer dans la gloire.

Voilà pour le premier épisode. Jésus ensuite va bien affirmer que même si Jean-Baptiste s'est "trompé" en annonçant le jugement comme imminent, même s'il y a un délai pour cette conversion des pécheurs afin qu'ils puissent arriver au jugement dans la grâce, même s'il y a ce délai, cela ne veut pas dire que Jean-Baptiste soit un faux prophète, il est le plus grand des prophètes, car ce qu'il a annoncé se réalisera, car il est vrai que toute justice sera faite et que la miséricorde que Jésus prêche est comme le tremplin de sa justice. Oui, Jean-Baptiste est vraiment un prophète, et c'est dans la ligne de ce qu'il a annoncé, que doit se réaliser l'œuvre de Dieu même si cette œuvre est plus complexe que Jean-Baptiste et les prophètes l'avaient imaginé, et qu'il y a ce long délai de la miséricorde et de la conversion.

Jésus va terminer en disant à ses auditeurs : vous n'êtes pas raisonnables, car quoi qu'on vous dise, vous refusez d'écouter. Si on vous dit que c'est le moment du deuil, que c'est le moment de la conversion et du retournement du cœur, vous vous détournez. Si l'on vous dit que c'est le moment de la joie, de la glorification, vous vous détournez tout autant. Vous n'avez pas écouté Jean-Baptiste, vous n'avez pas pris au sérieux sa prédication, vous ne vous êtes pas convertis en écoutant son appel à la pénitence, mais vous ne reconnaissez pas davantage le Messie qui vous apporte les dons de Dieu, la grâce de Dieu et vous traitez le Messie de laxiste, vous dites qu'il est venu pour ouvrir trop facilement la voie de la miséricorde, après avoir dit de Jean-Baptiste qu'il était trop exigeant, et qu'il était trop sévère. Vous ne savez pas ce que vous voulez, vous n'êtes jamais à l'heure de Dieu. Quand Dieu vous dit qu'il faut transformer votre cœur, vous le fermez, quand Dieu vous dit qu'il faut vous ouvrir à la gloire, vous vous détournez.

Oui, les auditeurs du Christ, les auditeurs de Jean-Baptiste, et peut-être nous-mêmes aussi, qui écoutons aujourd'hui la Parole de Dieu, nous ne sommes jamais à l'heure de Dieu nous sommes toujours en train de vouloir autre chose que ce à quoi Dieu nous invite. A travers cette prédication de Jean-Baptiste qui nous appelle à la conversion du cœur, à travers la prédication de Jésus qui nous promet la miséricorde et le pardon si nous nous retournons vers lui, à travers ces prédications, sachons reconnaître la Parole de Dieu, et mettre notre cœur à l'unisson avec ce que Dieu nous dit, et avec ce qu'Il nous demande dans ce temps de l'Avent.

 

 

AMEN

 

 

 
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