AU FIL DES HOMELIES

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LE MYSTÈRE DU CHRIST ET DE JEAN-BAPTISTE

Is 30, 19-26 ; Jn 1, 6-8+19-28

Lundi de la deuxième semaine de l'Avent – A

(10 décembre 2007)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

e portrait que dresse l'évangéliste Jean de Jean le Baptiste au tout début de son évangile est d'une grande solennité, mais en même temps, il en profite pour mettre les choses au point. Comme vous le savez, dans la première communauté, les groupes qui se sont rassemblés autour de Jean le Baptiste avaient eu une sorte d'enthousiasme pour leur maître, ils avaient reconnu en lui celui qui annonçait une sorte de rupture, une catastrophe, un événement inouï et absolument soudain dans l'histoire d'histoire d'Israël, un moment où la colère de Dieu selon certaines expressions des autres évangiles allaient se déchaîner sur le monde. Ces disciples du Baptiste étaient restés fidèles non seulement à ses paroles, mais également à leur maître. Le prestige du Baptiste était d'autant plus grand que sa mort avait été reconnue comme un véritable martyre, c'est-à-dire à cause des reproches qu'il avait fait à Hérode Antipas, il avait été décapité et c'était une mort glorieuse que cette mort d'un prophète en Israël qui tombait sous le coup du roi Hérode, d'un roi juif régnant, à la différence de la mort de Jésus qui elle était une mort ignominieuse, une mort à cause d'un crime politique, une mort sur la croix, une mort absolument honteuse.

Vous imaginez que dans la communauté primitive, on a longuement réfléchi sur la comparaison des deux destins et que les disciples de Jean-Baptiste n'ont pas cédé si facilement à la conversion au Christ, parce que précisément, ils tenaient leur maître pour un homme de grande importance, voire peut-être même de plus grande importance que Jésus. Simplement, quand Jean entreprend son évangile, il veut pour ses lecteurs, remettre clairement les choses au point. Le Baptiste est sans doute un personnage considérable, mais son importance et son rôle décisif ne viennent pas de lui-même mais ils sont à comprendre en fonction de Jésus. C'est pourquoi Jean l'évangéliste n'hésite pas à introduire la figure du Baptiste dans le prologue. C'est ce que nous avons entendu : "Et il y eut un homme envoyé par Dieu, et son nom était Jean". Cette manière extrêmement solennelle et majestueuse de décrire la personne et le rôle de Jean en le mettant dans ce prologue dans lequel on parle de la vie du Verbe dans le sein du Père, est évidemment le plus grand éloge qui puisse être fait de Jean.

Mais en même temps, après avoir annoncé cela, il dit tout de suit ce qu'était le rôle de Jean : "Il n'était pas la lumière, mais il venait témoigner en faveur de la lumière". Il contraste absolument le rôle et la grandeur qui est reconnue à Jean, il n'essaie pas contester, mais il dit que par rapport à la lumière qui est le Verbe, ce n'est pratiquement rien du tout.

C'est ensuite dans la deuxième partie de l'évangile de Jean que nous avons lu tout à l'heure, que l'évangéliste reprend un certain nombre de paroles du Baptiste, le réinterprète, les relit dans cette lumière-là pour montrer que Jean-Baptiste avait reconnu clairement lui-même qu'il n'avait pas le même rôle décisif que celui qu'aurait Jésus et que même, il avait un rôle si peu décisif, qu'il n'était ni le Christ, ni Élie, ni le prophète. On remarquera que dans d'autres évangiles, on reconnaît que Jean-Baptiste, ou l'on met sur les lèvres de Jésus une phrase énigmatique en laissant penser que Jean-Baptiste est une sorte de prophète qui a été comme ressuscité et qui est revenu pour un certain temps pour accomplir sa mission. Ici, Jean est totalement dépouillé de tout attribut, ni prophète, ni Élie qui doit revenir, ni le Christ. On ne pourra le comprendre et lire son ministère qu'à la lumière de Jésus.

Frères et soeurs, cette approche que nous donne saint Jean dans son évangile au sujet de Jean le Baptiste nous aide peut-être mieux à comprendre que dans le processus d'approfondissement et de méditation de l'Église primitive, la difficulté d'interpréter le personnage du Baptiste n'a pas été d'ordre mineur. En réalité, c'était une véritable difficulté. Devant un personnage aussi encombrant que Jean, qui avait inventé d'une certaine manière, la formule du baptême, et dont la parole avait eu une assez grande répercussion dans le bref ministère qu'il avait exercé, évidemment il fallait pouvoir défendre la figure même de Jésus de façon convaincante pour les nouvelles communautés qui se formaient.

C'est toujours un peu la même chose, non pas que nous ayons à débattre sur la personnalité de Jean face à celle de Jésus, le problème est clos, mais il est vrai que c'est toujours une question au fond de nous-mêmes : qu'est-ce que c'est pour nous que le mystère du Christ ? Il n'est réductible à aucune autre figure, à aucun autre prototype d'homme religieux de l'humanité, il n'est réductible à aucune autre inspiration religieuse, c'est lui et lui seul, et c'est pour cela que nous le célébrons encore aujourd'hui.

 

 

AMEN

 

 
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