AU FIL DES HOMELIES

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Is 30, 27-32 ; Mt 11, 12-15

Lundi de la deuxième semaine de l'Avent – A

(6 décembre 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Samarie : le van du vanneur

 

J

usqu'à Jean, le Royaume souffre violence et des violents s'en emparent". Cette parole du Seigneur nous paraît bien mystérieuse parce que même si Jean-Baptiste a des allures un peu brutales dans sa prédication, on n'a pas l'impression que c'était un violent ni un terroriste.

Pourtant, je crois que le jugement de Jésus sur cette affaire inclut non seulement Jean mais les prophètes, la Loi, jusqu'à Jean qui ont exercé violence sur le Royaume de Dieu, est évidemment une parole un peu opaque comme la plupart du temps quand Jésus devait parler de son message et de la spécificité de la mission qu'il avait reçue, mais en même temps, éclairante. Pourquoi ? Parce que c'est vrai que dans la tradition d'Israël, jusqu'au temps de Jésus inclus, on pensait que vu l'état dans lequel se trouvait le peuple, à la fois la situation politique, la situation sociale et la situation morale, le Royaume de Dieu ne pouvait arriver que par en-haut, parce qu'au niveau de la conjoncture sur terre tout était mal agencé par l'occupation politique. Donc, il fallait qu'il y ait une irruption brutale de la venue du Royaume. Et à cette irruption brutale correspondait la mentalité agressive du fait que lorsqu'il y avait des prophètes qui annonçaient cette venue du Royaume, ils l'annonçaient toujours sur le ton : vous allez voir ce que vous allez voir !

On a d'ailleurs eu encore un très bel exemple tout à l'heure dans le livre d'Isaïe : on décrit la menace du principal royaume de l'époque, Assur, et on dit que cela va claquer de partout, et Dieu va quand même briser la puissance d'Assur. C'est pourquoi vous les israélites, vous serez dans les chants de joie et de fête. C'est tout dire. En réalité la puissance humaine des cultures, des civilisations et des royaumes qui se déploient à cette époque-là est tellement écrasante, que ce n'est même pas la peine de se battre. Il faut que le Royaume de Dieu fasse face à cette violence qui est dans l'histoire humaine, l'écrase et donc ceux-là même qui sont obligés d'annoncer cela annoncent le Royaume de Dieu comme un fait de violence et sur le mode d'une menace.

C'est précisément ce que Jésus n'a jamais voulu faire. Jésus a repris le thème fondamental de la prédication du Royaume, il savait que c'était le thème le plus porteur et le plus propre à désigner exactement sa mission, mais il n'a jamais associé le Royaume de Dieu à de la violence. Là où Jean promettait le feu, la pelle à vanner, tous les éléments qui risquent à un moment ou l'autre de balayer tout ce qui se trouve sur son passage, Jésus a toujours manifesté la venue du Royaume comme quelque chose qui vient discrètement, comme un grain de blé qui pousse, un grain de sénevé qui produit un arbre, etc …

On a là deux approches du mystère du Royaume. Il y a une approche héritée de la tradition de la Loi et des prophètes : il faut faire violence et se faire violence pour pouvoir imposer la possibilité au Royaume de venir. Et l'autre qui dit simplement que le Royaume vient par grâce.

C'est pour cela que l'Église encore aujourd'hui nous demande de célébrer ce temps de l'Avent qui n'est pas simplement un temps de préparation à Noël, mais c'est vraiment la question : comment sommes-nous prêts à accueillir le Royaume ? Est-ce que nous voulons l'accueillir sur le mode de la violence, faire notre place pour entrer par la porte étroite ? Ou bien est-ce que nous sommes prêts à accueillir le Royaume comme une grâce et comme un don ?

 

 

AMEN

 

 

 
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