AU FIL DES HOMELIES

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UN PRIVILÈGE DE SERVICE

Gn 3, 9-15 ; Ep 1, 3-12 ; Lc 1, 26-3

Lundi de la deuxième semaine de l'Avent - A

(9 décembre 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Toute pure et immaculée Vierge Marie …

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rères et sœurs, le sens de la portée de la fête de l'Immaculée Conception que nous célébrons aujourd'hui n'est pas aussi évident qu'il n'y pourrait paraître. On a souvent parlé des privilèges de Marie pour dire que la manière dont Marie a vécu est spéciale, mais comme nous avons généralement une conception des privilèges qui est directement héritée de la nuit du 4 août 1789, ce n'est pas tout à fait la même définition qu'il faut mettre sous le terme de privilèges de Marie. Dans la tradition biblique, les privilèges ne sont pas une supériorité de pouvoir, ils sont une supériorité de service. C'est cela le privilège dans l'Église, dans le plan du salut de Dieu. Chaque fois que quelqu'un reçoit une grâce, un don spécial, ce don est privilégié au sens où il sera plus encore que d'autres dons, au service d'une tâche, d'une mission ou de l'accomplissement d'une action particulière.

C'est le cas de la vierge Marie. Lorsque nous disons qu'elle a été immaculée dès sa conception, ce n'est pas par peur de la sexualité, Marie a été conçue par un homme et par une femme et l'Église a donné traditionnellement des noms à ses parents, Anne et Joachim. Il n'y a jamais eu aucune hésitation sur ce sujet. Ce n'est donc pas cette méfiance qu'on attribue à la tradition judéo-chrétienne sur la sexualité qui serait à l'origine de cette fête.

En revanche, si elle a été conçue sans le péché originel, c'est à cause de saint Paul. Pourquoi ? parce que saint Paul lui, a affirmé de façon radicale, l'universalité du salut. Tous les êtres vivants spirituels, les hommes ont besoin d'être sauvés. Donc, s'ils ont tous besoin d'être sauvés, c'est qu'ils sont dans une situation spéciale vis-à-vis de Dieu, que l'on a appelé faute de mieux, le péché originel, mais qui n'est pas un péché personnel que les hommes commettent à la naissance ou avant la naissance, mais c'est une sorte de manque, tel un handicap spirituel, une incapacité par nous-même à être immédiatement en phase avec le pouvoir créateur et sauveur de Dieu. Le péché originel qui n'est pas un péché personnel est un manque dans l'humanité actuelle, dans son fonctionnement, dans sa relation avec Dieu et qui est déficiente. Par nous-même, livré à nos seules forces de la liberté qui est blessée, nous ne sommes pas capables d'établir une véritable relation ni avec Dieu, ni avec les autres. Tout cela doit être donné.

Ce qu'on veut dire dans le cas de la vierge Marie, est une chose assez particulière. Si Marie a concouru par sa conception au moment où elle a été enceinte de Jésus, si elle a concouru humainement à la conception, à la naissance, à la vie, et au développement de Jésus, il fallait que ce que Jésus recevait d'elle, c'est-à-dire son humanité à la fois génétique, biologique, spirituelle aussi, il fallait que tout ce que Jésus recevait de Marie soit totalement bénéficiaire de la grâce et qu'elle soit totalement capable de concourir au salut. Par conséquent, il fallait que tout ce que Jésus allait recevoir de Marie ne porte aucune trace de mal, de péché ou de péché originel. Il fallait que la mère soit adaptée à ce projet. Dans un raisonnement théologique qui a été l'objet d'un long débat, si l'Église a proclamé la vierge Marie immaculée dans sa conception, c'est pour affirmer que pour qu'elle puisse donner au Christ une humanité parfaite, sans péché, si elle-même avait été marquée par le péché originel, cette humanité qu'elle aurait transmise aurait été comme la nôtre, une humanité marquée par le péché. Il fallait que celle qui donne l'humanité à Jésus par le processus biologique de la conception et de la maternité soit elle-même préservée de cette faute.

On n'avait peut-être pas besoin de préciser les choses jusqu'à de point. C'est quand même une fête extrêmement significative de la tendance de l'Église catholique surtout par rapport au fait que cela avait brouillé les cartes dans les relations entre les protestants et les catholiques. Pour les protestants, quand Dieu apporte le salut, il l'apporte sans aucune aide ni participation humaine. Pour les catholiques, quand Dieu apporte le salut, il veut que l'humanité participe à ce salut. C'est un vrai problème entre les catholiques et les protestants. Les protestants prétendent que si la grâce doit être la grâce, elle ne doit être liée en rien à l'humain. Les catholiques disent : quand la grâce est donnée, elle met en œuvre l'humanité pour pouvoir être efficace et agir. Saint Augustin avait une formule géniale : "Dieu nous a créés sans nous, mais il ne peut nous sauver sans nous !" Subtil mais extraordinaire. Nous n'existions pas quand Dieu nous a créés, mais il ne veut pas nous sauver sans nous. Quand il nous sauve, il fait intervenir l'humanité créée que nous sommes.

Si l'on pousse ce raisonnement au point le plus radical, pour la vierge Marie, puisqu'elle devait être celle qui donnerait l'humanité sans péché du Christ, il fallait qu'à un moment ou l'autre, le péché ne puisse plus intervenir. Cette fête est d'une rigueur et d'une acuité théologique extrêmement poussé, c'est la reconnaissance que si le Christ veut recevoir l'humanité de sa mère, il faut que sa mère soit dans un état tel qu'elle soit hors de cause de lui transmettre aucune tare de l'humanité héritée du péché originel.

C'est un miracle, c'est hors de l'ordre des choses, c'est pour cela qu'on peut parler de privilège, car elle est la seule à qui ce soit arrivé, mais ce n'est pas un miracle pour elle, mais c'est en vue de l'Incarnation et c'est une action spécifique de Dieu pour qu'au moment où il prend sa chair dans notre humanité, cette chair qu'il reçoit de la vierge Marie, soit comme au premier jour de la création.

On ne peut que rendre grâces pour la manière dont Dieu a voulu cette chose dans son dessein bienveillant, en tout cas ce que cela nous apprend, que nous-mêmes, c'est que si nous voulons petit à petit entrer dans cette dynamique du salut, ce n'est pas en méprisant ou en ignorant le rôle que Dieu veut faire jouer à notre humanité, mais au contraire, sur le modèle même de la Vierge Marie, même si nous sommes marqués par le péché, qu'à partir du moment du baptême, nous puissions essayer de mettre notre humanité la plus totale, la plus entière et la plus intègre possible au service du salut de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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