AU FIL DES HOMELIES

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COURAGE ! MES ENFANTS !

Ba 4, 21-29

(11 décembre 1990)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

U

n texte étonnant que celui du prophète Baruch, disciple de Jérémie, dans le quel c'est Jérusalem qui parle : "Courage ! mes enfants !" On fait parler Jérusalem au moment même où elle est vide. C'est une ville vide qui parle à ses enfants qui sont partis. C'est même plus qu'une ville vide, c'est une ville en ruines, dévastée. Comme le dit un psaume : "Il n'y a plus que les chacals qui rôdent dans les ruines." Et cependant l'auteur sacré fait parler Jérusalem, ville dévastée, ville réduite à rien qui s'adresse à ses enfants. Je ne sais pas si dans la littérature il y a d'autres textes de cette sorte, où l'on verrait, par exemple, Hiroshima parler à ses victimes. Mais, toutes proportions gardées, c'est un peu la même chose. Or généralement, que pourrait dire une ville qui vient d'être dévastée, dont la population a été déportée, tuée, dont les femmes ont été violées ? Que pourrait dire une telle ville au moment même où elle prend la mesure de son désastre ? Cela devrait être une lamentation terrible, cela devrait être du même style que les lamentations de Jérémie. Mais dans les lamentations de Jérémie ce n'est pas Jérusalem qui parle, c'est le prophète qui se lamente sur Jérusalem. "Et quoi, la cité glorieuse, elle est tombée !"

       Ici, et c'est le caractère étonnant de ce texte, la ville est fichue, il n'y a plus rien à en attendre et elle encourage ses enfants. Elle leur dit, rien n'est perdu, un peu comme si les enfants eux-mêmes étaient plus désespérés d'être déportés que la ville elle-même d'être anéantie. Et elle a des paroles d'une douceur et d'une force extraordinaire. C'est une mère qui, au bord de la mort et presque déjà dans la tombe, parle à ses enfants : "Courage ! Criez vers l'Eternel ! Il vous arrachera à la violence de vos ennemis." Et même plus : "J'attends de l'Eternel votre salut !" Elle n'attend rien pour elle, elle n'attend que le salut de ses enfants. "Avec tristesse et pleurs, je vous ai vu partir, mais Dieu vous rendra à moi pour toujours dans la joie et la jubilation."

       On comprend très bien que l'on ait choisi ce texte pour la liturgie de l'Avent, car au fond, qui est-ce qui attend dans le mystère de l'Avent ? Paradoxalement, ce n'est pas nous. La seule personne qui attend, c'est l'Église, c'est Jérusalem. Et heureusement qu'il y a l'Église pour nous réconforter dans notre attente Et cette Église, même si elle a souffert de vingt siècles d'histoire, même si à certains moments elle a été dévastée, même si aujourd'hui encore elle est critiquée, raillée, elle ne cesse de nous dire : "Courage, mes enfants ! car j'attends de Dieu votre salut !" Et elle nous dit, à nous pécheurs, "avec tristesse et dans les larmes je vous ai vus partir" c'est-à-dire que l'Église, avec son amour maternel, voit notre infidélité, nos faiblesses et nos failles, mais pourtant, elle est sûre de notre retour.

       Vous voyez à quel point le mystère de l'Église est grand. L'Église n'est pas seulement la somme de toutes nos petites personnes humaines fussent-elles croyantes. L'Église est plus que cela. Elle est tout cela avec, en plus, la présence de Dieu qui est au milieu. De même qu'une assemblée n'est pas simplement la juxtaposition de tous les gens qui sont assis sur des chaises, mais c'est d'abord la présence du Christ au milieu de ces personnes. Et cette présence est si forte, si constitutive que l'assemblée elle-même devient Parole à nous adressée, à chacun d'entre nous. Et aujourd'hui même, nous pouvons entendre cette Parole puisque nous sommes "en Église" et que c'est l'Église qui nous la dit. L'Église, c'est vraiment le résonateur du salut et de la consolation de Dieu pour nous.

       Qu'en ce jour, où nous célébrons un saint qui a vécu très profondément le sens de l'Église, même si, à cause de son mauvais caractère il n'a jamais voulu être ordonné prêtre, Saint Daniel, nous retrouvions la joie de cette consolation. Aux portes de Constantinople, prêchant sur sa colonne, il adressait à son époque qui était peut-être aussi découragée que la nôtre, les mêmes paroles de consolation. Il s'adressait aux pécheurs et aux pécheresses car il avait un ministère important des prostituées et il leur annonçait cette consolation de Dieu. Demandons pour nous-mêmes de retrouver ce sens profond de l'Église comme cette réalité plus grande et plus vaste que nous, dans laquelle nous recevons consolation, encouragement, cette Église qui espère pour nous, cette Église qui croit pour nous et en nous, cette Église qui nous ouvre à l'attente de sa venue.

       AMEN

 

 
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