AU FIL DES HOMELIES

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JE SUIS LA VOIX QUI CRIE DANS LE DÉSERT

Is 30, 19-26 ; Jn 1, 19-28

Mardi de la deuxième semaine de l'Avent – A

(9 décembre 1980)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

Désert de Judée

S

 

a naissance avait mis fin à la stérilité d'Elisabeth, sa mère. Sa naissance avait également mis fin au mutisme de Zacharie, son père. Ainsi, dès sa conception, dès sa venue sur la terre, le Précurseur portait en lui-même les signes avant-coureurs de la venue prochaine d'une Parole féconde, d'une Parole qui allait transformer ce qui existe, qui allait vivifier ce qui était mort, qui allait rendre la parole à ce qui apparemment restait muet.

Mais Jean-Baptiste n'est pas la Parole. Il le dit lui-même, il le reconnaît avec force, il n'est que la voix. La voix de Celui qui vient, la voix que l'on entend de loin, mais dont on ne voit pas encore le visage, dont on ne connaît pas encore la personne. La voix qui ouvre les oreilles pour que la Parole qui viendra après cette voix, puisse toucher et ouvrir le cœur. La voix qui, déjà, habitue à la présence de quelqu'un d'autre, qui déjà déchire la solitude de celui qui, jusqu'à maintenant, n'entendait pas ou n'attendait pas.

Jean-Baptiste n'est pas la Lumière, il est simplement la lampe. La lampe qui nourrit, dans la nuit, le cœur qui veille. La lampe qui habitue l'œil à la fin prochaine de l'obscurité. La lampe qui diminuera jusqu'à devenir invisible lorsque la lumière du jour sera totalement révélée.

Jean-Baptiste nous prépare à la venue de la Parole de Dieu faite chair en Jésus Christ. Sa lampe nous prépare à l'illumination de la lumière du Fils de Dieu, Celui qui était avant le monde, Celui qui vient dans le monde pour que les hommes puissent connaître la lumière. Cette voix et cette lampe se manifestent dans le désert, au-delà du Jourdain. Ce désert n'est pas simplement un lieu géographique. C'est le désert du cœur de l'homme, dans lequel il n'y a plus de chemin parce que son paysage intérieur est trop tourmenté par son péché qui a tout renversé en lui, qui a transformé son visage en un visage qui ne ressemble plus à Celui qui l'avait créé.

Le mystère de Jean-Baptiste, la mission de Jean-Baptiste fait encore partie, aujourd'hui de la vie de l'Église. Et l'Église aujourd'hui, même si elle sait qu'elle a reçu, qu'elle vit et qu'elle attend encore Celui que Jean-Baptiste annonçait, l'Église est encore porteuse du message de Jean-Baptiste. A travers elle, aujourd'hui c'est-à-dire à travers notre voix, doit retentir encore pour nous et pour les autres, la voix qui crie dans le désert et qui appelle à ouvrir le cœur à une parole nouvelle, non pas la parole d'un homme mais celle de Dieu. L'Église, à travers nous, aujour­d'hui encore, est cette lampe qui brille dans les ténèbres du monde, qui brille dans la nuit du mal, du pé­ché ou de la mort, mais qui brille pour annoncer que cette nuit finira.

Qui que nous soyons, si petite que soit notre lumière, à cause de notre péché, si faible que soit notre voix à cause de notre propre péché, si nous sommes un ami du Christ, comme Jean-Baptiste, mais nous sommes bien plus qu'un ami du Christ puisque nous sommes l'Église du Christ, si nous sommes cette voix et cette lumière dans le désert d'aujourd'hui, alors peut-être, d'autres hommes viendront et passeront comme ces hommes de Jérusalem passaient au Jourdain, pour venir, si ce n'est découvrir, au moins questionner : "Qui es-tu ? Es-tu le prophète ? es-tu le Messie ?" "Qu'est-ce que cette parole que tu donnes au monde ?" Nous savons que les hommes tournent leur regard vers l'Église et pourtant, une Église pauvre, une église appauvrie, une Église faible, affaiblie, une Église qui a une voix qui ne fait pas partie des voix puissantes du monde, une Église dont la lumière n'est pas artificielle comme la lumière de nos villes, même en ce temps de Noël.

Frères et sœurs, comme lorsqu'à la fin de la nuit, sur un paysage de montagne tourmenté et sombre, lorsque la lumière du soleil dépasse l'horizon, il vient comme une route droite inonder ce paysage tumultueux et tout transformer, tout aplanir dans cette lumière du jour. Que cette eucharistie, qui est déjà le Jour, pour nous, prépare notre cœur à recevoir cette annonce que nous fait Jean-Baptiste mais prépare aussi notre cœur pour que, nous aussi, nous puissions prononcer pour les hommes d'aujourd'hui. Cette même annonce de la venue d'un Sauveur.

 

AMEN

 
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