AU FIL DES HOMELIES

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ES-TU CELUI QUI DOIT VENIR ?

Is 11, 10-16 ; Lc 7, 18-23

Mardi de la deuxième semaine d'Avent – A

(9 décembre 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

E

s-tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?" Il peut nous paraître étrange que celui-là même qui ait été désigné par le Seigneur comme "le prophète", comme le pré­curseur, comme celui qui court au-devant de son Sei­gneur pour l'annoncer, pour le montrer, pour le mani­fester à Israël, il peut nous sembler étrange que ce soit précisément lui, cet homme-la, qui pose une telle question. Pourquoi Jean-Baptiste aurait-il un doute ? Pourquoi se demande-t-il si Jésus est bien "Celui qui doit venir" ? Pourquoi laisse-t-il percer dans son cœur l'ombre et la terreur du doute ? Ce n'est peut-être pas aussi simple que cela et pour comprendre l'attitude et la question de Jean-Baptiste, il faut peut-être que nous-mêmes nous nous remettions en face de cette question. Il est peut-être important que nous aussi, nous tournant vers le Christ, nous sachions qu'à tout moment nous avons envie de lui poser cette question : "Es-tu Celui qui doit venir ou devons-nous en atten­dre un autre ?"

Il y a dans notre relation au Christ une sorte d'espace vide. Nous ne pouvons pas nous targuer d'avoir une sorte de relation pleinement satisfaisante, pleinement propre à nous donner contentement et assurance, parce que précisément le Christ se donne toujours à nous comme "Celui qui vient" c'est-à-dire qu'il y a ce léger espace de vide que nous appelons l'attente, le désir ou la soif. Toute la mécanique du désir dans le cœur de l'homme est dans ce décalage, infime mais terrible, qu'il y a entre le sens de la pré­sence qui vient et qui est sur le point de se donner et d'autre part le fait qu'en réalité c'est encore un futur. Ce n'est pas encore là. Si Dieu a accepté de venir au cœur du temps, ce n'est pas par une solution de faci­lité. C'est parce qu'Il sait que Lui-même le Christ, que nous vivons le temps dans cette rupture, dans cette brisure qu'il y a entre le maintenant et l'avenir, si pro­che soit-il. C'est simplement parce que tout homme sait qu'il vit en ne sachant pas exactement de quoi demain sera fait, qu'en réalité, comme à travers cette fissure entre le présent et l'avenir, nous est donnée la dimension de l'attente de Dieu. Attendre Dieu, ce n'est pas sortir du temps, c'est rentrer dans le temps pour le vivre non plus selon notre propre attente, mais selon le désir de Dieu sur nous.

Et alors, entre le présent que nous vivons maintenant, ce présent où Dieu est insaisissable sinon à travers quelques signes prémonitoires de sa venue, et d'autre part ce futur dans lequel Il veut se donner "tout en tous", il y a simplement l'espace de notre espérance et de notre regard tourné vers Lui. Alors, dans cette espèce de brisure, de fêlure au creux même de notre cœur, de notre attente et de notre désir, c'est là que nous verrons peut-être les premiers rayonne­ments de sa gloire ou de son aurore se manifester pour nous.

 

AMEN

 

 

 
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