AU FIL DES HOMELIES

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LES SIGNES DE LA MISÉRICORDE

Is 8, 5-8 ; Lc 7, 18-23

Mardi de la deuxième semaine d'Avent – C

(6 décembre 1988)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

omme l'avaient annoncé les prophètes de l'Ancien Testament, Jean attendait un Messie vengeur qui viendrait apporter la justice, punir les coupables, récompenser les justes, un Messie qui viendrait avec la puissance et la foudre, un Messie qui instaurerait le jugement dernier, car la venue du Messie annoncé se confondait avec la fin du monde. Or Jésus est venu non pas pour rendre justice, non pas pour punir les uns ou récompenser les autres, mais Jésus est venu manifester la miséricorde de Dieu, cette miséricorde qui est signifiée par les guérisons dont nous parle l'évangile : "Les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et surtout la Bonne Nouvelle est annoncée aux petits, aux pauvres." Si Jésus guérit des malades, ce n'est pas pour manifester sa puissance. C'est pour donner un signe de sa miséricorde, de sa proximité avec les souffrances et les peines des hommes. Il vient annoncer aux pauvres, aux petits, à ceux dont personne ne s'occupe, la Bonne Nouvelle du salut, la Bonne Nouvelle de la délivrance. C'est pourquoi Il a délivré les malades de leurs infirmités en signe de cette délivrance plus profonde qui est la délivrance de notre cœur de notre péché, qui est la délivrance de ce poids qui pèse sur notre vie.

Alors Jean-Baptiste a du mal à reconnaître le Messie qu'il attendait dans ce Messie qu'est Jésus. Cela nous semble étrange, car pour nous qui, depuis des siècles, sommes habitués à lire l'évangile, la misé­ricorde de Dieu est infiniment plus consolante, plus satisfaisante pour notre cœur et notre esprit que sa Justice. Et nous préférons un Dieu qui pardonne, un Dieu qui guérit, un Dieu qui libère à un Dieu qui viendrait punir ou récompenser. Mais Il faut com­prendre que, pour Jean-Baptiste et pour les hommes de l'Ancien Testament, ce qui leur semblait d'abord essentiel c'était d'établir l'ordre, de rétablir la justice, que ce ne soit pas toujours les méchants qui l'empor­tent, que ce ne soit pas toujours les plus forts qui écrasent les plus petits. Et l'on attendait de Dieu de rétablir d'abord la justice. Aussi Jean-Baptiste était-il un peu déçu par ce Messie de douceur, par ce Messie de tendresse.

Et pourtant, devant l'interrogation des disci­ples de Jean, Jésus ne dévie pas de son chemin. Il veut faire comprendre à Jean-Baptiste et à tous les hommes de son époque, et à travers eux à nous aussi, que la tendresse et la miséricorde de Dieu vont beaucoup plus loin et plus profond que cette apparente justice qu'on attendait de Lui. Dieu ne se contente pas d'an­noncer la Bonne Nouvelle aux petits et aux pauvres, Dieu ne se contente pas d'apporter consolation à ceux qui sont dans la détresse, mais Il veut aussi que sa miséricorde s'étende jusqu'aux coupables, jusqu'aux tyrans, jusqu'à ceux qui veulent, à cause de leur force et de leur richesse, écraser les autres. La miséricorde de Dieu veut convertir tous les cœurs, aussi bien les cœur durs que les cœurs doux. Et Dieu ne se contente pas de rétablir l'équilibre. Il veut aller plus loin. Il veut que tous soient atteints par ce message de misé­ricorde, que tous puissent être convertis par cette dou­ceur de Dieu. Dieu ne répond pas à la force par la force, à la violence par la violence. Dieu n'a qu'une seule arme qui est son Amour, qui est apparemment démuni, en face du déploiement des forces humaines, mais qui pourtant, en définitive, est la seule force véritable, la seule qui puisse l'emporter, à très long terme.

A nous chrétiens de faire retentir ce message du Christ dans le siècle présent. A nous d'être les té­moins de cet amour, de cette douceur, de ce pardon, de cette miséricorde même si cela peut sembler appa­remment dérisoire et ne pas faire le poids en face des violences et des forces déchaînées. Sachons être ceux qui croient en la miséricorde, qui croient en la dou­ceur et en l'amour, car cette douceur est plus forte que la force et cette miséricorde est plus puissante que notre péché et que le péché de tous les hommes.

Qu'en ce temps de l'Avent, nous nous péné­trions de ce message de Jésus, que nous remplissions notre cœur de cette certitude en la puissance de l'amour, afin de pouvoir apporter ce message au monde qui nous entoure, et d'abord la porter à notre propre cœur qui, parfois, risque d'en douter.

 

AMEN

 

 

 
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