AU FIL DES HOMELIES

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RÉDUIRE L'ÉCART

Ba 4, 21-29 ; Mt 17, 10-13

Mardi de la deuxième semaine de l'Avent – C

(12 décembre 2000)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

ean-Baptiste est l'homme qui prépare, qui ouvre. Il ne s'agit pas tant pour Dieu de venir en ce monde, faire irruption, prendre chair, Il l'a fait si discrètement, de façon si voilée, mais il fallait aussi qu'il prépare le cœur de l'homme à son avènement. Quand les hommes ont creusé le tunnel sous la Man­che, il fallait calculer avec précision pour ne pas se louper sous la mer, quand ils se sont trouvés l'un en face de l'autre, c'est d'ailleurs arrivé à chaque fois qu'on perce un tunnel en montagne, il y a toujours une fête qui célèbre le moment où les ouvriers d'un côté et de l'autre se trouvent tout à coup, face à face. Dans le tunnel sous la Manche, il y avait un petit écart, dans le volume du cylindre qu'ils avaient à creuser, écart mi­nime, mais écart quand même.

Je pense qu'il y a toujours un écart entre la vé­rité et notre attente de cette vérité, et Jean-Baptiste est là pour réduire l'écart. Lui et ceux qui sont venus bien avant lui, sont là pour réduire l'écart. Parfois, on peut être en face de la vérité et ne pas la reconnaître : Pi­late a vu la Vérité, il lui a dit : "Qu'est-ce que la vérité ?" et il l'avait en face de lui, il ne l'a pas reconnu, il ne le pouvait pas, il n'était pas préparé, il était tellement décalé par rapport à l'idée qu'il se faisait de la vérité, que même rencontrant la vérité faite chair, il n'a pu la recevoir. Ce n'est pas que Dieu refuse à se dire et à se dévoiler, c'est que notre idée à l'avance sur la vérité est parfois trop décalée par rapport à ce qu'elle est, et je crois que notre souffrance qui tient à l'encombre­ment de notre cœur dont je parlais au début, tient dans le fait que nous avons une idée décalée de ce que sera la vérité quand elle viendra prendre pleinement pos­session de chacun de nous. C'est pour cela que notre vie humaine est, à l'image de l'Avent, un temps de préparation, non pas une sorte d'affinement de l'idée que nous pourrions avoir ou de ce que nous voudrions vraiment, mais que les événements nous secouent suffisamment, pour que nous ne restions pas accro­chés au vieux navire de l'idée de notre vérité, mais que nous acceptions de prendre la mer, de prendre le large pour recevoir pleinement la vérité en ce qu'elle est imprévue, inimaginable.

Evidemment, la pratique religieuse qui est la nôtre peut nous donner l'impression que nous pouvons comme nous asseoir et nous reposer sur des convic­tions qui sont les nôtres, et bizarrement le rituel sa­cramentel aussi net soit-il est là pour nous ouvrir les yeux et non pour nous les fermer. Ce n'est pas parce que nous répétons sans arrêt la même chose, c'est sans surprise, il n'y a pas de suspens, ce n'est pas comme un policier, nous connaissons le meurtrier, nous connaissons la victime et quelle est la forme de la mort qu'il va subir. Cette répétition rituelle pourrait nous enfermer comme si nous étions sur une voie de chemin de fer, cette voie de chemin de fer qu'est le rituel, pour la qualifier ainsi, est fait pour canaliser ce que nous sommes, et pour nous ouvrir à ce que par le rituel, Dieu dise à sa manière ce qu'il est et que nous soyons moins surpris lorsque nous le rencontrions.

Il y a donc forcément toujours un décalage. L'Écriture elle-même traduit tous ces décalages, dans les mots, les erreurs de traductions, ou les interpola­tions, qui nous permettent de penser que ceux qui nous ont précédés sur le chemin ardu de l'Écriture ont été tentés de nous donner aussi l'idée qu'ils avaient de la vérité. C'est pour cela qu'on travaille cette Écriture, qu'on l'écoute, qu'on la traduit, pour que cette idée ne soit pas celle des traducteurs, mais celle de Dieu qui a voulu se dire, et que nous ne loupions pas le rendez-vous lorsque nous le verrons face à face comme Pi­late.

Frères et sœurs, que cette préparation, cet Avent, donne à notre vie, le goût de nous laisser mûrir dans le désir de voir la Vérité telle qu'elle est.

 

 

AMEN

 

 
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