AU FIL DES HOMELIES

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QUELLE MUSIQUE L'ÉGLISE DOIT-ELLE JOUER AUJOURD'HUI ?

Ba 4, 21-29 ; Mt 11, 12-19

Mardi de la deuxième semaine de l'Avent – A

(11 décembre 2001)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

'évangile que nous venons de lire est une col­lection de paroles, de sentences, que Jésus a dites sans doute, au moment, ou à l'occasion de questions qui lui étaient posées sur Jean-Baptiste et sur son ministère, et sur ce que Lui, Jésus comprenait du ministère de Jean et comment Lui, Jésus situait son ministère par rapport à Jean. En réentendant cet évan­gile avec vous, je me disais : après tout le sens que l'on peut retirer de cette collection de paroles, qui n'est peut-être par d'une cohérence extraordinaire, on sent un peu la main de l'évangéliste qui recolle labo­rieusement quelques morceaux. Au fond, nous som­mes ramenés à cette question : qu'est-ce que Jean-Baptiste dit à l'Église ? Parce que vous l'avez remar­qué, les Paroles que Jésus dit sur Jean-Baptiste sont des Paroles qui n'essaient pas de dire qui était Jean, mais qui essaient de dire comment Jean se situe par rapport à la génération présente, par rapport au Royaume de Dieu. Au lieu de voir Jean comme une sorte de modèle, comme une sorte de prouesse d'as­cétisme à imiter, essayons d'écouter Jean et ce qu'il dit à l'Église d'aujourd'hui, puisque nous en sommes là.

La première chose : le Royaume souffre vio­lence, l'Église souffre violence. C'est vrai que si, à certains moments l'Église paraît un peu timorée, un peu timide, c'est parce qu'elle reçoit des coups. Ce n'est pas toujours facile, cela ne veut pas dire pour autant qu'il faille baisser la garde et se décourager, mais de fait, il y a une situation de lutte et Jésus va dire qu'il y a une situation de violence : "Depuis les jours de Jean, le Royaume de Dieu, il y a des violents qui s'en emparent". D'ailleurs, Jésus ne précise pas si c'est bien ou pas, mais Il dit qu'il y a une situation de violence, qui est une situation de fait. Je crois que là, c'est un premier renseignement à intégrer dans notre propre vie, le fait d'appartenir au Royaume de Dieu suppose que nous ne menons pas une existence lisse, une existence complètement programmée, mais c'est une existence qui est exposée à un certain nombre de faits, de violences, de difficultés. Ce Royaume de Dieu souffre violence ne serait-ce que par le fait que l'Église est peuplée d'hommes pécheurs et que péché des hommes fait violence aux autres, à Dieu et à son Royaume.

Il y a une méthode, c'est l'asepsie, c'est ne pas voir les problèmes, c'est essayer de tout régler en tentant de calmer tout, mais ce n'est pas ce que Jean-Baptiste et le Christ ont l'air de penser. Il y a une si­tuation de conflit, de difficulté et il faut y faire face.

La deuxième chose, c'est que Jésus en profite pour étendre son appréciation, et d'une certaine ma­nière, on peut dire que c'est aussi une sorte d'appré­ciation de Jean-Baptiste puisqu'il est mouillé dans l'affaire. Jésus dit qu'au fond, cette génération ne sait pas ce qu'elle veut. Quand Jean vient, il vient comme quelqu'un qui pousse la lamentation, et quand Jésus vient, il vient plutôt comme quelqu'un qui danse sur les places, et l'on dit que c'est un ivrogne et un glou­ton. Jésus précise : aussi bien Jean que moi-même, chacun à notre manière, dans notre ministère, nous avons été le révélateur du cœur de notre génération. Cela aussi, c'est une mission de l'Église. Si on dit souvent que l'Église est dressée comme un signal, il faut qu'elle soit la révélatrice du cœur de la génération présente. La plupart du temps, on a l'impression que l'Église craint cette mission, elle a peur de révéler au monde qu'il y a des choses dans lesquelles le monde ne veut plus danser, et qu'il y a des choses terribles sur lesquelles le monde ne veut plus pleurer, et pour­tant, il faut le faire, on n'a pas le choix. Il faut dire ce qui est source de joie pour le monde, et il faut dire ce qui est source de tristesse et de deuil pour le monde. Il faut dénoncer le mal là où il est et dire le bien là où il est, sinon l'Église ne sert à rien. Sinon, on continue avec cette musique d'aérogare qui anesthésie tout le monde, qui met tout le monde au pas cadencé, il ne se passe rien, le monde est perdu et l'Église s'en fiche !

C'est cela le problème avec Jean-Baptiste, comme aussi avec Jésus, nous avons là deux paroles apparemment contradictoires. Et dans l'Église aussi il y a des paroles contradictoires, c'est normal, mais il faut que ces paroles soient révélatrices des situations dans lesquelles nous, comme chrétiens, nous vivons, et nos frères, tous les hommes vivent aujourd'hui. C'est cela que le Christ attend, et Il dit : de toute façon cela ne marchera jamais, quand vous jouerez de la flûte, il y aura toujours des gens pour dire qu'ils ont autre chose à faire et qu'ils ne savent pas danser. Et il faut jouer de la flûte ! Et le jour où il y a un chant de deuil, il ne faut pas hésiter à entonner le chant de deuil, parce qu'il y a des choses sur lesquelles on ne peut que pleurer. C'est la nécessité de l'Église comme un signe dressé au milieu de la société qui est la pre­mière urgence. Et pour Jésus comme pour Jean-Bap­tiste cela s'est très mal passé. Il y a en a un qui a ter­miné dans les geôles d'Hérode à Machéronte, et l'autre qui a terminé sa vie sur un gibet, sur la croix. C'est tout simplement parce qu'ils ont joué trop de musique, et l'on a fini par trouver que leur musique était trop brillante, et trop bruyante ! C'est là que nous en som­mes : il faut que nous apprenions à pouvoir proclamer en ce monde la musique qui va avec. Il faut que nous puissions dire exactement avec intelligence, avec fi­nesse, pas pour brutaliser, pas pour choquer, ce n'est pas le problème, ce n'est pas la peine de faire de la provocation, il y en a déjà suffisamment comme ça, mais pour dire vraiment : cela c'est bien, cela n'est pas bien. Et cette attitude fait partie des exigences de no­tre vie chrétienne. Ce n'est pas nécessaire que cela soit dit à grands fracas, à grand bruit et de mise en scène, mais il faut que ce soit dit ferme et net et avec des contours.

Que Jean-Baptiste, Jésus, et aussi saint Daniel qui a vécu un peu cette parole-là nous aident et nous soutiennent dans cette nécessité de trouver au­jourd'hui le juste ton, la juste musique que nous avons à jouer au service de nos frères.

 

 

AMEN

 

 
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