AU FIL DES HOMELIES

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SUR UN AIR DE FLÛTE !

Is 30, 19-26 ; Mt 11, 11-19

Mardi de la deuxième semaine d'Avent – B

(10 décembre 2002)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

L

a fin de cet évangile où il est question de ne pas danser quand on entend la flûte peut nous faire pense à notre cœur et à note esprit, quand il va de droite à gauche, de haut en bas, et quand les nuages laissent passer le soleil ou que le soleil se retrouve voilé par des nuages, comme si on était en "déphasage" par rapport à la réalité des cho­ses.

Mais je crois que cette péricope est beaucoup plus profonde que cela. Si nous écoutons bien le pas­sage, la génération, qui n'est pas une bonne généra­tion, n'est pas celle qui est invitée à danser. La géné­ration, c'est-à-dire nous, ce sont ceux qui ont à jouer de la flûte. Quand on lit cette péricope de cette ma­nière, tout est renversé. Il ne s'agit pas tant de réflé­chir sur notre obéissance vis-à-vis d'un appel, d'une situation, d'un expérience vis-à-vis de Dieu ou de l'humanité, de la société, mais il s'agit plus précisé­ment de savoir articuler deux choses très compli­quées, l'obéissance avec la maîtrise. Quand le Christ nous dit que nous sommes ceux qui jouons de la flûte, c'est à la fois le plus beau cadeau qu'Il nous donne, mais aussi le plus dangereux. C'est vrai que lorsque nous devenons chef d'orchestre, nous sommes invités à donner le "la" et à partir de ce moment précis, le regard que nous portons sur la réalité peut être biaisé. Le monde, puisque nous avons une certaine maîtrise sur lui, puisque c'est nous qui donnons le "la", qui invitons les autres à danser, ou à ne pas danser, puis­que c'est nous qui sommes capables par nos mains, par notre intelligence de façonner ce monde, nous pouvons alors avoir un rapport idéal avec le monde. Le monde n'est pas tellement ce qui est réel, mais il est celui que nous voulons qu'il devienne, et à partir de ce moment-là, il suffit de se chausser de lunettes roses pour tout voir en rose ou de lunettes noires pour tout voir en noir.

Quand dans la fin de l'évangile, le Christ nous dit : "Justice a été rendue à la sagesse par ses œuvres", et ainsi, Il nous dit ce qu'Il attend de nous. L'enfant issu de la sagesse, ce que nous sommes appelés à être, est celui qui, certes a la maîtrise du monde, mais qui en même temps est capable de jeter un regard sur la réalité des choses et du monde. Il ne s'agit plus d'envisager le monde tel que je voudrais qu'il soit, mais tel qu'il se montre à moi. Il ne s'agit donc plus d'inviter les autres à danser s'ils ne sont pas prêts. Le véritable maître, le vrai ministre est celui qui ne va pas lancer la musique si les danseurs ne sont pas prêts. Le véritable chef d'orchestre est celui qui est capable de regarder son orchestre, la scène, et de savoir à quel moment précis il doit partir. C'est faire preuve d'une certaine humilité et d'une certaine obéissance vis-à-vis de contingences qui lui échappent.

Ce qui est en jeu dans ces deux manières de voir le monde, on pourrait le continuer sur une autre relation, non plus nous et le monde, mais nous et Dieu. Et l'on revient encore une fois sur le problème de l'idolâtrie, ces enfants qui se plaignent qu'ils ont joué de la flûte et que les autres ne sont pas venus danser. C'est un peu nous, et même totalement nous, vis-à-vis de Dieu. Il y a un prêtre que j'aime beau­coup, qui est mort en 1996, qui s'appelle Henri Nou­wen, américain, et qui avait utilisé ce petit exemple assez humoristique au sujet de la prière. Il disait que nous nous plaignons souvent que Dieu ne vienne pas nous visiter pendant notre petite demi-heure d'oraison quotidienne, en admettant que nous fassions une demi-heure d'oraison par jour, mais qu'en est-il des vingt-trois heures trente restantes ? Est-ce que nous acceptons pendant le temps restant de la journée d'être dérangés par Dieu, quand nous aimerions que Dieu soit à notre botte pendant ce petit temps où nous lui disons : j'ai sifflé, j'ai joué de la musique, je me suis mis devant ma petite icône, sur mon petit banc ou ce que vous voulez, avec mon chapelet, ou chacun selon sa manière de faire, et maintenant, tu dois venir, parce que je t'ai appelé, tu dois venir. Mais l'exigence que nous avons vis-à-vis de Dieu, acceptons-nous que Dieu ait cette même exigence, dans son regard sur nous ? Est-ce que nous acceptons justement d'être en éveil les autres moments de la journée où c'est Lui, qui aurait envie de danser et Il attend que nous jouions de la flûte ? Peut-être que Lui aussi pourrait nous répondre : J'ai voulu danser et tu n'as pas joué de la flûte.

Etre véritablement fils de la sagesse c'est dé­couvrir qu'il y a un temps pour tout et que ce que Dieu nous demande, c'est d'avoir le regard aiguisé sur les événements, sur le monde qui nous entoure, sur sa présence au milieu de nous, dans notre cœur. Dieu est Celui qui est dans les coulisses, prêt à danser et qui n'attend plus qu'un seul signal, notre signal, c'est que nous nous me tipons à jouer de la musique.

 

 

AMEN

 

 
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