AU FIL DES HOMELIES

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ATTENTIFS À LA PRÉSENCE

Jr 23, 5-8

(10 décembre 1980)

Homélie de Jean BOLOMEY

L

es lectures de ce jour nous rappellent une réalité qui peut-être nous répugne un peu. "Voici, dit le Seigneur, que je susciterai un germe juste dans la famille de David." Pour que nous soyons sauvés, il faut que Dieu mette la main à la pâte, par une intervention personnelle et directe, sans quoi, nous ne serions pas sauvés. Le bât nous blesse un peu parce que, dans notre soif de liberté et d'autonomie, nous confondons l'indépendance et la communion.

       Nous désirerions bien assurer la réussite de notre propre vie par nos propres moyens. Nous désirerions bien, éventuellement, sauver notre propre vie, et il ne manque pas de gens qui se proposent des plans de conversion qui devraient leur assurer, au moment venu, la perfection. Or, si nous nous sommes avancés dans cette voie, nous nous sommes aperçus que la conversion n'est pas au bout de nos efforts. Il faut que Dieu intervienne et qu'Il nous sauve.

       Mais lorsque Dieu intervient de cette manière si personnelle et si directe qu'aucune autre personne ne peut faire à sa place, et dont nous ne pouvons absolument pas nous passer pour être sauvés, Il n'empiète pas sur notre liberté. C'est parce qu'Il ne confond pas, Lui, la communion et la liberté. Il n'y a pas de personne à la fois plus libre et plus en relation que les trois personnes de la Trinité. Et c'est dans cette relation-là que Dieu nous fait entrer. En quelque sorte, Il ne peut pas agir autrement envers nous que de la manière dont il agit et qui est sa manière à Lui, Dieu. C'est nous qui n'arrivons pas à entrer dans le jeu de la relation. Et si Dieu nous sauve, c'est que, d'une certaine manière, il ne peut pas faire autrement parce que sa relation à Lui, c'est originellement par rapport à des gens comme nous, pauvres, limités, pécheurs, c'est une relation qui sauve.

       Si nous pouvions entrer dans ce cheminement et dans cette vue, nous risquerions moins de manquer la venue de Dieu, car les Juifs attendaient le retour d'Élie qui devait tout remettre en ordre avant la venue du Christ. Or dit Jésus, "Élie est déjà venu, et ils ne l'ont pas reconnu." Les juifs ne l'ont pas reconnu parce qu'ils mettaient leur espoir de salut dans l'observance de la Loi. Et si nous mettons également notre espérance dans l'observance d'une loi, même celle du Nouveau Testament, nous risquerions bien de ne pas rencontrer Jésus qui est déjà présent dans notre monde, sous des formes bien diverses. Et si nous ne le reconnaissons pas, nous ne pourrons pas le reconnaître lorsqu'il viendra aux derniers temps. Jésus est présent de bien des manières dans notre monde d'aujourd'hui et particulièrement sur le visage des pauvres, de ceux qui sont défigurés. Et il importe pour nous que nous soyons attentifs à ce visage-là, parce que c'est le visage de prédilection de Jésus, aujourd'hui : "Ce que vous avez fait à l'un de ces petits, c'est à moi que vous l'avez fait " dit-il. Et si nous sommes attentifs à la présence de Jésus aujourd'hui dans notre monde, dans notre vie, puisqu'il nous interpelle par notre prochain, nous aurons certainement moins de mal à le reconnaître dans l'eucharistie et nous aurons davantage le cœur au large pour lui rendre grâce.

       Frères et sœurs, inlassablement Jésus nous convie à la communion avec Lui, pour notre libération, pour notre salut. Ne perdons pas de temps à nous lamenter sur nos limites et nos péchés. Occupons plus utilement ce temps à entrer dans cette relation que Dieu nous propose et à laisser notre cœur à l'action de grâces.

 

       AMEN


 

 
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