AU FIL DES HOMELIES

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RECONNAÎTRE LES SIGNES

Is 30, 19-26 ; Mt 11, 12-19

Mercredi de la deuxième semaine de l'Avent

(10 décembre 2003)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Ramerupt : détail des stalles
Pourquoi ?

Il est rare que nous manquions d'idées sur Dieu, ou en tout cas, sur ce que Dieu devrait accomplir. Je pense que si l'on devait nous proposer de laisser entre nos mains l'histoire du salut nous ferions autrement que ce que Dieu a fait, et peut-être qu'intimement, nous penserions que nous ferions mieux que Lui. Nous ferions que cela commence mieux que par une faute originelle, qu'un fruit cueilli sur l'arbre. Nous ferions qu'Adam et Eve et les animaux des champs, les bêtes sauvages, que tous continuent à vivre dans la joie dans le paradis terrestre et dans la communion. Oh ! quitte peut-être à ce que l'homme devienne une marionnette, finalement, cela nous aurait simplifié les choses.

Nous aurions sans doute fait autrement aussi l'histoire de la Pâque. Pourquoi tant d'angoisse, tant de peur et de détresse ? Un peuple, un ramassis de tribus plus exactement, oppressé dans l'esclavage et conduit presque jusqu'aux portes de la mort entre les eaux de la Mer Rouge et l'ennemi qui les poursuivent. Pourquoi ensuite galérer dans un désert pendant quarante ans ? Pourquoi manger si mal, avoir chaud le jour et froid la nuit ? Oui, certainement que nous aurions une autre idée de ce que pourrait être le salut, de la manière dont on pourrait faire une autre Pâque.

Peut-être serions-nous comme Jonas qui est malheureux parce que Ninive se convertit. Après tout, il avait été envoyé pour prêcher la conversion et les choses ne se passent pas comme c'était prévu, ils auraient dû être punis, les ninivites auraient dû être exterminés. On peut ainsi prendre d'autres personnages de la Bible et se rendre compte qu'on s'y retrouve parfaitement dans toutes les remarques, dans toutes les manières de penser que Dieu ne fait pas exactement ce qu'Il devrait faire.

Nous avons, je le crois, un projet sur ce que Dieu doit accomplir. Peut-être que l'histoire du salut ne traverse pas notre esprit tous les jours, mais Dieu merci, nous ne sommes pas forcément en train de refaire ni le monde, ni à plus forte raison l'histoire du salut. Dans notre vie particulière et personnelle, en revanche, nous sommes bien souvent en train de dire au Seigneur, dans nos murmures continus : mais Seigneur, tu pourrais faire autrement, tu aurais dû faire telle chose, mais Seigneur, comment se fait-il que cela se passe ainsi ? Nous avons une idée très précise sur la manière dont Dieu devrait conduire, si ce n'est notre vie, surtout la vie des autres.

Ainsi, il me semble que nous nous retrouvons exactement sur cette parole de Jésus qui dit : "Nous avons joué de la flûte et vous n'avez pas dansé. Nous avons entonné des cantiques de deuil et vous n'avez pas pleuré". Autrement dit, vous aviez une idée précise sur ce que devait être Jean-Baptiste, et encore sur qui doit être le Fils de l'Homme. En fait, nous sommes trop souvent à contre temps, à contre rythme, à contre chant de ce que le Seigneur joue, de ce que le Seigneur entonne, de ce que le Seigneur chante. Oui, nous avons une idée tellement précise de ce que Dieu devrait être et de ce qu'Il devrait faire, que nous passons à côté des signes de sa présence. Or, le temps de l'Avent est un temps particulier justement pour scruter les signes de la présence de Dieu. Pas pour les inventer, pas pour les imaginer, pas pour faire "à la place de", mais bien pour recevoir à travers telle et telle réalité le Seigneur qui naît dans notre vie. Seulement Il ne naît pas comme nous l'avons prévu, sinon, nous nous retrouvons dans la position d'Hérode qui ne peut pas penser que le roi des rois puisse naître dans une crèche.

Oui, le temps de l'Avent est un temps bien particulier pour que nous puissions discerner les signes des temps, ce que Dieu nous donne, la flûte qui chante, le chant de deuil peut-être qui est entonné. Mais reconnaître que l'un, Jean-Baptiste est bien le nouvel Elie, et que l'autre est bien le Fils de l'Homme, le Fils de Dieu qui naît. Et c'est ainsi que peu à peu et pour la fin de ce monde, pour la fin de l'histoire du salut, comme pour la fin de notre propre vie, nous aurons à reconnaître que Dieu est venu et qu'Il vient vraiment et que nous n'avons raté ni le chant de la flûte, ni la musique du cantique.

 

AMEN

 
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