AU FIL DES HOMELIES

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DEUX ALLIANCES, UN SEUL PROJET

Is 11, 10-16 ; Lc 7, 24-30

Mercredi de la deuxième semaine d'Avent – B

(9 décembre 1981)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

I

 

l y a une erreur qui ressurgit périodiquement dans l'histoire de l'Église c'est sans doute la première erreur au sujet de la foi de l'Église, et elle semble aujourd'hui reprendre beaucoup d'intérêt et beaucoup d'assurance. Elle consiste à croire que la venue du Christ est une sorte de radicalité tellement nouvelle, un changement tellement profond que tout ce qui s'est passé avant ne compte plus. Cette hérésie qui pense que tout commence avec le Christ, a changé plusieurs fois de nom. Au début elle s'appelait le Marcianisme, mais aujourd'hui beaucoup de gens ont la même attitude en se disant : l'évangile c'est acceptable, les bons principes de la morale et les grandes vérités générales qu'il véhicule nous conviennent. Par contre, toutes ces histoires de chair et de sang, toutes ces histoires extrêmement scabreuses qui nous sont racontées dans la Bible et qui n'ont absolument rien d'édifiant dans l'Ancienne Alliance, cela nous ne voyons absolument pas en quoi cela nous concerne. Et au fond, on a envie de dire : le Nouveau Testament, la Nouvelle Alliance nous suffit, l'Ancien Testament, nous n'en avons pas besoin.

C'est une très grave erreur qui, d'ailleurs, a été dénoncée par le Christ Lui-même. En effet, le texte de l'évangile que nous venons de lire au sujet de Jean-Baptiste, c'est précisément cela qui est signifié. Le Christ vient de recevoir les envoyés de Jean, parce que Jean, dans sa prison, avait des doutes sur sa mission. Le Christ renvoie les messagers auprès du Baptiste en leur disant : " Allez dire que vous avez vu des signes que le Royaume de Dieu est venu." On pourrait croire qu'Il s'en tient là, qu'Il a consolé Jean et n'a pas besoin de faire autrement son éloge. Or le Christ prend immédiatement le soin de dire aux foules qui sont autour de Lui : "Vous avez entendu la prédication de Jean, vous êtes allé vous faire baptiser par lui, mais au fond, qu'est-ce que vous avez fait ?" Et par une sorte de pédagogie qui lui est propre, il montre à ces foules que, en réalité, ils ne sont pas allés voir quelqu'un qui s'imposerait, qui en imposerait par lui-même, ni par la puissance des miracles qu'il aurait fait, ni par une sorte de pouvoir politique, de séduction politique puisque ces gens-là sont dans les palais des rois. Mais le Christ leur dit : "Vous êtes allés voir un prophète et plus qu'un prophète. Il est la voix qui indique le chemin, il est celui qui ouvre la route, il est celui qui trace le chemin."

Cela veut dire, et ensuite le Christ insiste très fortement en disant : ceux du peuple d'Israël qui n'ont pas reconnu Jean comme le précurseur ont annulé sur eux le dessein de Dieu. C'est-à-dire que le fait de ne pas avoir cru à la parole de Jean et à sa fonction, à sa mission de désigner Jésus, ils ont purement et simplement annulé, eux qui pourtant, sont fils de la Loi, qui sont pharisiens, ils ont annulé pour eux le dessein de miséricorde que Dieu avait sur eux. Autrement, ces gens qui sont fils d'Abraham, qui sont du peuple d'Israël, qui n'ont pas reconnu Jean, c'est comme s'ils n'étaient plus dans le dessein de Dieu, c'est comme s'ils n'étaient plus de l'Ancienne Alliance, c'est comme s'ils avaient renié la foi de leurs pères. Ceci est une phrase, une affirmation absolument terrible. Pourquoi cela ?

Parce que ce que Jésus veut dire et cela nous avons toujours terriblement besoin de nous l'entendre dire, c'est qu'entre l'homme ancien, l'homme de l'ancienne Alliance et l'homme de la Nouvelle Alliance, l'homme nouveau qui renaît des eaux du baptême, il y a une continuité absolue. Ancien et Nouveau ne se situent pas en opposition, ni en rupture, mais se situent dans une continuité absolument étroite et qui est symbolisée par cette proximité entre Jean-Baptiste et le Christ. C'est le Christ qui, dans le sein de sa mère, au jour de la Visitation, a suscité Jean-Baptiste comme prophète. C'est Jean-Baptiste qui, au moment où le Christ est venu, lui a donné le baptême signe déjà de cet autre baptême dans l'Esprit que le Christ nous donnerait en mourant pour nous sur la croix. C'est Jean-Baptiste qui le lendemain l'a manifesté, en montrant le Christ : "Voici l'Agneau de Dieu". Il est le résumé de toute l'histoire ancienne de toute l'ancienne Alliance dans le fait qu'elle adhère du plus profond d'elle-même, à la réalité même du mystère nouveau qui se manifeste. Jean-Baptiste, c'est l'Ancien Testament, l'Ancienne Alliance, en tant qu'elle se brise de l'intérieur d'elle-même, pour faire place à la Nouvelle. Jean-Baptiste c'est la continuité de l'homme de l'Ancienne Alliance avec l'homme de la Nouvelle Alliance. Jean-Baptiste est pour ainsi dire le témoin qu'il n'y a qu'un seul dessein de Dieu. La preuve, c'est que ces deux hommes, Jean-Baptiste et le Christ sont tellement liés l'un à l'autre, tellement attachés l'un à l'autre, tellement incompréhensibles l'un sans l'autre que si l'on refuse le témoignage du Baptiste on annule sur soi-même le dessein même de Dieu. Cela ne veut pas dire, bien entendu, que le Christ n'a rien apporté de nouveau. Mais cela veut dire que le dessein profond de Dieu, c'est de faire que les deux alliances ne soient qu'un seul projet et que les deux alliances soient incompréhensibles l'une sans l'autre. Il n y a qu'un seul acte sauveur de Dieu. Il a fallu beaucoup de temps pour le réaliser et c'est pourquoi il y a deux alliances. Mais si l'on sépare l'une de l'autre, on risque, comme les pharisiens d'annuler sur nous, le dessein de l'amour miséricordieux de Dieu, révélé en Jésus-Christ et proclamé par le plus grand des prophètes, Jean le Baptiste.

 

AMEN

 
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