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LE NON

Ba 5, 1-9 ; Mt 21, 23-32

Mercredi de la deuxième semaine d'Avent – A

(9 décembre 1998)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

I

l y a un art de manier la négation. En fait, il y a deux sortes de négation, il y a la négation (je pense au sermon de dimanche), qui consiste à dire "non"! cette manipulation de la négation sur le mode du "non" est ce qu'on appelle en général, "une fin de non recevoir". C'est-à-dire, quand on a dit non, il n'y a plus qu'à tirer l'échelle. C'est souvent, vous l'avez compris, ce qui peut motiver le comportement adolescent, ou le comportement de résistance, le comportement de refus, éventuellement, le compor­tement de désespoir. Si le "non" est brut, si le "non" est simplement "non", il ne laisse plus aucun espoir.

Mais, précisément, la négation n'est pas uni­quement le "non" franc et massif, comme dirait quel­qu'un, mais cela peut être, "je ne suis pas ceci, ou je ne suis pas cela.

A ce moment-là, au lieu que le "non" soit d'un seul bloc, et qu'il nie tout, la négation est une manière de fermer un certain nombre d'issues pour arriver à celle qu'on veut, un peu si vous voulez, le procédé rhétorique du Frère Jean-Philippe dans ses sermons, il explique d'abord tout ce que n'est pas un texte, et ensuite, on arrive à ce qu'il devait être.

La vraie négation le véritable art de manier la négation, c'est précisément ce que fait Jean-Baptiste. On lui dit : "Es-tu le Christ ?" - "Je ne suis pas le Christ". Exit, la possibilité qu'il soit le Christ, "Es-tu le prophète ?" - "Non je ne suis pas le prophète". Exit cette possibilité qu'il soit le prophète. "Qui es-tu"? -"Je suis la voix".

Or, le fait même d'éliminer les solutions par la négation, éclaire l'esprit des auditeurs. Dans la vie, notre esprit, les négations ne sont pas là pour refuser, elles sont là pour se concentrer sur ce qui est vrai, sur ce qui est important, sur ce qui est essentiel, sur ce qui est décisif. Donc, l'art de la négation, c'est le fait petit à petit d'éliminer tout ce qui est secondaire, adjacent, inessentiel, pour petit à petit trouver la réalité dont il s'agit.

Or, c'est très intéressant, car à partir du mo­ment où Jean-Baptiste dit : "Je ne suis pas le Christ," mais : "je suis la voix", mais comme il a dit qu'il n'était pas le Christ, le fait de dire qu'il est la voix, met en relation avec le fait que s'il n'est pas le Christ, il vient peut-être juste avant lui. Il dit qu'il n'est pas le prophète, mais nier le fait qu'il soit le pro­phète, et cependant, qu'il est la voix, il peut dire à ce moment-là qu'il est la voix du prophète qui annonce le prophète par excellence.

Autrement dit, il n'y a pas étanchéité entre le non, la négation ce qui est désigné, ce qui est montré, donc, la plupart du temps, quand nous disons des né­gations, c'est pour mieux montrer ce que l'on peut être ou ce à quoi l'on appelle. Il y a donc un véritable usage de la négation dans notre propre vie.

Et c'est peut-être ça aussi l'art du "non" de Jean-Baptiste. Non pas la résistance pure, simple, le niet, mais le fait petit à petit de former le cœur des gens à travers un certain nombre de renoncements, à travers un certain nombre de faux rêves, d'illusions, pour les amener effectivement une réalité qui à ce moment-là se donne une certaine ouverture peut-être pas encore sur d'une certaine manière Jean-Baptiste disait qu'il n'était pas le Christ mais c'était sa seule manière de faire comprendre aux auditeurs qu'ils de­vaient encore attendre. Autrement dit, la négation dans ce sens-là, peut être remplie d'espérance, et c'est souvent ça que nous vivons. Nous sommes très sensi­bles au fait de vivre sur des modes de négation, de refus, de limites, de finitude, et en réalité, c'est pour­tant, cette limite et cette finitude, qui sont le meilleur moyen de Dieu pour nous mettre le nez non pas sur la réalité, mais dans la direction de la réalité. Combien de fois nous sommes-nous aperçus dans notre vie que c'était dans la mesure où nous nous étions rendus compte que nous n'étions ni le Christ, ni le Messie, ni le prophète, ni rien, qu'à ce moment-là, nous avons entendu que c'était Dieu qui était tout.

Et c'est cela le cheminement dans notre vie spirituelle, c'est de reconnaître toutes les négations, toutes les limites, toutes les finitudes pour finalement arriver à reconnaître que dans cet espace apparem­ment laissé vide, peut se manifester la présence de Celui qui est tout pour nous

 

 

AMEN