AU FIL DES HOMELIES

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CHOISIR LE BON MOMENT

Ba 4, 30-37 ; Mt 21, 23-32

Mercredi de la deuxième semaine de l'Avent – A

(12 décembre 2001)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

P

ar quelle autorité est-ce que je fais cela" ? "Nous ne savons pas..." et Jésus répliqua : "Moi non plus je ne vous dis pas par quelle autorité je fais cela". La réponse que le Christ ne veut pas donner ne peut être reçue. Il ne s'agit pas telle­ment d'affirmer la Vérité ou les vérités, que de prépa­rer le chemin d'accueil de cette vérité. Le refus du Christ qui peut nous paraître violent est de signifier que le cœur, ou ceux qui sont en face de Lui ne peu­vent pas entendre et recevoir. La Parole est à tout vent, elle peut prendre l'air, mais elle n'a pas non plus à se perdre, comme les perles qu'on donne aux pour­ceaux. La Parole de Dieu est une chose précieuse qui demande un minimum d'accueil, qui demande que l'autre soit prêt à accueillir, qu'il y ait de la place pour lui dans cette réponse qu'il peut donner. C'est pour cela que je ne crois pas que cette Parole puisse être dite partout, en tous lieux et à tous moments, et sous toutes formes. Elle doit être entourée d'un certain nombre de cadres précis, cadres plus larges que l'église et la prédication évidemment, mais il y a un cadre, il y a une relation de confiance qui est néces­saire, pour que cette Parole contradictoire et para­doxale ne tombe pas à côté et finalement ne fasse pas l'effet inverse, bloquant tout rapport, tout dialogue.

La réflexion sur l'évangélisation s'articule profondément sur cette intelligence du rapport de la façon où l'autre peut ou non recevoir cette Parole.

Je pense souvent à ce jeune homme délin­quant qui était passé par la prison. On avait voulu lui parler d'amour, consoler ce jeune homme qui avait été très peu aimé et même maltraité par son père. Il avait dit quelque temps plus tard dans un livre qu'il avait écrit que l'effet de cet amour qu'on lui avait en quel­que sorte assené avait été comme un coup de poignard dans le manque d'amour qu'il avait lui-même vécu. Ce n'est pas en aimant les gens, ceux qui n'ont jamais été aimés, qu'on va les sauver. Il y a comme une pédago­gie progressive. On ne donne pas un seau d'eau à un assoiffé dans le désert, il en mourrait !

La Parole de Dieu demande cette précaution, cette attention qui est un peu sa condition de récep­tion. L'Église, à mon avis, a souvent fait l'erreur de penser que la vérité propre de la Parole de Dieu, ce qui est évident, suffisait à la rendre audible. Je crois que la façon dont le Christ se refuse pour l'instant de répondre à ceux qui l'entourent, nous invite à réfléchir sur l'à-propos de nos témoignages de la Parole de Dieu. Il y a une pudeur propre à l'évangile, qui n'est pas de cacher, mais qui est simplement de tenir prête cette Parole de salut.

Que le Seigneur nous aide à réfléchir sur l'à-propos de notre façon de témoigner qui n'est pas de nous tiédir ou de démissionner, du témoignage de l'évangile qui nous fait vivre, mais à juger de la perti­nence et de la manière dont nous en parlons, et nous la présentons.

 

 

AMEN

 

 
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